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Affaire Aurélia Varlet : la famille demande des comptes à l’Etat

Publiée le 22/07/2014 |
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Révélée par SCHWERDORFFER Randall |
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Lorsque Didier Grosjean a tué Aurélia Varlet, il avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes de son ex-compagne, toutes classées sans suite.
Pour la famille de la victime, l’inaction de l’Etat est responsable du drame.
 
Le 14 août 2013, Aurélia Varlet était assassinée par son compagnon, Didier Grosjean. Un drame qui aurait sûrement pu être évité. En effet, l’homme avait déjà fait l’objet de quatre plaintes par sa précédente compagne… toutes classées sans suite.
 
Aujourd’hui, la famille de la victime s’apprête à déposer une requête en responsabilité aux Ministères de l’Intérieur et de la Justice. Leur avocat, Randall Schwerdorffer, nous explique cette démarche.
 
Pouvez-vous nous rappeler l’affaire Aurélie Varlet ?
 
Au départ de l’affaire Aurélia Varlet, il y a une autre affaire. En effet, lorsqu’on découvre son corps et celui de son compagnon, les gendarmes font une enquête de voisinage et de personnalité sur eux. On découvre alors que l’ex-compagne de Didier Grosjean avait déposé quatre plaintes contre lui : une pour enlèvement et séquestration sous la menace d’une arme, une pour l’avoir poursuivie en voiture, percutée et envoyée dans le fossé et deux pour menaces de mort et harcèlement téléphonique. Ces menaces étaient sérieuses : il lui disait clairement que, si elle ne se remettait pas avec lui, il la tuerait puis se suiciderait.
 
Pourtant, à l’époque, toutes ces plaintes sont classées sans suite sans qu’aucun interrogatoire ou aucune garde à vue n’ait lieu. La plaignante écrit alors au Ministre de la justice qui prévient le procureur général de Besançon. Ce dernier saisit le procureur général de la République pour que des perquisitions aient lieu chez Didier Grosjean.
 
Mais les policiers convoquent la plaignante, sans procéder à aucune garde à vue ou perquisition. Ils considèrent alors qu’elle ne maintient pas ses plaintes, ce qui est faux : elle les maintient toutes, sauf celle qui concerne le harcèlement téléphonique. Les policiers font un compte-rendu erroné au substitut du procureur de la République, en racontant que l’affaire s’est tassée. Et l’affaire est de nouveau classée sans suite.
 
Par la suite, Aurélia Varlet rencontre Didier Grosjean. Il va agit avec elle comme avec sa précédente compagne : il la surveille, surveille son téléphone, elle quitte son emploi pour lui et ils vivent dans une certaine autarcie. Elle craque, le quitte. Elle prend des vacances pendant lesquelles il la harcèle au téléphone : des centaines de sms chaque jour. En revenant, elle lui rend visite et on peut imaginer qu’elle lui annonce la rupture. C’est alors qu’il la tue et se suicide.
 
Pourquoi n’y a-t-il pas eu de réponse policière et judiciaire aux plaintes de sa précédente compagne ?
 
Ce qui est choquant dans cette affaire, c’est que l’assassin – on parle d’un assassinat parce qu’il avait préparé son crime et mis en place tout un cérémonial (des vêtements exposés, des photos disposées en forme de cœur, etc.) – a fait exactement ce dont il avait menacé sa précédente compagne.
 
Si, à l’époque, les gendarmes avaient fait ce qu’ils auraient dû, ils auraient trouvé une arme trafiquée chez lui qu’il n’avait pas le droit de posséder. Ils auraient également découvert des produits interdits en France et de nature à fragiliser la personnalité : des stéroïdes anabolisants, des dilatateurs sanguins.
 
