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Radicalisation en prison : la gestion des islamistes radicaux

Thème : Justice, Religion, Prison
Publiée le 14/01/2015 |
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Révélée par Robin des lois |
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En plus d’être difficilement applicables, des mesures d’isolement ou de regroupement des islamistes radicaux en prison pourraient avoir des effets pervers.
Une semaine après l’attentat de la rédaction de Charlie Hebdo, plusieurs solutions sont proposées pour prévenir la radicalisation en prison. Le Ministère de la justice évoque notamment l’isolement ou le regroupement des détenus islamistes radicaux. Ce dernier dispositif est expérimenté depuis novembre 2014 à la prison de Fresnes, où une vingtaine de détenus sont concernés.
 
François Korber, délégué général de « Robin des lois » et ancien détenu lui-même, s'exprime à titre personnel sur ces annonces. S’il concède que la prison est un « milieu propice » à la radicalisation, il émet plusieurs réserves sur les solutions proposées.
 
La prison est-elle réellement un lieu de radicalisation islamiste ?
 
La prison peut certainement faciliter la radicalisation, parce qu’il y a un phénomène de solidarité. Quand on arrive en prison, des liens se créent immédiatement : on est mal, on noue des amitiés avec ceux qui nous tendent la main ou qui ont des points communs avec nous parce qu’ils ont le même âge ou viennent du même quartier ou de la même région. C’est une façon de se rapprocher de gens proches de nous. Or, lorsqu'on passe 22 heures sur 24 enfermé dans neuf mètres carrés avec deux ou trois personnes qui nous lavent le cerveau, on est nécessairement influencé, si on est un peu affaibli ou désemparé. Par ailleurs, « Robin des lois » ne cesse de réclamer le respect de l'encellulement individuel.
 
Les personnes détenues se regroupent. Certaines vont tourner leur haine vers autre chose, comme des infractions plus importantes à la sortie : il y a vingt ans, ils auraient plus facilement basculé vers le braquage de banque. Aujourd’hui, c’est autre chose : ils sympathisent avec un codétenu et décident d’aller faire le jihad. Ceux qui autrefois se seraient engagés dans une délinquance plus grave trouvent une raison de vivre en s’engageant dans cette « foi » dévoyée. C’est aussi cette révolte, qu’on retrouve chez tous les gens enfermé, qui peut encourager ce phénomène.
 
C’est donc une question de contexte, il ne faut pas imaginer des envoyés spéciaux d’Al-Quaïda qui font du prosélytisme derrière les barreaux. C’est trop schématique de dire que la prison est « source de radicalisation » : oui, c’est un endroit propice par les conditions de détention, mais de là à imaginer une usine à terroristes…
 
D’ailleurs, les chiffres du Ministère parlent d’eux même : le nombre d’« islamistes dangereux » condamnés pour « préparation d’acte terroriste » en France s’élève à 152. C’est très peu, par rapport au nombre total de détenus, environ 60 000. Finalement, je suis plus frappé par tous ces jeunes Français qui partent faire le djihad, sans être jamais allés en prison. Si la prison est un lieu propice pour ça, est-ce qu’il n’est pas encore plus inquiétant de voir des jeunes se radicaliser dans la société dite « normale » ? Ce sont des personnes libres, qui échappent à tout contrôle, et qui s’engagent.
 
Que pensez-vous de l’idée d’isoler les détenus concernés ?
 
Cette proposition m’inquiète. Je me demande sur quels critères on va définir qui est « islamiste présumé », surtout quand on connaît l’arbitraire qui règne aujourd’hui en prison… D’autant plus que les vrais radicaux, depuis l’affaire Merah, on ne les voit pas, ils se fondent dans la masse : un détenu avec de mauvaises intentions ne va pas se balader en djellaba ou avec une longue barbe par exemple.
 
Des Coulibaly ou des Merah, j’en ai croisés des centaines en prison et personne n’aurait pu dire lesquels allaient plus particulièrement se radicaliser. L’isolement est une mesure très dure, je ne vois pas comment l’administration pénitentiaire pourrait détecter les « présumés islamistes » : La dénonciation ? Un Coran dans la cellule ? En tant que militant, ça me préoccupe, il y a des risques de dérapage.
 
J’essaie d’analyser les choses grâce à ce que je connais et j’ai vu des codétenus « soupçonnés » se retrouver très vite en isolement. Ce sont des mesures d’exception qui se retournent souvent contre des gens qui n’ont rien fait. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle l’isolement la « torture blanche » : au bout de 30 jours, 60 jours, on peut perdre la raison. Et puis, on l’a vu dans tous les procès, les longues périodes d’isolement ne sont pas susceptibles d’attendrir un détenu : après ça, tu sors forcément enragé, que tu sois athée ou religieux. Les associations se battent depuis des dizaines d’années pour faire réduire les temps d’isolement. On a constaté que les dossiers étaient souvent très légers, uniquement basés sur des soupçons ou des dénonciations, pour des mesures aussi graves.
 
Pour l’instant, on est dans un effet d’annonce, mais je ne suis pas sûr que cette idée soit efficace. Les surveillants eux-mêmes pointent les difficultés à identifier les présumés coupables : ce n’est pas écrit sur leur front ! Et en pratique, les quartiers d’isolement dont déjà pleins.
 
L’autre possibilité évoquée était de regrouper les détenus concernés : qu’en pensez-vous ?
 
L’idée de regrouper les présumés islamistes en détention normale porte moins préjudice au détenu que l’isolement et elle peut peut-être limiter la propagation de ces idées. Mais cette proposition me paraît étrange, je ne vois pas la logique.
 
Il y a quelques années, quand les Basques ou les Corses demandaient à être regroupés, on leur avait refusé. Le motif avancé était que ça aurait permis de créer une solidarité entre eux et, donc, des « risques ». Effectivement, par définition, lorsqu’on regroupe des personnes qui partagent de fortes convictions, elles ne peuvent qu’entretenir leurs idées entre elles. Nous attendons que Christiane Taubira nous explique pourquoi ce qui était « dangereux » avec les Basques et les Corses ne l'est plus aujourd'hui, lorsqu'on regroupe 22 terroristes islamistes dans le même bâtiment, à Fresnes. Je pense qu’il faut aborder le regroupement avec prudence, il pourrait avoir l’effet inverse que celui recherché : endurcir les détenus concernés au lieu de limiter la radicalisation.
 
Il faut en tous cas rester prudent. Le communiqué du Ministère et le show médiatique de la garde des Sceaux à Fresnes, ce mardi 13 janvier, ne sont pas très clairs. Je pense qu’il ne faut pas développer de psychose : au final, les chiffres sont très bas. Mais le phénomène est soudainement plus visible à cause de la médiatisation, c’est le but du terrorisme.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Robin des lois

L’association « Robin des Lois » tire son nom du « surnom » donné à François KORBER – alors prisonnier – par ses codétenus. Combattant le système pénitentiaire avec les armes du Droit et aidant ses codétenus à se défendre contre l’arbitraire, il conquit une certaine popularité en obtenant, aussi,...
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