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Le « Grind » : le massacre des dauphins au nom de la tradition

Publiée le 13/07/2014 |
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Révélée par Sea Shepherd France |
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Au nord du Danemark, des dauphins sont régulièrement massacrés en dépit des conventions internationales et sans aucune utilité économique ou alimentaire.
Dans l’archipel des Iles Féroé, au nord du Danemark, une tradition ancestrale, le Grind, autorise le massacre de centaines de dauphins. Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, une ONG de défense des océans, dénonce ces tueries et explique comment y mettre un terme.
 
Qu’est-ce que le Grind ?
 
« Grind » (de « Grindatrap ») est le mot féringien (la langue des îles Féroé) pour décrire le massacre de centaine de globicéphales – ou dauphins. Il s’agit de rabattre des dauphins sur les plages et de les massacrer.
 
Quand des dauphins sont aperçus au large, des bateaux sont envoyés et émettent un mur de sons pour guider les dauphins vers une baie. Ces sons dérangent beaucoup les dauphins qui cherchent à les fuir : les bateaux les orientent donc là où ils veulent. Ils les amènent vers des baies de chasse et, lorsque les dauphins sont en eaux suffisamment peu profondes, des hommes se mettent à l’eau. Ils enfoncent des crochets dans l’évent des dauphins, c’est-à-dire leur narine, pour les rabattre sur la plage. Là, ils leur sectionnent la moelle épinière avec des lames de couteau et les tuent.
 
C’est le plus grand massacre de mammifères marins en Europe. Ces globicéphales sont protégées partout en Europe, sauf quand elles entrent dans les eaux féringiennes. Pourtant, ce problème reste peu connu. Beaucoup pensent que les images sont truquées, que ce genre d’évènement ne peut plus avoir lieu aujourd’hui alors que le dernier massacre a eu lieu en mai. C’est donc complètement d’actualité.
 
Ces massacres ont-il un impact sur la raréfaction des dauphins ?
 
Les facteurs de raréfaction sont multiples : les globicéphales sont victimes du réchauffement climatique, de la surpêche, de la pollution, etc. Ces massacres, s’ils ne sont pas la cause première, participent clairement à leur extinction progressive et empire la situation. Aujourd’hui, quand 250 dauphins sont tués, le massacre est considéré comme important alors que, dans les années 1950, il arrivait qu’il y ait des massacres de 1 500 dauphins. L’année dernière, en une après-midi, ils ont tués 450 dauphins : c’était un massacre énorme.
 
De plus, les pêcheurs ne ciblent pas que les globicéphales mais aussi les dauphins Tursiop (Flipper) et les dauphins bleus et blancs : plusieurs espèces sont donc menacées. Pourtant, toutes ces espèces sont protégées par des conventions internationales : la convention de Berne du 19 septembre 1979, la convention de Bonn du 23 juin 1979 et la convention de protection des espèces migratrices. En effet, les globicéphales sont une espèce migratrice : elle n’est pas résidente des eaux féringiennes. Elle bénéficie donc d’une protection supplémentaire car elle n’est pas considérée comme la propriété du pays.
 
Comment ces massacres se justifient-ils ?
 
Ces massacres ne se justifient plus du tout aujourd’hui. L’argument principal des pêcheurs est de dire qu’il s’agit d’une tradition : ils appellent ça la « corrida féringienne ». Mais ils utilisent tous les moyens modernes et technologiques à leur disposition, cet argument est donc peu recevable. La seule chose qui reste de la tradition aujourd’hui, c’est la mise à mort.
 
Certains utilisent également l’argument de la subsistance. Par le passé, comme il s’agissait d’un archipel très isolé, les habitants avaient besoin des dauphins pour se nourrir, mais ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Le corps médical féringien lui-même déclare que la viande de dauphin est impropre à la consommation car les taux de mercure et de métaux lourds dans les chairs sont dix fois supérieurs aux limites en Europe.
 
