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Condamnée à 123 000 euros d'amende pour avoir aidé les autres

Thème : Justice, Législation
Publiée le 05/11/2014 |
14622 | 6 |
Révélée par BERT Yvette |
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J’ai créé mon association « Ensemble pour l'espoir » pour aider les personnes dans le besoin. Aujourd’hui, je suis poursuivie pour avoir organisé des lotos.

Mise à jour du 7 novembre 2014 : condamnée à six mois de prison avec sursis et 123 000 euros d’amende

 
Je suis allée hier au Tribunal correctionnel d’Arras pour entendre mon verdict. Sur le plan pénal, je suis condamnée à six mois de prison avec sursis et à 10 000 euros d’amende, dont 5 000 avec sursis. Je n’ai plus non plus le droit d’avoir une association à but non-lucratif.
 
La juge m’a dit que j’étais coupable d’avoir fait des loteries prohibées et d’abus de bien sociaux. Ils me reprochent d’avoir logé dans la salle de l’association et de m’être servie du véhicule – mais je ne l’ai jamais fait pour moi ! Les journaux disent aussi que je mélangeais mes comptes et ceux de l’association, mais c’est totalement faux et même la juge ne l’a jamais dit. Je ne sais pas pourquoi ils ont inventé ça.
 
J’ai aussi été condamnée à un redressement fiscal de la part des douanes qui s’élève à 123 000 euros. Ils disent que je n’ai pas déclaré mes lotos quand je les ai faits. Ils se basent sur le chiffre de recettes des lotos qui serait de 410 000 euros. Mais c’est le total des billets vendus, pas le bénéfice des lotos. Ils ne décomptent par les bons d’achat, les cartes cadeaux, les colis et les chèques qu’on donnait, les frais de l’association comme le loyer, l’électricité, l’assurance… Ils ne décomptent rien.
 
« S’ils ont voulu faire un exemple, ils auront un exemple »
 
Quand je suis sortie de la salle, il y avait toutes les caméras. Je leur ai dit que je ne paierai rien parce que je n’avais pas volé. Je préfère encore me suicider. S’ils ont voulu faire un exemple, ils auront un exemple.
 
A ce moment, j’ai vu mon fils monter l’escalier. J’ai couru vers lui, je ne l’avais pas vu depuis plus d’un an. Il avait téléphoné le matin à mon avocate en disant qu’il découvrait l’affaire. Il a dit que lui et sa femme m’avait aidée à organiser des lotos et que, pourtant, personne ne les avait interrogés ou convoqués !
 
« Je n’ose plus sortir : j’ai peur que les gens pensent que j’ai volé »
 
Je ne sais pas encore si je vais faire appel, je dois en discuter avec mon avocate. Elle m’a appelée tard hier soir, alors qu’elle est commise d’office, pour me dire qu’il ne fallait pas laisser tomber. Mais je ne sais pas si j’aurai la force de tout recommencer à zéro.
 
Je n’ose plus sortir, je n’ose plus aller nulle part. J’ai peur que les gens pensent que j’ai volé. Pour eux, si j’ai été condamnée, c’est qu’il y a forcément quelque chose. Ils pensent que la justice est droite et que c’est nous qui sommes tordus. Une fois, alors que j’étais dans un autre loto, un homme est venu me parler pour me dire que j’avais volé les gens. Il ne venait même pas à mes lotos, il ne savait pas ce que je faisais.
 
Je n’ai rien pris, je n’ai fait que travailler pour aider les autres. Et je suis arrivée devant la justice et j’ai été reconnue coupable d’avoir voulu faire le bien. C’est injuste. Ils vont prendre l’argent qu’on a récolté pour aider les personnes dans le besoin. Ils vont le prendre pour l’Etat, c’est impensable.

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La première Vérité d'Yvette Bert, alors qu'elle n'était pas encore condamnée


J’ai créé mon association, « Enfance et espoir » le 22 mai 2006. Rapidement, comme une autre association avait un nom très similaire, je l’ai renommée « Ensemble pour l’espoir ». Mon but était d’aider les enfants handicapés, les personnes âgées et globalement tous ceux qui étaient dans le besoin. Je me suis déclarée à la préfecture et aux impôts – j’ai donc un numéro de SIRET – et je travaillais avec plusieurs bénévoles.
 
