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Ma vérité sur les droits et les devoirs de chaque personne

Publiée le 02/07/2012 |
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Révélée par MOGNO Yvon |
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Chaque citoyen à des droits et des devoirs mais parfois les droits passent avant les devoirs

On a coutume de dire que les pays où s’est répandu le christianisme voici des siècles ont depuis gardé une culture qui en est profondément imprégnée, même si la pratique des religions correspondantes a pu fortement régresser. Certains pensent même que cette imprégnation chrétienne pourrait fonder un sentiment d’appartenance à une civilisation, voire, conjuguée à d’autres critères (territoriaux, en particulier), à une nation.

Je crois pour ma part que cette imprégnation est réelle, mais avec une modification absolument fondamentale qui explique bien des traits de la société actuelle.

-L’imprégnation est réelle, puisque les valeurs aujourd’hui reconnues comme « humanistes et laïques»…ne sont autres que les anciennes valeurs christiques. On avait pu oublier leur origine tant les Institutions (les Eglises elles-mêmes, mais aussi tous les pouvoirs politiques ou économiques) avaient pu les trahir au fil de l’Histoire. Mais les notions d’amour, de solidarité, de non-violence, de pardon, de fidélité, d’honnêteté, de détachement des biens matériels, etc. qui sont aujourd’hui censées construire une pensée humaniste… étaient bel et bien des messages du christianisme des origines. Ces valeurs, sans doute a-t-on pu les trouver ailleurs et indépendamment dans l’Histoire du monde, s’opposant ici ou là aux tendances plus brutales ou plus matérialistes d’autres systèmes de pensée ; mais en tout cas, si on les observe en Occident, c’est au christianisme des débuts qu’on le doit probablement.

-Cette empreinte a cependant subi une modification fondamentale : le remplacement de la notion de devoirs par la notion de droits.

Aux origines de la pensée chrétienne, ce qu’un être humain pouvait espérer de positif de ses semblables résultait d’un devoir que ceux-ci estimaient avoir à son égard : ils devaient le considérer comme un égal (un frère), lui porter assistance comme le fit le bon Samaritain, le soigner comme ont pu le faire divers ordres religieux dont c’était la règle, partager avec lui même si, ouvrier de la 11ème heure, il avait travaillé moins dur qu’eux. Etc…

Dans la pensée contemporaine, ce sont exactement les mêmes thèmes qui sont à l’honneur, mais sous l’angle des droits : l’homme « a droit » à l’égalité, à l’assistance, à la santé, au partage des ressources…

Ce remplacement d’une société fondée sur les devoirs par une société fondée sur les droits est considéré comme un progrès majeur de notre pays, lequel s’enorgueillit de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, texte vu comme un grand apport du « siècle des lumières » et de la Révolution de 1789. Pourtant, si l’on y réfléchit un peu plus, on constate que ce remplacement des devoirs par des droits est au contraire une terrible régression intellectuelle et morale.

En effet :

a) La notion de devoir conduit à agir et à se sentir responsable, alors que la notion de droit conduit à être passif et déresponsabilisé:

Si j’ai un devoir, je sais ce que j’ai à faire moi-même ; faute de le faire, j’engage clairement ma responsabilité.

 Si j’ai un droit, que fais-je ? Je revendique ou je pleure auprès de quelqu’un d’autre pour que mon droit soit suivi d’effet ; et je n’obtiendrai de résultat concret que si quelqu’un se sent en…devoir de me l’apporter. Quant à une quelconque responsabilité, je la reporte d’avance sur ces autres dont je ne fais qu’attendre les actes en ma faveur.

b) La nature ne bafoue pas ouvertement la notion de devoir, laquelle a toujours un sens, quand bien même l’être de devoir se trouverait isolé de tous.

La notion de droit, elle, n’a aucun sens quand celui qui y prétend se trouve isolé, et la nature s’en moque totalement : quelle valeur ont donc le « droit à la vie », le « droit à la santé », le « droit à l’assistance » etc. quand il ne se trouve personne à l’entour pour lui donner une suite quelconque ? Et si par chance il se trouve quelqu’un qui  puisse faire quelque chose, ce sera encore au nom de son propre sens du « devoir » et non au titre du « droit » prétendu.

c) La notion de devoir implique des actes concrets, mais peut être fondée sur une obligation plus morale, visant plus haut : le respect et l’amour d’autrui, dans l’exemple du message chrétien.

Avec la notion de droit, règnent au contraire le matérialisme et le juridisme purs : on est censé avoir le droit à l’assistance, à la santé, etc., mais il n’est plus question entre les hommes d’amour ni de compassion… Il y a là un véritable renoncement à ce que les satisfactions matérielles que l’homme revendique puissent lui venir d’un sentiment qu’on lui porterait. La société abandonne les notions d’altruisme et de solidarité au profit des notions d’égoïsme et d’individualisme revendicatif.

A ce stade de l’exposé, le lecteur pense-t-il que j’exagère ? Alors, qu’il se penche sur deux petits exemples récents, qui ne brasseront pas de grandes idées théoriques mais illustreront pourtant très bien le propos général:

–L’exemple d’une équipe de France de football dont bien des membres estiment n’avoir que des droits (à l’argent, à la gloire, à tous les avantages personnels…) et aucun devoir d’aucune sorte envers personne.