D’ailleurs, les Féringiens ont aujourd’hui d’importants retards mentaux chez les enfants et des maladies de Parkinson chez des adolescents, à cause de leur consommation passée de viande de globicéphale. Aujourd’hui, très peu en mangent régulièrement : la plupart une à deux fois par an, lors d’occasions spéciales. Il est donc difficile de faire croire à une question de subsistance pour défendre le Grind.
 
Pourquoi les Iles Féroé n’ont-elle pas déjà été condamnées pour cette pratique ?
 
Les Iles Féroé sont rattachées au Danemark, qui a signé toutes les conventions déjà évoquées. Mais le pays leur a fait une sorte de dérogation légale. Il faut savoir que ces îles bénéficient d’importantes subventions européennes via le Danemark. En décembre 2012, nous avons déposé une plainte à la Commission Européenne en demandant que l’Europe conditionne l’octroi des subventions au respect des lois internationales de protection des espèces. Malheureusement, on a été déboutés.
 
La réponse de la commission a été que, comme les Iles Féroé ne faisaient pas partie intégrante de l’Union Européenne, elles n’étaient pas tenues de respecter les lois européennes. Pourtant, elles bénéficient d’importantes subventions européennes. Ils ont le beurre et l’argent du beurre ! C’est une question de volonté politique et il n’y en a pas, au sein de l’Europe, pour conditionner ses aides. Il est donc essentiel de réussir une mobilisation publique : c’est l’argent de nos impôts qui est indirectement donné aux Iles Féroé.
 
Quelles sont les actions de Sea Sheperd contre le Grind ?
 
Notre campagne, « Grindstop 2014 » a commencé le 3 juin 2014 et se terminera en octobre. En effet, 90% à 95% des massacres ont lieu pendant cette période. Nous sommes sur place à la fois pour empêcher concrètement les massacres et pour entamer la discussion avec les Féringiens. Tout n’est pas tout noir ou tout blanc : ils sont 45 000 habitants dans cet archipel et tous ne sont pas des barbares assoiffés de sang ! Beaucoup se posent des questions sur la pertinence, la légitimité et l’utilité de ces massacres. Un vent de changement se fait sentir. Notre objectif est donc de semer quelques graines pour développer une empathie pour les dauphins. Mais ce n’est pas évident car le lobby pro-chasse est très important. Aujourd’hui encore, lorsqu’un Féringien s’exprime publiquement contre le Grind, il peut être taxé d’antipatriotisme.
 
Sur place, nous avons une flotte de trois bateaux en mer. Son objectif est à la fois de patrouiller pour repérer des groupes de dauphins pouvant être victimes de massacres mais également de sensibiliser la population – car les bateaux suscitent beaucoup d’intérêt auprès des locaux. Nous avons également des gens à terre, qui ont principalement un rôle de sentinelles. Ils doivent nous aider à repérer les dauphins le plus loin possible et le plus tôt possible.
 
Une fois les dauphins repérés, le but est de les rejoindre pour éviter tout rabattage par les pêcheurs et les éloigner des navires de chasse. De plus, notre présence est dissuasive pour les bateaux féringiens qui seraient tentés de les rabattre. Depuis le début de notre campagne, plusieurs Ginds n’ont pas été autorisés grâce à notre présence. En effet, c’est la police qui autorise les Grinds et elle ne veut pas que les choses dégénèrent.
 
Quelles sont vos actions à venir ?
 
Nous allons publier un manifeste pour mobiliser l’opinion publique et interpeller les gouvernements européens. Nous voudrions attaquer la dérogation du Danemark qui permet aux Iles Féroé d’agir sans respecter les conventions internationales. Ce manifeste va lancer une campagne de mobilisation dans les pays européens et nous souhaiterions que l’un d’eux attaque le Danemark devant la Cour Internationale de Justice de la Haye pour faire sauter cette dérogation.
 
Propos recueillis par Louise Rebeyrolle

Le Vériteur

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Sea Shepherd France

Fondée en 1977, Sea Shepherd Conservation Society (SSCS) est une organisation internationale à but non lucratif de conservation de la faune et de la flore marines. Notre mission est de mettre un terme à la destruction des écosystèmes marins et au massacre des espèces dans le but de conserver et d...
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