Pour récolter des fonds pour nos actions, nous organisions des événements. On a commencé par des brocantes, des concours de cartes, mais c’était tout petit et ça n’a jamais bien marché. En 2006, on a aussi organisé quelques lotos, ça fonctionnait mieux. Par la suite, on en a organisé tous les week-ends. Les gains allaient à différentes associations ou dans nos actions de solidarité locale.
 
Plus tard, on a commencé à ramasser les cartons dans les rues pour les revendre à la déchetterie. Le soir, de 19h30 à 23h30, on récupérait les cartons des magasins qui fermaient. Le lendemain matin, à six heures, on les emmenait à l’usine. Notre fourgon pouvait contenir jusqu’à 350 kilos de cartons. Comme nous étions une association, l’usine nous payait un peu mieux que la casse : on touchait 73 euros par tonne de déchets récupérée. Cette activité nous rapportait entre 300 et 500 euros par mois et nous permettait de compléter notre budget. Les virements de la déchetterie étaient versés directement sur le compte de l’association.
 
Nos actions en faveur des personnes démunies
 
Grâce à ces lotos et au ramassage de cartons, nous avons réalisé plus de 30 000 euros de dons à des associations. Nous avons par exemple donné plus de 10 000 euros à l’association ELA luttant contre les leucodystrophies, plus de 12 000 euros pour la recherche pour la mucoviscidose, près de 10 000 euros pour le Téléthon, etc. Nous participions également à la collecte de bouchons de bouteilles de l'association « Bouchons de d’amour » pour acheter des fauteuils roulants à des sportifs handicapés.
 
Nous avons offert plus de 40 000 euros de cadeaux aux personnes démunies ou isolées. A Noël, nous apportions par exemple des colis aux personnes âgées hospitalisées ou en fin de vie à Arques, Frévent et Saint-Omer : ils contenaient du linge de maison, des serviettes de toilette, des gants de toilette, des savonnettes, de l’eau de Cologne. Nous avons aussi donné pour les sinistrés d’Haumont, victimes d’une tornade, en aidant au réaménagement de quatre familles : pour chacune d’elles, nous avons fourni une gazinière, un réfrigérateur, une machine à laver, un fer à repasser, etc. J’organisais aussi des banquets pour Noël, pour les personnes seules : je faisais la nourriture et l’animation pour que les gens soient rassemblés.
 
Nous agissions également auprès d’individus dans le besoin. Par exemple, nous reprenions les appels des personnes qui appelaient la radio RDL, la station locale, pour exposer leur situation. Nous avons ainsi assumé les frais de l’enterrement d’un enfant décédé de la mucoviscidose. Lorsque des familles subissaient un incendie, nous les aidions en remplaçant leur linge de maison. Nous faisions dons de meubles que nous récupérions dans des déménagements. Une seule fois, nous avons donné de l’argent liquide à une femme, 1200 euros : elle venait de perdre son mari dans un accident de voiture et était en attente du premier versement des assurances.
 
Nos lotos, des événements conviviaux
 
Nos lotos étaient des événements conviviaux. Les joueurs étaient surtout des amis et des voisins qui venaient pour passer un bon moment. Nous organisions des fêtes de fin d’années, des anniversaires… Par la suite, on m’a reprochée l’organisation de mes lotos « Spécial anniversaire Mamie Yvette » mais je ne récupérais pas d’argent, c’était un prétexte pour payer un verre et du gâteau aux gens présents. Pour avertir les gens, nous faisions un peu de publicité dans le journal local.
 
Au début, nous louions des salles. Puis, à partir de 2011, pour nos lotos et pour les autres actions de l’association, nous avons commencé à louer un local permanent pour 2000 euros par mois. Au maximum, nous avons reçu 144 personnes dans cette salle. Nous avions également un trafic, une camionnette qui pouvait transporter neuf personnes, pour le ramassage des cartons et les actions de l’association. Nous l’avons utilisé pour transporter des joueurs : des personnes âgées ou ceux qui n’avaient pas de véhicules. La salle était éloignée du centre-ville et notre action a permis à ces personnes de venir malgré tout à nos événements.
 