–Et l’exemple de l’abstention aux élections, qui montre bien que la participation au scrutin est ressentie comme un simple droit, sans aucun devoir associé…Ne nous en étonnons pas : c’est bien ainsi (le « droit de vote ») que les gouvernants démagogues ont toujours présenté le sujet aux Français…

Au-delà de ces deux petits exemples, c’est en fait sur tous les sujets que les Français sont désormais imprégnés, profondément, de l’idée qu’ils ont des droits, et non pas des devoirs. La réputation, qu’ils ont à l’étranger, d’arrogants donneurs de leçons à qui tout serait du… s’explique très bien ainsi.

Mais alors, si ce remplacement de la notion de « devoirs » par la notion de « droits » est une telle régression intellectuelle et morale, pourquoi a-t-il eu lieu ? Cela peut paraître d’autant plus curieux que la notion de devoir reste à l’évidence toujours nécessaire : on sait que, pour avoir la moindre efficacité pratique, l’idée de « droits » doit être traduite dans la Loi par des devoirs et obligations précises ; si les droits d’un locataire se matérialisent, c’est seulement parce que la loi soumet le propriétaire aux obligations, aux devoirs, correspondants…

Trois explications au moins semblent possibles :

Première explication : pour l’ego d’un être humain, avoir des droits attachés à sa petite personne est beaucoup plus valorisant que de dépendre de devoirs attachés aux autres. C’est bien pourquoi les démagogues de tout poil prennent bien soin de souligner les droits de leurs auditeurs plutôt que d’évoquer des devoirs ; ainsi ces auditeurs ont-ils l’agréable illusion qu’on les respecte et qu’on s’occupe d’eux.

Il n’est donc pas étonnant que, après les siècles de démagogie politique que viennent de connaître les Français, leur esprit soit désormais, comme on l’a dit plus haut, profondément imprégné de l’idée qu’ils ont des droits et pas de devoirs. 

Deuxième explication : pour pouvoir imposer des devoirs aux citoyens, ce qui est toujours mal compris et mal ressenti, le pouvoir politique a besoin de montrer qu’ils traduisent en fait des droits, beaucoup plus facilement compris et admis. La référence à des « droits » serait donc le passage obligé pour, psychologiquement, amener le public à prendre conscience d’un problème réel, à l’admettre, et à accepter qu’on lui impose par la loi les devoirs correspondants.

C’est certes une habileté psychologique…mais qui transforme peu à peu les gens en irresponsables revendicatifs. C’est bien cher payé !

Troisième explication : on peut estimer que le système chrétien des origines, fondé sur les devoirs et devant traduire un bel amour entre les hommes, n’a pas eu de très bons résultats, et n’a surtout pas été vraiment appliqué ! Les devoirs n’étaient que pour le peuple ! On comprend alors que, au moment de sortir de l’Ancien Régime de 1789, les Français aient pu considérer comme un magnifique progrès, et une superbe revanche, d’affirmer enfin des « droits ». La jubilation est dans ces cas-là encore accrue par les épithètes emphatiques qu’on y attache pour pas cher : « universels », « inaliénables », « imprescriptibles », etc.

On doit bien sûr remarquer que, depuis cette révolution des idées et de la politique, la situation des Français s’est nettement améliorée, et que l’injustice a régressé.

Mais est-ce fondamentalement par l’effet de cette mise en avant des « droits », ou bien plutôt par…tout le reste du contexte?  En particulier, par l’imprégnation, plus naturelle à mesure qu’elle devenait moins religieuse, des valeurs d’origine christique, dont les gouvernements successifs de tous bords ont explicitement ou implicitement intégré une large part dans leurs principes d’action ? Mais aussi par les progrès techniques et la prospérité économique, qui facilitent largement la satisfaction de tous les droits énoncés…

Nous verrons peut-être prochainement, et malheureusement, ce que devient une société fondée uniquement sur des « droits » lorsqu’il n’existe plus les moyens de les satisfaire, ni l’esprit de devoir permettant d’y suppléer.

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Finalement, ma « vérité » sur le sujet paraît relativement évidente : la mise en avant des droits par rapport aux devoirs, dont la majorité des Français sont si fiersdepuis plus de deux siècles, est une régression intellectuelle et morale, dont les effets, longtemps masqués par de vrais progrès dus à d’autres causes, expliquent pour beaucoup la situation présente du pays.

Comment en sortira-t-on ? Comme toujours, c’est la Nature, n’ayant que faire des prétentions humaines en matière de droits, qui remettra les idées à leur vraie place, lentement ou très brutalement. Nous aurons alors beaucoup de devoirs les uns envers les autres.

En attendant que la Nature vienne, inévitablement, nous rappeler les réalités, nous pourrions déjà faire l’effort d’essayer de raisonner plutôt en devoirs acceptés qu’en droits illusoires. Certains de nos contemporains le font déjà, bien sûr, à titre individuel et à contre-courant d’une démagogie ambiante (ne mettons pas tout le monde dans le même sac…). Il faudrait seulement que cette minorité grossisse, et tout irait déjà mieux.

Mots-clés : devoirs,bien,valeurs

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Le Vériteur

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MOGNO Yvon

Né en 1942, Ingénieur retraité, Diplômé de l’Ecole Centrale de Paris, Docteur es Sciences. Spécialiste des métiers de l’Environnement et du Droit Public Membre fondateur d’une Association de Culture Scientifique, Technique et Industrielle Ancien membre de divers groupes d’expertise. Amateur de...
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