En n’apportant aucune réponse policière ou judiciaire à ces plaintes, les gendarmes ont laissé Didier Grosjean dans une totale impunité. Donc, soit il a bénéficié d’une complaisance de la part du commissariat où l’on sait qu’il avait des amis, soit il s’agit d’une totale négligence de la part de la police et du Parquet. On estime que c’est cette défaillance qui est de nature à engager les services de l’Etat.
 
J’ai lu l’ensemble de ces plaintes et, en tant qu’avocat, je ne comprends toujours pas qu’il n’y ait même pas eu une garde à vue : c’est une aberration. Personnellement, je suis sûr et certain qu’il y a eu de la complaisance de la part d’au moins un fonctionnaire de police. D’autant plus qu’une autre question se pose. Lorsque la poursuite en voiture a eu lieu, l’ex-compagne avait déménagé et changé de voiture. Aujourd’hui, elle est persuadée qu’il l’a retrouvée grâce à sa nouvelle plaque minéralogique. Or, c’est tout-à-fait le genre d’informations qui pourraient être communiquées par un policier ou un gendarme.
 
Quelle démarche allez-vous engager ?
 
Ma démarche est une requête en responsabilité qui va être adressée au Ministère de l’Intérieur et au Ministère de la Justice. On va leur demander de reconnaître leur défaillance à travers celle de leurs fonctionnaires, mais également d’admettre qu’il y a eu une faute et que cette faute a un lien de causalité avec le décès d’Aurélia Varlet.
 
Il y a un précédent en France pour ce genre de démarche : il s’agissait d’une affaire où une jeune femme avait déposé cinq plaintes pour menaces de mort contre son compagnon. Rien n’avait été fait et il avait fini par la tuer. La famille avait alors fait cette démarche et eu gain de cause : l’Etat avait été condamné à leur verser un préjudice conséquent au titre de son inaction fautive.
 
Pensez-vous que cette histoire soit représentative de la manière dont sont traitées les affaires de violences conjugales ?
 
Contrairement au discours politique que l’on entend souvent sur l’importance qu’on donnerait aux violences au sein du couple, on se rend compte que beaucoup de contentieux conjugaux sont traités comme s’ils relevaient du juge aux affaires familiales, et non de la justice pénale.
 
Cela a notamment été le cas dans cette affaire où la réaction des gendarmes a été de classer sans suite parce que les violences s’étaient arrêtées. Pourtant, les infractions avaient bien été commises ! Mais ils ont préféré considérer que c’était une histoire de couple. Ce n’était pas une histoire de couple : c’était une affaire pénale, et c’est devenu une affaire criminelle.
 
Pourrait-on imaginer que la démarche que vous engagez puisse être fréquemment utilisée par des femmes qui ne voient pas leurs plaintes aboutir ?
 
Certaines femmes vont porter cinq, six, sept… dix plaintes et, comme elles n’auront pas de réponses, vont se décourager. Malheureusement, ce qui permet ici de mettre les services de police et de gendarmerie face à leur incompétence, c’est l’échéance dramatique à laquelle leur faute a donné lieu.
 
Pour que la plainte puisse être entendue, il faut que l’issue soit sinistre : il faut prouver la faute des services de l’Etat (leur inaction), démontrer le lien de causalité entre leur faute et sa conséquence (ici, le décès d’Aurélia Varlet) et il faut qu’il y ait un préjudice.
 
C’est pour cette raison que cette démarche est aussi rare : à ma connaissance, il n’y a qu’un précédent de cette nature en France.
 
Quand allez-vous déposer cette requête en responsabilité et qu’y a-t-il à en attendre ?
 
Elle va être déposée fin juillet. Puis il faudra attendre des deux Ministères un délai d’environ deux mois. C’est uniquement après, si on n’a pas de gain de cause, qu’on pourra saisir le tribunal administratif, car on est sur une faute administrative, et non pénale.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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SCHWERDORFFER Randall

Avocat pénaliste au Barreau de Besançon depuis janvier 2011. J'ai plaidé près d'une centaine d'affaires criminelles et obtenu onze acquittements à ce jour.
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