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Décryptage : pourquoi le prix du carburant baisse moins que le pétrole

Publiée le 27/01/2015 |
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En six mois, le prix du baril de pétrole brut a chuté de près de 60%, mais le prix du carburant de seulement 17%. Explication.
Le baril de Brent dégringole. De 114 dollars fin juin à 47 aujourd’hui, son prix a chuté de près de 60%. Les prix du carburant baissent donc également, mais la différence est sans commune mesure. En France, sur la même période, le gazole a chuté de 17%. Yves-Marie Dalibard est le directeur de la communication de l’Union Française des Industries Pétrolières (UFIP) Il explique pourquoi la baisse n'est pas proportionnelle.
 
Pourquoi la baisse des prix des carburants n’est-elle pas proportionnelle à celle du pétrole brut ?
 
Trois éléments sont constitutifs du prix du carburant : le prix du produit pétrolier raffiné, l’ensemble des coûts de distribution et les taxes. Dans le monde du pétrole, il y a deux marchés : le marché du pétrole brut, dont la référence est le prix du baril, et le marché du pétrole transformé, celui des acteurs de la redistribution qui achètent les produits à la sortie de la raffinerie. Le prix qui nous intéresse est celui du marché transformé. En Europe, on prend comme référence les cotations de Rotterdam, qui comprend donc le coût du pétrole brut et celui de la transformation.
 
Il faut ensuite compter l’ensemble des coûts mis en œuvre depuis la sortie de la raffinerie jusqu’au réservoir du consommateur : ils comprennent le transport, souvent par pipelines, le stockage dans des entrepôts, les camions de transport, les coûts de la station-service comme le salaire du pompiste et éventuellement la redevance à la société d’autoroute. Enfin, le prix du carburant comprend des taxes, notamment la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques).
 
Prenons comme exemple le prix du gazole au 9 janvier dernier. Il valait 1,127 euro, dont 0,361 pour le pétrole raffiné, 0,097 pour le marché de la distribution, 0,481 de TICPE, 0,092 de TVA sur la TICPE et 0,96 d’autres taxes. En proportion, le produit raffiné représentait donc 32% du prix total, la mise en œuvre 8,6% et les taxes 59,4%. Les taxes et les coûts de mise en œuvre sont presque constants. Le seul prix qui varie est celui du pétrole raffiné, donc l’essentiel des 32%.
 
Si on enlève encore le prix de la marge brute du raffinage, on peut estimer que le coût du pétrole représente 25 à 30% du prix du carburant (contre 40% il y a environ un an). La baisse du pétrole brut n’engendre donc pas une baisse proportionnelle du prix des carburants : si le pétrole est en baisse de 10%, la baisse répercutée sur le prix du carburant tournera plutôt autour des 3%.
 
Quel est l’impact du taux de change sur l’évolution du coût du carburant ?
 
Un autre élément qui ralentit la baisse des prix qu’on cherche à identifier est le taux de change des monnaies. Le pétrole est un marché mondial, le prix du baril est donc exprimé en dollars. Or, le prix des carburants est en euros. Cette dernière année, l’euro s’est érodé face au dollar. Concrètement, cela veut dire qu’il faut plus d’euros pour acheter un dollar, donc la baisse est ralentie en Europe.
 
Reprenons les valeurs du baril fin juin sachant que, depuis, le taux de change est passé d’1,35 à 1,15 dollar pour un euro. Le baril de Brent est passé de 114,01 à 46,63 dollars, il a donc subi une baisse de 59,17%. En euros, il est passé de 84,05 à 40,21, la baisse est donc moindre, de 52,16%.
 
L’association de consommateurs CLCV a également dénoncé une augmentation des marges brutes des distributeurs en novembre et décembre 2014. Ont-ils profité de la baisse du prix pour augmenter leur marge ?
 
CLCV a à la fois tort et raison, cette différence de marge vient simplement d’un certain temps d’ajustement. Lorsque le prix du pétrole baisse, le prix du carburant ne s’ajuste pas de façon instantanée. Mais la marge brute de distribution se réajuste en quelques jours, que les décalages soient à la baisse ou à la hausse.
 
D’ailleurs, sur l’année 2014, la moyenne de marge brute de distribution a été de 8 à 9 centimes pour le gazole et de 10 à 12 centimes pour le supercarburant. Cette marge dégringole parfois à cause des campagnes de promotion des grandes surfaces. L’essence reste un produit d’appel et elles organisent parfois, en juillet-août notamment, des campagnes où elles la vendent à prix coûtant. Comme elles sont à l’origine de près de deux tiers des ventes de carburant routier, elles font beaucoup baisser la moyenne.
 
Les prix du pétrole brut et des carburants vont-ils continuer à baisser ?
 
C’est un marché sur lequel personne ne se risque à faire de prévision. Ce qui a provoqué la baisse dans un premier temps, c’est un nouvel équilibre de l’offre et la demande. Depuis deux ou trois ans, les Etats-Unis ont fait croître leur production grâce au pétrole de schiste. Aujourd’hui, ils sont presque à égalité avec l’Arabie Saoudite en termes de production quotidienne. Ils consomment leur propre production et n’importe presque plus. L’offre est donc assez abondante alors que la demande n’est que très faiblement croissante, ce qui explique la baisse des prix, jusqu’à moins de 50 dollars le baril. On peut imaginer que, petit à petit, des productions ne vont plus être rentables à moins de 50 dollars et vont arrêter leur production, ce qui fera de nouveau augmenter les prix. Mais on ne sait pas à quelle échéance cela se fera.
 
Par ailleurs, en France, les taxes fixes ont augmenté au 1er janvier 2015, d’une part pour compenser l’annulation de l’écotaxe et d’autre part au titre de la taxe carbone. Le gazole a ainsi pris 4 centimes et le supercarburant 1,7 centimes, soit 4,8 et 2 centimes avec la TVA. On a donc constaté une légère hausse des carburants à partir du 2 janvier, puis la baisse a repris, et cette augmentation des taxes a été complètement absorbée en 15 jours.
 
Mais pour le moment, cette baisse est une bonne nouvelle pour les pays consommateurs, comme la France qui importe 99% de sa consommation de pétrole. Si les prix se maintenaient à leur niveau actuel, on estime que cette baisse représenterait une économie de 20 milliards d’euros sur la balance commerciale en un an. Autant d’augmentation de pouvoir d’achat pour les consommateurs et de compétitivité pour les entreprises.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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UFIP

L’Union Française des Industries Pétrolières (Ufip) est un syndicat professionnel qui rassemble les entreprises exerçant en France une activité dans l’un des trois grands secteurs de l’industrie pétrolière : exploration et production de pétrole et de gaz naturel, raffinage et distribution
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