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Le burn-out reconnu comme maladie professionnelle : ce qui va changer

Publiée le 01/06/2015 |
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Révélée par Technologia |
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Encore rarement reconnu comme maladie professionnelle, le burn-out menacerait près de trois millions d'actifs en France.
Jean-Claude Delgenes est président de Technologia, un cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels. Depuis janvier 2014 et la publication d’une étude en forme d’appel aux députés, il s’engage pour faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle. Il fait le point sur les amendements inscrits par l’Assemblée Nationale dans le projet de loi sur le dialogue social.
 
Qu’est-ce que le « burn-out » ?
 
Le burn-out est un terme assez polysémique : je préfère parler d’épuisement professionnel, qui résulte d’un travail à la fois excessif et compétitif. Dans notre société moderne, les gens sont assujettis à de multiples contraintes, et parfois à des injonctions contradictoires. La pression de rentabilité à court terme est souvent excessive et chacun est évalué à l’aulne de sa productivité. Aujourd’hui, on estime qu’entre 10 et 15% des actifs sont menacés, soit environ trois millions de personnes.
 
Dans un contexte morose économiquement (chômage, intérim, etc.), beaucoup considèrent qu’ils ne peuvent pas ne pas travailler beaucoup. Ceux qui ont « la chance » d’être en poste s’investissent parfois de manière outrancière : ce sont eux qui sont exposés à de grands risques. Parfois, certains employeurs leur permettent de mettre le travail à distance mais ce n’est pas toujours le cas. D’autant plus que les moyens de communication électroniques déportent bien souvent le travail vers la sphère privée.
 
Quels en sont les symptômes ?
 
Les symptômes sont de trois ordres : comportementaux, physiques et psychiques. Au niveau comportemental, les gens peuvent devenir irritables voire violents, s’isoler, travailler très tard le soir, très tôt le matin, la nuit : leur comportement change vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres.
 
Physiquement, on constate une prise de poids, des éruptions cutanées, des maux de dos, un manque de sommeil… des problèmes souvent amplifiés par une hygiène de vie qui les empêche de récupérer. Enfin, les symptômes psychiques sont de l’ordre de la perte d’attention, des comportements destructeurs, des variations d’humeur qui peuvent conduire à une grande fatigue voire à un épuisement émotionnel.
 
Quelles sont les populations les plus touchées ?
 
Les femmes sont les plus touchées, notamment lorsqu’elles courent après le temps parce qu’elles ont des charges familiales. Les domaines les plus concernés sont les métiers de la connaissance, les professions médicales comme les urgentistes… mais aussi les personnes qui « ne sortent jamais du travail », comme les agriculteurs.
 
On estime également qu’entre 800 000 et un million de cadres sont menacés : ils doivent produire du résultat, sont analysés régulièrement en fonction de leur productivité et avec des critères assez exigeants. Enfin, il faut rajouter les chefs d’entreprise. Du fait de l’entrepreneuriat, ils sont souvent plus à même de mobiliser des émotions positives – par rapport au statut, à la reconnaissance – et donc de se régénérer. Mais, lorsqu’ils rencontrent de lourdes difficultés, comme un dépôt de bilan, le résultat peut être catastrophique.
 
Jusqu’à présent, comment le burn-out était-il reconnu comme maladie professionnelle ?
 
En France, on a un système double pour la reconnaissance des maladies professionnelles :
  • D’une part, les tableaux, qui existent depuis 1919 et qui décrivent les symptômes de maladies connues. Ils permettent de faire l’économie d’études de dossiers très lourdes.
  • Pour d’autres maladies, et notamment les maladies psychiques, des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles examinent les dossiers portés par les victimes putatives. Un médecin conseil vérifie alors si la pathologie évoquée est en liaison directe avec le travail et fait une estimation du taux prévisionnel d’IPP (incapacité permanente professionnelle).
 
