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Face aux cancers de la peau : prévention, protection et dépistage

Thème : Santé, Médecine
Publiée le 28/05/2015 |
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Contrecoup de la mode des peaux bronzées, le nombre de mélanomes et carcinomes ne cesse d’augmenter.
Avec la mode du bronzage, le nombre de cancers a explosé ces dernières décennies : on estime notamment que le nombre de nouveaux cas de mélanomes double tous les dix ans. Face à une évolution particulièrement rapide, seul le dépistage précoce et la prévention constituent de réelles solutions.
 
Claudine Blanchet-Bardon est vice-présidente du syndicat des dermatologues-vénérologues. Elle fait le point et démonte les idées reçues : oui, il existe plusieurs cancers de la peau, non, ce ne sont pas des « grains de beauté », non, les cabines UV ne préparent pas la peau au soleil…
 
Quels sont les différents cancers de la peau ? Quels en sont les symptômes ?
 
On parle bien des cancers de la peau, car il en existe plusieurs sortes. On en retient principalement trois :
  • le mélanome, qui provient de la lignée pigmentaire. C’est le cancer de la peau le plus rare, mais aussi le plus agressif. Environ 11 000 personnes sont diagnostiquées chaque année, 1 500 à 2 000 en meurent ;
  • parmi les carcinomes, les cancers de l’épiderme, le plus fréquent est le basocellulaire. Il touche entre 80 000 et 90 000 personnes par an. En principe, on n’en meurt pas parce qu’il n’y a pas de métastases ;
  • le carcinome épidermoïde, plus rare et plus agressif, qui peut toucher les ganglions.
 
Pour les symptômes, il faut arrêter de se focaliser uniquement sur les grains de beauté : il y a de très nombreux cancers de la peau et ils sont loin de tous ressembler à un grain de beauté. D’ailleurs, lorsqu’on se fait dépister, c’est toute la peau, tout le corps qui est examiné. Le mélanome est une tumeur nodulaire noire, qui peut aussi être plate. Il peut également être une tumeur non pigmentée – c’est le mélanome achromique. Le carcinome basocellulaire est polymorphe : il peut être scléreux, prendre la forme d’une perle couleur chair avec une dilatation des vaisseaux, être un trou (qui, parfois, peut aller jusqu’à l’os). Enfin, le cacinome épidermoïde peut prendre la forme d’un squame.
 
L’important est de dépister le cancer au stage le plus précoce. Les mélanomes qu’on trouve lors des journées de dépistage sont généralement petits et peu épais, on est sûrs de sauver la peau des gens. C’est la raison pour laquelle l’œil du dermatologue est essentiel : souvent, la personne ne voyait même pas que c’était en évolution. Et, même si l’âge moyen des malades tourne autour de 50 ou 55 ans, ces cancers peuvent aussi toucher des personnes extrêmement jeunes. On a tous vu des femmes enceintes, des très jeunes mères, qui avaient la jeune trentaine, être atteintes.
 
Certaines personnes sont-elles plus susceptibles de développer un cancer de la peau ?
 
On est tous inégaux face aux cancers. Le premier facteur est la génétique : on peut malheureusement hériter de mauvais gènes. Donc une personne dont la famille a connu des cancers de la peau doit a fortiori se faire dépister. Ensuite, il y a une inégalité dans ce que l’on est, ce sont les phénotypes : concrètement, une personne blonde aux yeux pâles ou rousse a beaucoup plus de risques d’être intolérante aux UV.
 
D’autres facteurs relèvent de l’environnement : la région dans laquelle on vit (plus ou moins ensoleillée), l’endroit où on travaille (devant un bureau ou dans un champ). L’exposition au soleil est déterminante. La négligence ou la méconnaissance à ce niveau font des ravages : faire la crêpe sur la plage, jouer au golf sans casquette et sans gants, attraper des coups de soleil… Enfin, certaines habitudes ont énormément fait augmenter le nombre de cancers, la plus importante étant le fameux « soleil en boîte ».
 
Le bronzage en cabine représente une véritable dépendance aujourd’hui, notamment parce que les instituts offrent des séances, fidélisent le client. Ils vont même jusqu’à faire la promotion de fausses allégations pour la santé ! Le bronzage artificiel serait ainsi censé « préparer la peau au soleil ». Or, ce n’est pas le même spectre UV que le soleil, donc ça ne peut pas y préparer ! De même, on prétend que cette exposition permet de « fabriquer de la vitamine D » : ce sont les UVB qui permettent au corps de synthétiser la vitamine D, or les cabines ne délivrent quasiment que des UVA.
 
Comment expliquer cet engouement pour le bronzage ?
 
La prévention est particulièrement importante et elle a longtemps été occultée. Le 23 avril 1998, nous avons été la première organisation privée à en faire en créant la journée nationale de dépistage. On avait encore une mentalité héritée des années 1930, où le bronzage est devenu à la mode, avec Coco Chanel par exemple, qui était très mate de peau, puis à la fin de la seconde guerre mondiale avec Brigitte Bardot, la Madrague, Saint-Tropez… C’est cette mentalité qui a fait exploser le nombre de mélanomes depuis les années 1940.
 
Heureusement, beaucoup de personnes de cette génération en sont revenues, parce qu’elles ont compris que la beauté due au soleil était finalement très temporaire : les UV précipitent le vieillissement de la peau à long terme. Le soleil ne doit pas être un ennemi, mais il faut en avoir un bon usage. Cependant, pour beaucoup, le bronzage est encore un signe de bonne santé économique : on est bronzé parce qu’on est parti en vacances.
 
Comment prévenir les cancers de la peau ?
 
La meilleure protection, c’est les vêtements. Lors des baignades, il vaut mieux privilégier les vêtements foncés, parce qu’un t-shirt blanc, lorsqu’il est immergé, laisse complètement passer les UV. Il faut bien évidemment porter un chapeau et des lunettes de soleil. Et enfin, il faut mettre de la crème sur tout ce qui reste, sans oublier certains endroits auxquels on ne pense pas tout de suite comme le sommet des oreilles et le dessus du pied.
 
Il faut également faire attention à la réverbération, sur l’eau mais aussi sur l’herbe : être à l’ombre d’un parasol ne suffira pas à protéger. Il y a des horaires à éviter, entre onze heures et seize heures. Enfin, il ne faut pas oublier que s’exposer, ce n’est pas seulement faire la crêpe sur la plage : lorsque vous jardinez, par exemple, vous êtes exposé.
 
Au-delà de la prévention auprès du grand public, il y a aussi celle du monde professionnel. On a passé un accord avec la mutualité agricole et les agriculteurs sont de plus en plus protégés. Mais un secteur qui bloque encore beaucoup est le BTP. Les charpentiers sur les toits sont souvent torse nu ! Les entreprises doivent les protéger – de la même manière qu’elles sont censées le faire avec un masque lorsque leurs ouvriers utilisent un marteau piqueur – en leur faisant porter des vêtements, de la crème. D’ailleurs, la législation change peu à peu : en Allemagne, le cancer de la peau est déjà reconnu comme maladie professionnelle !
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Syndicat national dermatologues-vénérologues

Le Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues regroupe actuellement 2600 dermatologues libéraux et hospitaliers, ce qui représente environ 70% de l’ensemble des dermatologues français en exercice.
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