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Mes arguments pour l’autorisation des téléphones portables en prison

Publiée le 10/09/2014 |
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Révélée par Robin des lois |
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Permettre aux détenus d’avoir un téléphone portable faciliterait le maintien des liens familiaux et la réinsertion par l’emploi.
Robin des lois est une association modeste mais efficace qui essaie de faire changer les choses dans un système carcérale français très archaïque. En effet, il a 20 ans de retard sur la plupart des pays européens et notre pays est régulièrement condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour des choses graves. Les conditions de vie actuelles des détenus méritent qu’on s’y attarde : c’est le cas, par exemple, de l’accès au téléphone et des téléphones portables en prison.
 
Le téléphone existe déjà en prison, avec des lignes fixes, des cabines. Mais c’est un système extrêmement lourd : il faut fournir la facture de téléphone de la personne qu’on souhaite appeler, il n’y a pas d’intimité car les cabines sont dans un couloir, il faut faire la queue. Dans la pratique, le système marche très mal et a donc provoqué une explosion de la présence des téléphones portables. Sur le papier, ces derniers sont illégaux mais, dans la réalité, il y en a des centaines dans les prisons et l’administration pénitentiaire a quasiment renoncé à en faire la chasse, tout simplement parce qu’ils sont un élément de paix sociale.
 
Quels sont les arguments pour l’autorisation du portable en prison ?
 
Beaucoup d’arguments sont en faveur du portable. Le soir, quand la porte est fermée, on appelle sa femme, sa mère, ses enfants. Il peut aussi être utile pour préparer sa réinsertion, pour appeler un employeur par exemple.
 
Il faut mettre les portables en vente libre en cantines. Il ne s’agit pas de les offrir aux détenus mais de les proposer dans un modèle standard, sans appareil photos si ça peut rassurer certains surveillants – puisqu’on peut penser qu’une réticence pour autoriser le portable est que les surveillants ont peur d’être photographiés. L’autorisation arrêtera le trafic et le racket des plus faibles, agressés pour permettre aux caïds d’acheter leur portable, et elle normalisera quelque chose qui, dans les faits, existe déjà.
 
Dans cette hypocrisie, l’administration fait parfois une fouille et fait savoir au journal local que 20 portables ont été saisis. Mais les surveillants savent bien qu’ils vont passer à côté de 10, 20, 30 portables : ils ont l’impression de perdre leur temps. On continue de leur faire faire mais de moins en moins. Par ailleurs, ce qui était systématique il y a cinq ou six ans, à savoir la transmission au Parquet d’une procédure et la condamnation à deux ou trois mois fermes de plus quand on vous prenait avec un portable, n’existe presque plus. S’il fallait poursuivre toutes les personnes qui ont un portable, le Parquet ne ferait que ça de la journée.
 
Quels sont les arguments contre le téléphone portable en prison ?
 
Trois arguments reviennent souvent. Le premier est le risque d’évasion. Peut-être qu’un portable pourrait faciliter l’évasion, pour donner le signal à l’hélicoptère qui est à trois kilomètres, mais les premières évasions en France et en Europe, depuis Fleury-Mérogis en 1980, se sont faites sans portable. Les candidats à ce type d’évasions extrêmement techniques peuvent donc se passer de portable.
 
Le deuxième argument est celui du risque de pression sur les victimes. Il y a toujours eu des pressions sur les victimes pendant les enquêtes. Pour l’empêcher, il faudrait que la personne soit dans un bloc de béton, sans aucune communication possible. Aujourd’hui, il suffit d’une visite au parloir pour que la pression se fasse. Mais il ne faut pas paniquer l’opinion : il est très rare qu’il y ait des pressions sur les victimes ou sur les témoins. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on place quelqu’un en détention provisoire et tant mieux, parce qu’on est en démocratie.
 
Le troisième argument est l’utilisation farfelue ou grave du téléphone portable, avec deux exemples. Le premier est l’affaire Fofana, qui a mis sur Youtube une vidéo appelant au jihad : il a été poursuivi et condamné, comme n’importe qui le serait s’il mettait sur Internet des vidéos au caractère illégal. Et le second concerne trois lascars qui se sont amusés à se faire photographier avec des lames de couteaux : ils ont été identifiés et poursuivis.
 
Donc, pour ces risques de pression sur les témoins ou de vidéos illégales, appliquons le droit commun, comme on l’applique aux prisonniers dans d’autres domaines. Un prisonnier vole ou qui frappe un surveillant est conduit devant le tribunal correctionnel où on lui applique le droit commun.
 
Quelle est votre conclusion ?
 
Je vais vous raconter une anecdote qui me fait toujours sourire. Un soir, un détenu de la Santé – il y a prescription puisque la Santé est en travaux – m’appelle pour me demander un renseignement juridique, et puis il raccroche en me disant « Je te quitte, il faut que j’appelle mon copain Marcel, parce qu’il n’est pas bien ». En fait, ils s’ennuyaient tellement la nuit qu’ils s’appelaient d’une cellule à l’autre : c’est dire combien le portable peut être tout simplement un facteur de soutien humain.
 
Donc n’empêchons pas la mer de montée avec des châteaux de sable et autorisons très vite, par simple arrêté ministériel, par simple décret, le portable en cantines, pour que chacun puisse en acheter un à prix raisonnable. Cette autorisation mettra fin au trafic et aux règlements de comptes parce qu’on n’a pas payé son fournisseur qui le vend trois fois le prix. La paix sociale sera assurée sans mettre en danger la moindre prison de France.
 
Quelles sont vos autres actions ?
 
Nous nous battons par exemple pour l’instauration de bureaux de vote dans les prisons. Un certain nombre de détenus, à peu près 50 000 d’entre eux, ont leur droit de vote. Il est donc normal qu’ils puissent voter mais, dans la pratique, c’est extrêmement compliqué. Dans d’autres pays d’Europe, le temps de l’élection, on installe un bureau dans la prison. Nous nous battons également pour l’encellulement individuel parce qu’être un jour en prison, entassé dans neuf mètres carrés, à deux ou à trois personnes, c’est inhumain, insupportable, que vous soyez coupable ou innocent. On n’a pas le droit de traiter un être humain comme, malheureusement, c’est le cas dans certaines prisons.
 
Par ailleurs, nous travaillons avec des entreprises pour mettre en relation des personnes détenues avec des employeurs potentiels ou des formations. Parce que, quand vous sortez et que vous n’avez pas de travail, vous avez toutes les chances, hélas, de récidivez. Nous voulons éviter ça en aidant ces personnes à trouver un emploi, alors qu’elles n’ont pas tous les moyens qu’utilise un demandeur d’emploi normal.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Robin des lois

L’association « Robin des Lois » tire son nom du « surnom » donné à François KORBER – alors prisonnier – par ses codétenus. Combattant le système pénitentiaire avec les armes du Droit et aidant ses codétenus à se défendre contre l’arbitraire, il conquit une certaine popularité en obtenant, aussi,...
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