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Lettre ouverte à la mère de Vincent Lambert

Publiée le 11/05/2015 |
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Révélée par PIERRA Paul |
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Après 18 mois de combat pour le faire débrancher, j'ai vu mon fils mourir dans la souffrance et sans aide médicale.
Je suis la mère d’Hervé Pierra. Notre fils tombé dans un coma végétatif chronique irréversible, à l’âge de 20 ans et y est resté plongé pendant huit ans et demi. Il était figé dans une grande rigidité, paralysé à 100%, inconscient, trachéotomisé et nourri par sonde gastrique. Il s’étouffait chaque jour, depuis le début de son calvaire, dans ses propres glaires, entraînant de récurrentes et éprouvantes régurgitations. Affecté de problèmes pulmonaires persistants à cause de la présence de bactéries multi résistantes, il était placé très souvent en isolement. Sa position fœtale, ses attitudes viciées et le fait de n’être jamais déplacé, avaient provoqué une plaie atone grave (escarre au quatrième degré). Il est décédé en novembre 2006, après notre requête d’application de la loi Léonetti. Ce parcours, semé d’embûches, a duré 18 mois. Les plus hautes instances politiques et médicales de l’époque étaient intervenues pour faire infléchir le corps médical. Le comité d’éthique de Cochin avait donné son aval ainsi que le docteur Régis Aubry, missionné par Jean Léonetti.
 
Après le retrait de la sonde gastrique, notre fils est mort en six jours cauchemardesques, sans aucune sédation, brûlant, cyanosé et faisant des bonds dans son lit, comme électrocuté. Il s’agit, dans notre cas qui a été médiatisé, d’un « laisser crever », comme l’a écrit le député Jean Léonetti dans son livre A la lumière du crépuscule. Les médecins avaient eu peur d’être accusés d’euthanasie si notre enfant avait été sédaté et surtout si son décès était intervenu trop rapidement.
 
« Tant de délicatesse et de compassion me touchent ! »
 
L'illégitimité de m'immiscer dans votre affaire douloureuse et personnelle m'a conduite à observer un silence respectueux, marqué par la décence et la retenue. J'ai dû, bien souvent, refreiner mes envies de répondre à vos amis intégristes qui, sans me nommer, me désignaient, avec tant d'autres, dans le clan des « mères indignes ». Ils maniaient pêle-mêle, dans un certain obscurantisme ambiant, la diffamation et l'arrogance de ceux qui semblent détenir la vérité en voulant l'imposer à tous.
 
Une tribune de L'Express, cosignée par six membres de votre famille, dénonce : « Ils critiquent sans cesse la loi Léonetti et prétendent défendre les 1700 patients qui sont plus ou moins dans la même situation que lui. Tout cela traduit uniquement une position de principe : on ne peut pas débrancher ces patients, quels qu'aient pu être leurs souhaits. Nous appelons ça de l'idéologie, visant à défendre une cause intégriste. Termes que nous assumons totalement ». Comme vous le dites, Madame, dans L'Express « Qui voudrait vivre comme ça ? » Un de vos fils, avec lequel vous menez cette procédure, a par ailleurs rempli ses directives anticipées allant dans ce sens. Vous déclarez que votre fils Vincent (dans un état pauci relationnel), « n'est pas un légume, il n'est pas dans un état végétatif ». J'en déduis que vous considérez que mon fils Hervé était donc, pendant huit ans et demi, un légume ! Tant de délicatesse et de compassion me touchent !
 
« J'ai fait passer l'amour de mon enfant avant tout ! »
 
Vous déclarez, le 6 mai, sur Europe 1 : « Toute maman ferait de la même façon ». Eh bien non Madame ! J'ai fait passer l'amour de mon enfant avant tout ! Certes, tout s'est très mal passé et je sais ce que je dois aux intégristes qui refusent l'aide active à mourir aux victimes collatérales des progrès de la réanimation, qui en font la demande, par directives anticipées et après validation d'un collège de médecins.
 