Or, le taux prévisionnel jusqu’à présent nécessaire pour instruire un dossier en cas d’épuisement professionnel était de 25% d’IPP. A titre de comparaison, si on vous arrache la main, le taux d’IPP est de 20%. Résultat, l’an dernier, seul 239 personnes ont vu leur pathologie psychique reconnue comme maladie du travail.
 
Quels sont les amendements votés par l’Assemblée Nationale ?
 
Trois amendements ont été votés par l’Assemblée Nationale. Le premier doit permettre d’abaisser les seuils d’IPP pour faire examiner un dossier. En Suède, tous les dossiers sont automatiquement examinés, il n’y a pas de critère d’éligibilité. Le deuxième amendement prévoit un renforcement des comités régionaux par des psychologues et des psychiatres pour meilleure reconnaissance de ses maladies. Et le troisième a pour but d’homogénéiser les commissions régionales, notamment au niveau des délais d’inscription et de réponse.
 
Pendant la discussion sur la loi, on nous a répété qu’il n’était pas possible d’introduire des tableaux pour ces maladies. Mais le Danemark, par exemple, a mis en place un tableau sur le stress post-traumatique qui est très efficace. Le gouvernement a dont prévu un rapport d’ici le 1er juin 2016 pour l’inscription de l’épuisement professionnel au tableau des maladies psychiques.
 
Que ces textes vont-ils changer ?
 
Aujourd’hui, les personnes victimes de burn-out sont considérées comme des malades « ordinaires », victimes de dépression par exemple. Personne ne peut donc tirer des enseignements des causes qui les ont amenées à cet état. Mais quand une maladie professionnelle est déclarée, il y a une vraie réflexion des acteurs pour la prévention. Il ne peut pas y avoir de prévention sans reconnaissance et sans réparation. Demain, on parlera peut-être de quelques milliers de cas d’épuisement professionnel et non pas de 200.
 
Ce seront les entreprises responsables qui devront financer. Aujourd’hui, ces malades sont pris en charge par l’Assurance Maladie, donc par la collectivité. Il est normal que les entreprises prennent en charge le coût financier de ce qu’elles ont généré. Et dire que cela correspond à une augmentation des charges des entreprises, c’est de l’enfumage ! Au contraire, on leur donne l’occasion de lancer un message fort en matière de qualité de travail.
 
Les personnes victimes de burn-out ne sont pas fainéantes, au contraire, elles donnent tout parce qu’elles ont un idéal de réalisation professionnelle. Elles sont productives et rentables : l’entreprise a tout intérêt à leur montrer qu’elle les considèrera si jamais elles tombent malades. Aujourd’hui, elles sont exclues, chassées. Le but est de mettre en place un mécanisme vertueux de prévention et de réparation dans les entreprises.
 
Comment les entreprises peuvent-elles protéger leurs salariés du burn-out ?
 
Le burn-out est à la fois un état et un processus. L’épuisement provient le plus souvent d’un stress chronique de plusieurs années. On peut identifier le processus. Au départ, les personnes travaillent bien et beaucoup, elles ont beaucoup de reconnaissance et génèrent beaucoup de sentiments positifs. En phase 2, la toute-puissance du travail commence à s’exercer : elles évacuent leurs loisirs, leurs activités. En phase 3, la fatigue accumulée fait que les personnes développent de l’anxiété, perdent de l’assurance, de la créativité, du discernement et commencent à faire des erreurs.
 
Elles perdent alors la reconnaissance des autres, qui se sont habitués à l’excellence. Alors elles se révoltent et ont la tentation, pour récupérer ces sentiments positifs, de travailler encore plus. C’est à ce moment qu’on peut arriver à l’effondrement final, la phase 4 : dépression, AVC, embolie pulmonaire, voire crise suicidaire…
 
Les entreprises doivent apprendre à promouvoir un travail sain. Elles doivent laisser le temps à leurs employés de se reconstituer : être moins dans l’urgence, réguler le travail, ménager des phases de récupération, de convivialité. Elles doivent éviter que leurs salariés engagent leur santé dans leur travail.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels.
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