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L’enlèvement de mon fils retenu illégalement en Egypte par son père

Publiée le 03/11/2014 |
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Révélée par VOGT Stéphanie |
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Il y a plus d'un an, mon fils Ismael, 8 ans alors, est parti en vacances dans la famille de son père, en Egypte. Il n’est jamais revenu. Mon combat commence là.
Lors de les vacances de la Toussaint 2013, j’ai confié Ismael, mon fils de huit ans, à son père pour un voyage en Egypte. Nous étions divorcés à l’amiable depuis 2009 et, à l’époque, nous nous entendions parfaitement bien. Je n’ai donc pas hésité à aider à organiser ce voyage et à les laisser partir, d’autant plus qu’ils s’étaient déjà rendus en Egypte en 2010 et que tout s’était bien passé.
 
Le 23 octobre 2013, c’est même moi qui les ai conduits à la gare de Saint-Dié-des-Vosges, la ville de résidence de mon ex-mari. Ensuite, pendant les dix jours que devait durer le séjour, j’ai eu chaque jour Ismael au téléphone. Ce n’est que la veille de la date de retour prévue que tout a basculé.
 
J’ai téléphoné comme d’habitude mais, cette fois, mon ex-mari ne m’a pas passé mon fils tout de suite. Il m’a dit : « Maintenant, tu vas m’écouter. Ismael ne rentrera jamais. » Il l’a balancé comme une bombe. Il a été très clair : je devais dire à Ismael et à tous que j’étais d’accord et ne prévenir en aucun cas les autorités. Si je respectais cette condition, je pourrais voir mon fils et lui parler autant que je le souhaiterais. Sinon, si je prévenais quelqu’un, il me tuerait ou s’en prendrait à mes proches.
 
La plainte et la condamnation pénale en France
 
J’étais sous le choc. Heureusement, des amis proches ont immédiatement contacté un avocat pénaliste de renom à Epinal, Maître Stéphane Giuranna. C’est lui qui m’a convaincue d’aller au-delà de ma peur. A ce moment-là, j’étais terrorisée, je ne voulais pas porter plainte. Et je pensais que mon ex-mari allait encore changé d’avis. Mon avocat a immédiatement contacté le procureur de la République d’Epinal.
 
Il a été extrêmement efficace et, dès le lendemain, date de retour prévue d’Ismael, j’étais en mesure de déposer ma plainte. Le 1er novembre 2013, j’ai donc porté plainte contre mon ex-mari pour « soustraction d’enfant des mains de ceux charges de sa garde et rétention hors du territoire de la République » et « menaces de mort avec ordre de remplir une condition ». Le procureur a instruit l’enquête et la brigade de recherche de Saint-Dié a pris l’affaire à bras le corps.
 
Lorsque les gendarmes sont intervenus à son domicile, ils se sont aperçus qu’il avait organisé tout son déménagement pendant les vacances. Il avait mis fin à son bail, à ses abonnements téléphonques et autres et tous ses biens matériels avaient été vendus et déménagés le weekend suivant son départ... Tout était prévu, il n’avait donc pas agi sur un coup de tête. En réalité, j’ai appris rapidement, de sa voix, qu’il nourrissait sa vengeance depuis quatre ans et demi, pour me faire payer ma demande de divorce.
 
J’ai obtenu rapidement une date d’audience pénale, le 20 mars 2013. Le jour du procès, les deux chefs d’accusation ont été retenus contre mon ex-mari, qui ne s’est pas présenté. Le tribunal d’Epinal l’a condamné à trois ans de prison et a lancé un mandat d’arrêt international via Interpol.
 
L’action sur place
 
En plus de la procédure pénale, j’ai saisi le Ministère des Affaires Etrangères par l’intermédiaire du Bureau d’Entraide Civile Commerciale et Internationale (BECCI). J’ai fait un dossier dans lequel je demandais le retour de mon fils. Le BECCI a contacté son homologue égyptien, le Comité des Bons Offices, une structure chargée d’établir une médiation entre les parents. Mais, jusqu’à aujourd’hui, mon mari a refusé toutes leurs demandes.
 
Sur place, ils ont également essayé de localiser mon fils. Au départ, on me disait que ni lui ni son père ne se trouvaient sur le territoire. Il n’y avait aucune trace de leur arrivée, j’en ai conclu qu’il n’était pas rentré sur le territoire avec son passeport français. Mais je savais très bien où il se trouvait, dans la maison familiale de son père où j’avais passé toutes mes vacances pendant les neuf ans qu’avaient duré mon mariage. Finalement, c’est grâce à la carte postale que l’un de ses camarades lui a envoyée, et qu’il m’a dit avoir reçue au téléphone, qu’on a pu le retrouver !
 
Début 2014, le Comité des Bons Offices a donc localisé officiellement Ismael et a demandé à mon ex-mari de me laisser régulièrement lui parler au téléphone. Pendant quelques semaines, je l’ai appelé tous les dimanches. Mais, en avril 2014, vraisemblablement suite au procès, mon ex-mari m’a fait du chantage : il m’a dit que, si je voulais continuer de parler à mon fils, je devrais lui verser 150 euros par mois. J’ai refusé. Il a coupé tout contact. Un mois et demi plus tard, il m’a rappelé pour me demander de nouveau de l’argent. Lorsque j’ai de nouveau refusé, il m’a dit d’oublier que j’avais un fils.
 
