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Loi Macron : pourquoi les auto-écoles bloquent les routes

Thème : Travail, Législation
Publiée le 09/02/2015 |
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Après les avocats, les médecins, les notaires, c’est au tour des auto-écoles de s’opposer à la loi Macron.
Les syndicats d’auto-écoles se sont mobilisés pour lutter contre la réforme du permis de conduire engagée contre la loi Macron. La circulation a été perturbée dans plusieurs grandes villes par des opérations escargots. Mais les raisons de la grogne ne sont pas celles qu’on croit : explications de Philippe Colombani, président de l’UNIC (Union nationale des indépendants de la conduite).
 
Quels sont les points de blocage avec la loi Macron ?
 
La loi pose plusieurs problèmes aux moniteurs d’auto-écoles. Aujourd’hui, il est déjà possible de passer le permis en faisant de l’apprentissage libre sans passer par l’auto-école, en louant une voiture avec double-commande. L’accompagnateur doit alors passer une formation de quatre heures avec des moniteurs d’auto-écoles. Mais les députés veulent désormais que les loueurs puissent faire cette formation à titre onéreux : ce ne sont pas leurs compétences, on ne peut pas l’accepter !
 
Ensuite, la loi inclut la possibilité de s’inscrire à l’auto-école par Internet, ce qui ne nous pose pas de problème pour la partie administrative. Mais, en parallèle, les députés voudraient également permettre de faire l’évaluation préalable, nécessaire pour anticiper le nombre d’heures nécessaires à l’apprentissage de l’élève, par Internet. Mais comment faire cette évaluation si on ne voit pas l’élève en face ? Qu’est-ce qui nous prouvera que ce n’est pas un proche de la personne qui la fait pour elle ?
 
Enfin, on connaît bien les intentions du Ministère des Finances qui voudrait à terme faire retirer l’obligation pour les auto-écoles d’avoir un local. Pour une auto-école, avoir un local permet de rencontrer directement les clients et d’organiser des rendez-vous pédagogiques. De plus, cet aspect de la loi permettrait de faire supprimer un local par un simple arrêté ! Enfin, beaucoup d’auto-écoles ont dépensé de l’argent pour se mettre en conformité avec les normes d’accessibilité handicapé : on ne peut pas leur dire qu’ils n’ont maintenant plus besoin de leur local ! Nous sommes donc d’accord pour adopter les inscriptions en ligne, mais nous réclamons le maintien de l’évaluation en face à face et l’obligation d’avoir un local.
 
Internet doit être au service de l’humain, pas casser les systèmes sociaux. L’extrême de cette numérisation, c’est le permis en ligne. On sait déjà que Permis.net paye ses salariés 10 euros de l’heure, contre 15 à 17 euros dans une auto-école normale. Ornikar va encore plus loin en faisant travailler des auto-entrepreneurs. Dans leur dossier, ils préconisent à leurs collaborateurs de ne pas travailler plus de 28 heures par semaine et les payent 25 euros de l’heure. Dit de cette manière, cette formule est alléchante, sauf qu’en tant qu’auto-entrepreneurs, ils devront également payer leur protection sociale, leur assurance, leur véhicule, etc. Ornikar fait baisser les coûts parce qu’il supprime les charges sociales, mais c’est aux dépens des personnes qui enseignent. C’est la casse du système du salariat et du système social français.
 
Les députés veulent aussi supprimer le seuil des 20 heures de conduite pour passer le permis B : qu’en pensez-vous ?
 
Le seuil obligatoire des 20 heures est un faux débat. D’ailleurs, sur le fond, ça ne pose pas de problème : ce qui compte, ce n’est pas le nombre d’heures de conduite mais bien le niveau du candidat à l’examen. Et, de toute façon, on sait bien aujourd’hui que personne n’est capable d’avoir son permis après dix heures de conduite.
 
Le problème qui est posé pour nous, c’est le message qui est envoyé au public. Le seuil des 20 heures serait enlevé pour le permis B classique, mais pas pour la conduite accompagnée. Evidemment, il ne faut pas baisser le seuil de la conduite accompagnée : on ne peut pas se permettre d’envoyer sur les routes, sans examen préalable, des apprentis conducteurs qui n’auraient eu que sept ou huit heures de conduite Mais en abaissant le seuil pour le permis B classique, on incitera les parents à choisir cette formule plutôt que la conduite accompagnée parce qu’elle coûtera moins chère. Or, aujourd’hui, tout le monde sait que la conduite accompagnée reste la meilleure formule pour l’apprentissage et la sécurité routière. Pour un gouvernement qui veut favoriser ce modèle, c’est donc une décision paradoxale.
 
Que pensez-vous de l’ouverture du métier d’examinateur à d’autres professions, comme les postiers ?
 
En soit, ça ne nous dérange pas que des facteurs ou des postiers fassent passer des examens, s’ils sont formés au métier d’examinateurs. L’annonce a fait scandale parce qu’elle a été dite d’une façon un peu légère mais ce n’est pas un problème. Pour devenir inspecteur, il faut faire six mois de formation puis six mois de rodage sur le terrain. Au bout d’un an, les candidats sont opérationnels. A partir du moment où la formation a bien été respectée, peu importe le métier d’origine des examinateurs. Ce n’est pas nouveau d’ailleurs : il y a quelques années, des gens qui venaient de France Telecom sont devenus examinateurs.
 
Nous sommes d’accord pour toutes les mesures qui permettent de réduire les délais de passage à l’examen. J’irai même jusqu’à dire qu’en ne demandant qu’un délai maximum de 45 jours, les députés restent timides car, en réalité, de nombreux départements respectent déjà ce délai. Je réclame depuis dix ans un délai qui n’excèderait pas 15 jours.
 
Quelle sera la suite de la mobilisation ?
 
Les gens du Ministère des finances nous disent que, pour travailler, on n’a besoin que d’un site Internet, d’un téléphone et d’une voiture : c’est faux ! La profession est prête à remanifester s’il le faut, mais nous préfèrerions tous négocier.
 
Pour nous, l’urgence reste les délais d’examen et la mise en place d’un référentiel de qualité dans la profession, pour que les auto-écoles s’améliorent. Nous étions en pleines négociations avec Bernard Cazeneuve lorsque les députés ont fait ces propositions. Ils ont voté leurs amendements en deux nuits mais ils n’ont jamais appelé la profession pour en discuter. Depuis ce moment, c’est silence radio du côté de Bernard Cazeneuve, alors que c’est notre ministre de tutelle ! Nous sommes donc prêts à redescendre dans la rue mais ce n’est pas ce que nous souhaitons : nous voulons faire des avancées réelles par les négociations.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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UNIC

Union nationale des indépendants de la conduite
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