L’enquête de la gendarmerie
 
En 2011, la gendarmerie et la douane sont venues à un loto en faveur de la mucoviscidose à Frévent. Ils m’ont emmenée chez moi car ils voulaient le livre de comptes. Ils ont compté les personnes présentes et l’argent du loto – pour eux, il y avait 6 000 euros alors que j’en ai mis 12 000 à la banque. Après cette intervention, j’ai continué à organiser des lotos toutes les semaines. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de problème puisque j’étais honnête.
 
Ils sont revenus chez moi en 2013, ils étaient 14 (plus un chien !) dans mon petit studio et m’ont dit que les lotos étaient interdits. Ils ont fouillé toute ma maison et m’ont mise en garde à vue 48 heures à la gendarmerie. Ils m’ont interrogé sur les lotos et accusée d’avoir détourné de l’argent. J’ai toujours dit que c’était faux. Ils m’ont posé trois ou quatre fois les mêmes questions. Je n’avais pas volé ! Je n’avais pas d’argent, je ne possède rien, ni maison, ni voiture, ni bien. Si j’avais volé de l’argent, ça se verrait. A cette époque, je ne pouvais même plus payer mon électricité : on me l’avait coupée.
 
Détournement, escroc, voleuse, comédienne, j’ai été traitée de tous les noms. Finalement, ils m’accusaient d’avoir détourné de l’argent. On m’a également reproché d’avoir logé dans le local de l’association. En effet, quand j’ai eu des problèmes de logement, on m’a fait une petite chambre pour que je loge dedans, elle faisait à peine neuf mètres carrés. Mais ça ne coûtait rien à personne que j’installe ce lit et on m’accuse pour ça !
 
Le procès au tribunal d’Arras
 
Après avoir été reporté deux fois, le procès a eu lieu le 25 septembre au Tribunal correctionnel d’Arras. J’attends maintenant le verdict, jeudi 6 novembre. Je risque d’être condamnée à six mois de prison avec sursis et 180 000 euros d’amende aux douanes. Où je vais aller les chercher ? J’ai 650 euros de retraite et un loyer de 230 euros !
 
Au tribunal, ils ont bien vu que je n’étais pas en bonne santé : ils m’ont donné une chaise et un verre d’eau. La juge m’a dit qu’ils savaient bien que je n’avais pas volé, mais qu’ils me reprochaient d’avoir logé dans le local et de m’être servie du fourgon pour mes propres activités. Peut-être que j’aurais pu être mieux organisée dans ma comptabilité mais on peut facilement voir tout ce que j’ai donné grâce aux relevés de banques et aux factures.
 
De graves conséquences sur ma vie personnelle
 
Depuis cette affaire, je suis en dépression et j’ai fait une tentative de suicide. J’ai été humiliée alors que je me dévouais pour les autres. J’ai peur que les gens croient que j’ai volé : c’est cette idée que je ne peux pas supporter. Avant j’étais dynamique, maintenant je suis effondrée. Si je suis condamnée, je n’y survivrai pas.
 
J’ai 77 ans et ma vie est finie. Le pire, c’est que je ne peux plus aider personne. Aider les gens avec mon association, c’était ma vie : je travaillais sept jours sur sept, je ne vivais que pour ça. Quand je donnais un chèque, j’étais fière et contente. A quoi je sers, maintenant que je ne peux plus ?


*Précision  importante : il est souvent invoqué dans la presse un montant de 450 000 euros de revenus récoltés par notre association. Ce montant est faux, il s'agit en réalité du total des mises de tous les joureurs de tous les lotos de notre association. La majeure partie de ce montant est redistribuer sous forme de lots (cadeaux ou bon d'achat), les gens viennent jouer s'il y a quelque chose à gagner. Le bénéfice final, après soustraction de ces lots et des frais d'organisation, essentiellement de la location de la salle, ont été entièrement reversés sous forme de dons par chèques ou pas cadeau à des personnes démunies. Le tribunal a reconnu qu'il n'y avait jamais eu d'enrichissement personnel.



Retrouvez les coupures de presse relatant les dons de l'association dans l'encadré à droite du texte et dans l'onglet « Documents ».

Le Vériteur

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BERT Yvette

Après plusieurs années passées à aider les autres au sein de mon association, je suis poursuivie pour avoir organisé des lotos.
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