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Ma vérité sur l’application de la peine de mort aux Etats-Unis

Publiée le 05/05/2014 |
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Révélée par CHASSELOUP Stéphanie |
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Après ma rencontre avec un condamné à mort, j’ai écrit « La tête haute, les yeux vers le ciel ».
Voici mon combat, à l’encontre des idées reçues sur l’application de la peine capitale.
 
Le 29 avril 2014, un homme a été exécuté en Oklahoma. L’injection létale, alors mise en place aux Etats-Unis dans le but « d’humaniser » la mise à mort de condamnés, a mis 43 minutes à tuer cet homme. 43 minutes pendant lesquelles les produits se sont mal écoulés dans l’intraveineuse. 43 minutes d’angoisse et de souffrance.
 
Ne parvenant plus à se fournir auprès de laboratoires européens, les Etats procèdent maintenant à des exécutions expérimentales, ne sachant aucunement quels effets auront les substances sur le condamné. Clayton Lockett, tout d’abord déclaré inconscient, s’est mis à bouger, à relever sa tête et à grimacer de douleur, après l’injection des produits. Son calvaire va durer de longues minutes, sa veine va même exploser. Il finira par succomber à une crise cardiaque. Alors je demande : justice ou vengeance ? En quoi ces pratiques servent-elles la justice si ce n’est que pour venger les victimes ?
 
Il existe une multitude d’idées reçues sur l’application de la peine de mort, et notamment aux Etats-Unis. Ce pays étant considéré comme la plus grande démocratie du monde, beaucoup de personnes pensent que la peine capitale y est appliquée dans le respect de la loi, dans un esprit de justice et seulement pour des cas extrêmement graves.
 
Ma rencontre avec Michael James Perry
 
Bien avant de devenir activiste contre cette sentence, qui me paraît totalement inhumaine, j’ai moi-même eu aussi des idées toutes faites sur le sujet, jusqu’à ce jour de mars 2010 où le chemin de Michael James Perry a croisé le mien. Et pourtant, rien ne nous prédestinait à nous « rencontrer ». J’avais 35 ans et lui 27. J’étais une femme libre, en Suisse, avec toute la vie devant moi. Lui était un jeune homme condamné à mort au Texas et il ne lui restait que quelques mois à vivre. C’est suite à la diffusion d’un reportage sur la peine de mort au Texas que j’ai fait des recherches sur Internet. On y parlait du cas d’un condamné qui était sur le point d’être exécuté alors que certains éléments du dossier n’avaient même pas été étudiés. Cela m’a tellement choquée que j’ai voulu en savoir plus. Je suis alors tombée, par hasard, sur des annonces de condamnés à mort qui cherchaient des correspondants.
 
Je pense en avoir lu une trentaine, jusqu’à ce que je lise celle de Michael James Perry. Malgré sa situation, le jeune homme faisait preuve d’humour et sa façon d’écrire m’a touchée. J’ai ensuite découvert son histoire : un vol de voiture qui a mal tourné et une condamnation à mort à l’âge de 21 ans pour le meurtre d’une femme. Michael clamait son innocence et apportait des éléments pour la prouver. En l’espace de 24 heures, j’ai donc découvert deux cas de condamnations à mort au Texas, alors que la culpabilité des accusés était douteuse. Je me suis dit que cela ne pouvait pas être possible, qu’il devait y avoir une erreur. La deuxième chose qui m’a énormément choquée est que tout cela se passait dans une indifférence quasi-générale. J’aurais pu faire comme beaucoup d’autres, continuer ma route sans me soucier du devenir de Michael, mais je n’ai pas pu. Un farouche besoin de l’aider est né en moi : je lui ai donc écrit une première lettre et j’ai rejoint son groupe de soutien. Je n’avais plus qu’un seul et unique but dans ma vie : sauver Michael par tous les moyens possibles.
 
Une amitié forte
 
Il a très vite répondu à ma lettre et à travers ses mots, j’ai découvert un jeune homme drôle, intelligent et attachant. Un jeune homme qui se faisait plus de souci pour moi que pour lui-même, qui faisait son possible pour me faire sourire quand je n’avais pas le moral et qui me donnait des conseils pour régler des problèmes personnels. J’ai découvert un jeune homme à l’opposé du monstre que les gens décrivaient sur Internet ou dans les médias.
 
Très vite, je suis devenue une supportrice très active et, après trois semaines, Michael et moi nous écrivions tous les jours. De cette relation épistolaire est née une amitié très forte qui a littéralement changé ma vie. Mais malheureusement, nous avons échoué dans le combat et Michael fut exécuté le 1er juillet 2010 par l’Etat du Texas. Malgré sa mort, j’ai décidé de continuer le combat et, au fil du temps, j’ai découvert la vérité sur l’application de la peine de mort.
 
La fausse image des condamnés à mort
 
Tout d’abord, et contrairement aux croyances populaires, la peine de mort ne punit pas seulement les crimes les plus graves. La majorité des gens pense que se trouvent dans les couloirs de la mort seulement des tueurs en série, des assassins dénués de toute humanité, qui, selon eux, méritent la sentence et même peut-être pire. Mais détrompez-vous, ce n’est pas le cas. Les cellules regorgent d’hommes et de femmes qui ont commis un crime à cause de circonstances exceptionnelles, par légitime défense ou par accident. Certains ont même été condamnés à mort alors qu’ils étaient tout bonnement innocents, c’est un fait. Un peu plus de 140 exonérations depuis le rétablissement de la peine de mort en 1976 aux Etats-Unis, les chiffres parlent d’eux-mêmes.
 
