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L'urgence du permis de conduire : les délais de passage de l’examen

Publiée le 09/04/2014 |
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Révélée par UNIC |
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Pour Philippe Colombani, président du syndicat des auto-écoles, le rapport sur le permis n’apporte pas de vraie solution aux délais de passage de l’examen.
La commission de réforme du permis de conduire doit rendre son rapport ce mercredi. Ses préconisations principales portent sur la baisse du délai d’attente pour repasser le permis et sur une formation plus longue. Pour Philippe Colombani, président de l’UNIC (Union nationale des indépendants de la conduite), ce rapport ne propose pas de réelle expertise.
 
Que pensez-vous du rapport sur la réforme du permis de conduire ?
 
D’abord, il faut rappeler l’origine de ce groupe de travail : une lettre de Manuel Valls au Ministère des Transports dans laquelle il demande des solutions aux délais de passage du permis de conduire. Le problème des places d’examen devait donc être le seul sujet étudié mais le groupe, en dérivant sur des sujets beaucoup plus larges, ne l’a pas assez expertisé.
 
Ce rapport est de l’ordre de la discussion au café du commerce, pas de l’expertise ! Il y avait autour de la table des organisations de consommateurs qui découvraient le sujet. L’urgence est le problème des délais de passage du permis. Ce que j’attends du gouvernement, c’est qu’il mette de côté tous les autres sujets et se concentre sur ce délai d’attente : c’est un préalable incontournable.
 
On parle beaucoup des jeunes qui attendent des mois avant de repasser le permis voiture mais ce problème concerne aussi les permis poids lourds. En général, les personnes concernées ont besoin de passer ce permis pour des raisons professionnelles : ils ont des employeurs prêts à les embaucher et ils sont bloqués dans des centres d’examen. Vu la situation de l’emploi aujourd’hui, c’est une faute grave.
 
Comment ces délais s’expliquent-ils ? Et comment résoudre ce problème ?
 
Aujourd’hui, le temps d’attente moyen pour repasser son permis en France est de trois mois, à cause du manque d’inspecteurs. Trois facteurs ont fait que les délais ont augmenté. Le premier est la suppression du service militaire : ça peut paraître anodin, mais beaucoup de jeunes passaient le permis dans l’armée. Ensuite, il y a eu le passage aux 35 heures, ce qui a automatiquement entraîné une baisse d’activité des inspecteurs. Et enfin, le coup de massue a été le changement du temps d’examen il y a quelques années : de 20 minutes, on est passés à 35 minutes d’examen.
 
Il y a donc plus de candidats alors que les inspecteurs travaillent moins et peuvent faire passer moins d’élèves par jour. Et il n’y a pas eu d’embauche pour compenser. Aujourd’hui, on a 1 300 inspecteurs en France et on estime que, pour régler le problème des délais, il en faudrait au moins 800 de plus. Pour les embaucher, nous préconisons de mettre en place un droit d’examen de 50 ou 60 euros, la moyenne européenne. L’Etat ne fait pas payer le passage du permis de conduire, contrairement à de nombreux pays.
 
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce droit permettrait aux élèves de faire des économies ! Aujourd’hui, les délais pour repasser le permis coûtent extrêmement cher aux jeunes : chaque élève doit en moyenne prendre huit heures de conduite supplémentaires. A 45 euros de l’heure, le surcoût peut être de plusieurs centaines d’euros. Mais attention, si on leur fait payer ce droit d’examen, il ne doit plus y avoir de délai. En Belgique, par exemple, il est inscrit dans la loi que l’attente entre deux passages doit être de 15 jours maximum.
 
De plus, cette tension a mis en place un système d’attribution des places extrêmement malsain : les places sont attribuées à chaque auto-école en fonction du nombre de « premiers passages » qu’elles présentent à l’examen. Pour conserver leur nombre de places, les écoles sont donc obligées de limiter les deuxièmes, troisièmes, quatrièmes passages. Nous, on estime que passer le permis, c’est un droit : tout le monde devrait pouvoir avoir accès à l’examen dans des conditions correctes et sans délai.
 