Notre dernier échange par Skype
 
Je suis restée dans le silence jusqu’à mi-octobre. J’ai reçu un sms d’Allemagne de l’oncle de mon ex-mari qui m’a dit qu’il allait m’aider. Mais je connais très bien cette personne et je savais que c’était faux : il est intégriste et a lui-même aliéné sa fille, qui, à 20 ans, ne parle plus à sa mère. Une semaine plus tard, le 23 octobre, date anniversaire de l’enlèvement d’Ismael, j’ai reçu un nouveau sms d’Egypte qui me donnait rendez-vous sur Skype une demi-heure plus tard. Et j’ai vu mon fils.
 
Nous n’avons pas vraiment pu communiquer : je parlais, il me répondait par oui ou par non. Il parle encore bien français. Il a simplement répété des phrases qu’on lui avait demandé de dire : « J’ai un petit frère » (mon ex-mari a une nouvelle épouse), « Je vais à l’école » (il était déscolarisé jusqu’à présent), « Je vais bien », « Pourquoi tu ne viens pas, maman ? ». Il était très ému. Pendant toute la conversation, il était sous la surveillance de son père et de son oncle. Lorsqu’ils lui ont dit de partir, il s’est écroulé en larmes. Je lui ai hurlé de s’accrocher et que je ne l’abandonnerai pas.
 
Juste après, l’oncle m’a répété ce qu’il m’avait déjà dit par sms : que je pouvais venir voir mon fils à Qena quand je voulais. Il m’a dit qu’il ne fallait pas que je fasse de problème, qu’en réalité il n’y avait aucun problème et qu’il fallait arrêter les procédures et les procès... Il a ajouté que, de toute façon, c’était la révolution en Egypte et que je n’avais aucune chance de récupérer mon fils. Compte-tenu des idées extrémistes de mon interlocuteur, des menaces de mort proférées par mon ex-mari et de la zone de non-droit aux mains des Frères Musulmans où se trouve Ismael, si loin de la capitale, on ne peut assimiler cette proposition déguisée qu’à un piège habilement tendu où je pourrais facilement y laisser la vie. Depuis, je n’ai plus de nouvelles.
 
Mes autres démarches pour récupérer mon fils
 
Tout au long de cette année écoulée, je n’ai pas cessé de faire en sorte qu’on m’aide. En plus de la justice française et du Ministère des Affaires Etrangères, j’ai saisi le consulat au Caire. Il suit mon dossier avec une grande attention mais il ne peut intervenir que diplomatiquement... A plusieurs reprises, j’ai également écrit au président de la République. J’ai toujours eu des réponses très correctes mais formatées et évasives quant à une éventuelle intervention pour récupérer mon fils.
 
Dans toutes mes démarches, j’ai eu la chance d’être soutenue par une sénatrice, Joëlle Garriaud Maylam, qui représente les Français à l’étranger. Entre autres, elle a fait un courrier à l’ambassadeur d’Egypte à Paris. Elle lui a demandé une entrevue pour discuter de mon cas et de celui d’Elodie Bellemaison et de son fils Asim, également enlevé par son père en Egypte.
 
Le problème, aujourd’hui, est que mon mari ne sera pas arrêté, à moins qu’il ne franchisse une frontière. En Egypte, seul le Comité des Bons Offices est à même de contacter le père d'Ismael. Mais, malgré la convention bilatérale existante entre les deux pays depuis 1982, on nous fait clairement comprendre qu’il nous appartient à nous, parents victimes, d’entreprendre des démarches au niveau de la justice locale. Et là c’est un mur judiciaire, mais aussi culturel, qui se dresse devant nous.
 
Un immense élan d’amour
 
Dès les tout premiers jours de cette affaire, une association a été créée dans mon village, Corcieux : « Jamais sans Ismael ». Elle est l’initiative de trois mères de copains d’Ismael et a servi à récolter des fonds pour me permettre de payer nombreux frais juridiques nécessaires. En plus de Maître Giuranna, j’ai pris conseil auprès d’avocates spécialisées en enlèvements d’enfants à l’international, Maîtres Véronique Chauveau et Hansu Yalaz. Elles m’ont par exemple permis de faire en sorte que tous mes papiers soient légalisés au consulat d’Egypte à Paris.
 
Sans l’association, je n’aurais jamais pu me payer leurs services. Il y a eu un élan de solidarité magnifique autour d’Ismael et de nombreuses personnes et structures de mon village ont voulu m’aider : le club de judo, le club de basket, une amie qui a organisé un concours de belote... Aujourd’hui, la page de l’association regroupe près de 3000 "likes". Pour moi, c’est l’espoir du retour d’Ismael. De nombreuses personnes que je ne connais pas me suivent et m’apportent leur soutien. Je me fais un devoir de leur répondre à toutes. C’est par ce biais que j’ai fait la rencontre d’Elodie Bellemaison et d’autres parents victimes comme moi. Le fait de savoir que je ne suis pas toute seule me permet de tenir.
 
Et pour qu’Ismael sache lui aussi qu’il n’est pas tout seul, j’ai créé un blog sur lequel je lui écris régulièrement, « Stéphanie Vogt et Ismael Saddik pour toujours ». C’est pour qu’il me retrouve. Aujourd’hui, il a neuf ans, il est capable d’aller sur Internet. Si je peux le toucher, ce sera par ce biais. J’espère qu’il pourra mesurer l’amour que j’ai pour lui et comprendre que je ne l’abandonnerai jamais.
 
Désormais, seule une intervention commune des autorités égyptienne et française pourraient mettre fin à cette tragédie et rendre à Ismael sa liberté, qu'il puisse reprendre sa vie qu’il a connue pendant huit ans et qu’il aime tant.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

Photo du Vériteur

VOGT Stéphanie

Mère d'Ismaël, enlevé par son père en octobre 2013 et retenu en Egypte depuis.
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