Les hommes et femmes, qui se retrouvent condamnés à mort, restent des êtres humains, comme vous et moi. Michael, par exemple, faisait preuve d’énormément d’humanité, de compréhension et de tolérance. Parfois même, beaucoup plus que certaines personnes que l’on peut croiser dans le monde libre.
 
Le coût élevé de la peine de mort
 
Une autre idée reçue très répandue est le fait qu’il coûterait moins cher de condamner les gens à mort et de les exécuter, que de les condamner à la prison à vie. En effet, si l’on prend comme exemple une personne de 25 ans condamnée à mort et qui resterait dix ans dans le couloir de la mort avant d’être exécutée, il devient logique de croire que cela reviendrait moins cher que de la garder en prison jusqu’à sa mort.
 
Encore une fois, cela ne reflète pas la réalité. Selon les études menées depuis plusieurs années, il est indéniable que l’application de la peine de mort coûte beaucoup plus cher que de condamner à la prison à vie. Il existe plusieurs raisons à cela : les procès demandent plus d’expertises et d’enquêtes, les condamnés sont beaucoup plus surveillés, les appels coûtent plus cher, etc.
 
Les condamnés à mort : les plus pauvres
 
Et pour rester sur le plan financier, il est aussi nécessaire de préciser que la peine capitale touche majoritairement des personnes issues de milieux défavorisés et de minorités raciales. La raison en est simple : la majorité d’entre eux n’a pas les moyens d’engager un avocat et se retrouve très souvent représentée par un avocat commis d’office, payé par l’Etat et dont l’expérience en matière de peine de mort sera plus que limitée. Les chances d’éviter la condamnation à mort sont alors presque réduites à néant. Un jour, j’ai entendu une phrase que les détenus disent très souvent et qui résume assez bien la situation : « Si tu n’as pas le capital, tu as la peine ».
 
Lors de mon combat pour sauver la vie de Michael, je suis très vite arrivée à la conclusion que la principale façon de faire bouger les choses est de collecter des fonds. Seul l’argent peut vous permettre d’engager des experts et des avocats réputés. Sauver une vie se résume très souvent au nombre de zéro que vous pouvez aligner sur un chèque.
 
Le risque de tuer la mauvaise personne
 
Un dernier point important, concernant l’application de la peine de mort, est qu’elle résulte très souvent d’une nécessité pour les juges et les politiciens de trouver un coupable coûte que coûte. Il est avéré que des procès sont bâclés, des témoins menacés, des preuves détruites, dans le seul et unique but que quelqu’un paie pour le crime, peu importe qui. Quelqu’un doit payer, c’est tout. Les 140 exonérations prouvent que des innocents ont été condamnés à mort et on est alors en droit de se poser la question suivante : combien d’innocents ont été exécutés ?
 
Appliquer la peine de mort c’est aussi prendre le risque de condamner et de tuer la mauvaise personne. On m’a déjà dit plusieurs fois : « Oui mais si on est sûr, s’il y a des preuves irréfutables, on ne peut pas faire d’erreur ! » A ces gens là, je réponds souvent par le cas de Patrick Dils. Fort heureusement, la France a aboli la peine de mort mais si ça n’avait pas été le cas, Patrick Dils, condamné à la réclusion à perpétuité pour le meurtre de deux enfants et dont la culpabilité a été reconnue par trois fois lors de procès, aurait été, à l’époque, condamné à la peine capitale et serait aujourd’hui mort, exécuté par l’Etat alors que, depuis, son innocence a été prouvée.
 
La tête haute, les yeux vers le ciel
 
Je suis atterrée quand je vois que, de nos jours, certains partis politiques prônent haut et fort le retour de la peine de mort en France. Cela découle, de toute évidence, d’un manque de connaissance sur la réalité de l’application de cette sentence. C’est aussi pour une de ses raisons que j’ai pris la décision d’écrire un livre sur le sujet.
 
La tête haute, les yeux vers le ciel, aux Editions Mélibée, relate mon amitié et mon combat pour Michael James Perry. A travers des extraits de nos lettres, j’explique comment ses derniers mois de vie se sont passés, comment nous les avons, chacun de notre côté, vécu. J’explique aussi combien j’ai eu du mal à me remettre de sa mort mais aussi combien le fait de l’avoir connu m’a rendue forte et beaucoup plus positive qu’avant. Ce livre était, pour moi, une nécessité car je trouvais primordial que les gens soient informés sur ce qui se cache derrière les mots « peine de mort ».
 
Cela fait quatre ans maintenant que je suis activiste et tant que des pays continueront à exécuter des gens, à les torturer, soi-disant au nom de la justice, je continuerai à me battre.

Le Vériteur

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CHASSELOUP Stéphanie

Auteur de "La tête haute, les yeux vers le ciel", le récit de mon amitié et mon combat pour un condamné à mort au Texas
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