Que pensez-vous des autres mesures de ce rapport, comme les stages post-permis ?
 
C’est une preuve supplémentaire que ce rapport ne relève pas de l’expertise. Il évoque les stages post-permis mais il n’en a pas expertisé le coût : rajouter des périodes pédagogiques entre 18 et 20 ans représenterait, à mon sens, un surcoût d’au moins 300 euros par élève. A l’heure où on nous dit que le permis est trop cher, je m’interroge : comment peut-on imaginer une formation plus longue mais un permis moins cher ?
 
Et il y a aussi l’approche sociétale de cette réforme : dire à des jeunes qu’ils vont avoir un permis de conduire restrictif alors que rien ne prouve que cela fera diminuer le nombre de morts sur les routes, ça ne va pas être très populaire. Aujourd’hui, les jeunes sont pris par leurs études et passent le permis de plus en plus tard, vers 22 ou 23 ans, quand ils sont en recherche d’emploi. Comment réagira un employeur face à un jeune qui lui dira que son permis est probatoire ? Est-ce que ça ne risque pas d’être un frein à l’emploi ?
 
Avant de se lancer sur la piste des restrictions, il faut se demander si ce n’est pas un peu rude. On restreint encore les libertés des jeunes : dans une société où ils ont déjà du mal à trouver du travail, on va encore leur mettre des bâtons dans les roues. Est-ce qu’il n’y a pas d’autres solutions ? Toutes ces questions n’ont pas été posées. Ce qu’il faut, ce ne sont pas des pistes de réformes, ce sont des réflexions muries sans se précipiter.
 
Comment le permis de conduire devrait-il être réformé ?
 
Aujourd’hui, une réforme de la formation n’est pas nécessaire. En Europe, tout le monde est d’accord pour dire que la formation française est de très bonne qualité. On a d’ailleurs un taux de réussite au premier passage de près de 60% contre, par exemple, 45% en Angleterre. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de mauvaises auto-écoles, mais à mon avis, ce n’est pas le principal problème. D’autant plus qu’en janvier 2009, on avait parlé de mettre en place une labellisation des auto-écoles, mais cela n’a jamais été fait.
 
Encore une fois, ce qui crée réellement des tensions entre les élèves et les auto-écoles, ce sont les conditions d’examen. Dans d’autres pays, comme la Hollande, l’inspecteur fait un véritable bilan de conduite à la fin de l’examen et il explique clairement pourquoi il ne donne pas le permis. D’après les informations qui en ressortent, l’échec est alors très bien vécu par les élèves : ils retournent à l’école, travaillent sur ce qui ne va pas et n’ont quasiment pas d’échecs au deuxième passage. En France, on n’a qu’une lettre très succincte le lendemain, et on ne comprend pas toujours pourquoi l’élève n’a pas eu le permis. Résultat, on a beaucoup de troisièmes voire quatrièmes passages. Il faut qu’on sorte de ce système : après tout, c’est aussi ça le métier d’inspecteur.
 
Enfin, le point sur lequel il faut travailler aujourd’hui, c’est l’information du consommateur. La plupart des gens passent la porte d’une auto-école en se disant qu’ils vont passer le permis en 20 heures. En réalité, on sait tout de suite que, pour la plupart, il en faut beaucoup plus : en France, la moyenne est à près de 40 heures. Mais eux ont l’impression qu’on est là pour leur prendre de l’argent.
 
Il faut que les consommateurs se rendent compte de cet aspect avant de s’inscrire dans une auto-école, pour qu’ils n’aient pas l’impression qu’on les arnaque quand on évalue le nombre d’heures dont ils ont besoin. Pour mettre fin à ce problème, notre syndicat a préconisé de travailler avec des organismes neutres et indépendants qui s’occuperaient de cette évaluation, pour ne pas que les élèves nous soupçonnent de leur donner plus d’heures que nécessaire. Une réforme intéressante serait donc d’organiser de meilleurs programmes d’information : c’est là qu’il y a quelque chose à faire.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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UNIC

Union nationale des indépendants de la conduite
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