La FSSPX (Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X), société de prêtres traditionalistes, semble vous instrumentaliser. Les déclarations de votre fils Joseph Lambert, frère de Vincent, dans L'Obs Société, sont à cet égard édifiantes : «  Aujourd'hui, ma mère est partie dans un combat qui n'est plus seulement celui d'une mère pour son fils. Mes parents auraient pu louer un appartement à Reims pour être plus proches de Vincent. Mais ma mère ne pouvait pas quitter la Drôme, où elle s'est installée pour se rapprocher du monastère Sainte Madeleine du Barroux, où l'un de mes demi-frères a longtemps été moine. La religion, c'est tout pour elle. » L’article continue : « Très catholiques, Viviane et Pierre Lambert avaient pourtant déjà l'un et l'autre une famille quand ils se sont rencontrés. Lui était gynécologue, militant anti-avortement, elle, assistante, distribuait aussi des tracts pro-vie. Les enfants Lambert ont grandi dans cet univers corseté, élevés dans des pensions de la Fraternité Saint-Pie-X. Vincent, lui, se révolte durant l'adolescence, c'est un garçon entier, extrême, avec sa part d'ombre, ses blessures secrètes et une rancœur sourde contre ses parents, celle de ne pas avoir été assez protégé enfant. Comme leur aîné, Joseph et Marie ont choisi de s'éloigner de cette religion écrasante à la maison, où il fallait le dimanche « faire le chapelet ». Seule leur sœur Anne est restée du côté des parents. Elle s'est également portée partie civile, même si elle semble dépassée par la tournure qu'ont pris les événements. « Vincent avait profondément rejeté les valeurs de mes parents, je leur en veux beaucoup de l'utiliser pour leur croisade », note Joseph qui ne leur a quasiment plus adressé la parole depuis ! » Intimidations et menaces de mort sont des pratiques courantes de cette « secte ». Le docteur Kariger qui en a fait personnellement les frais, a démissionné par crainte pour sa vie (La Croix du 04/07/2014).
 
« Mes visites étaient quotidiennes pendant huit ans et demi »
 
Pour notre part, notre cheminement a été tout autre et l'épreuve de la douleur nous a unis mon mari, moi-même et nos adorables filles dans un « combat » commun pour libérer notre fils. Il fut l'objet de tout notre amour. Nous avons choisi de vivre à quatre kilomètres de la structure où il était hospitalisé. Mes visites étaient ainsi quotidiennes pendant huit ans et demi. Je le massais moi-même quand les kinésithérapeutes ont cessé leurs soins, à cause des rétractations trop importantes de son corps. J'ai demandé à voir leur travail, à comprendre et imiter leurs gestes d'effleurement. Toute ma famille vouait une véritable admiration aux infirmières et aides-soignantes. Elles ont été discrètes, professionnelles et chaleureuses.
 
Nous militons depuis le décès de notre fils pour que les victimes collatérales des progrès de la réanimation ne soient pas abandonnées, par l'institution, à leur triste sort, ni dans la vie, ni dans la mort. Marie-Geneviève Lambert, demi-sœur de Vincent, s'est exprimée à ce sujet sur son blog du Huffington Post : « La situation de Vincent est la conséquence d'une performance scientifique qui est allée très loin sans pouvoir le ramener complètement parmi nous. Vincent est abandonné entre la vie et la mort, à ce qui, dans la nature n'est vécu qu'au stade de l'agonie : une agonie pendant des années, biologiquement stabilisée, monstrueuse, et qui va, on le sait maintenant, inexorablement vers une détérioration. »
 
« Sauver mon fils qui ne pouvait plus être en vie, le sauver par la libération apportée par la mort ! »
 
Je me suis sentie si impuissante devant l'injustice d'une souffrance terrible imposée à mon fils par l'institution. C'est terrible et destructeur ! Il s'étouffait sans cesse car il faisait des fausses routes permanentes, déglutissant sa propre salive à minima. Quel sens donner à cette non-vie de souffrance, alors que les IRM attestaient de lésions cérébrales très graves et irréversibles ? Quelle mère aurais-je été de ne pas me battre pour sauver mon fils ? Eh oui Madame ! Sauver mon fils qui ne pouvait plus être en vie, le sauver par la libération apportée par la mort ! Je dois bien l'avouer, cependant, c'est la plus difficile preuve d'amour, d'amour-abnégation, que l'on puisse donner à son enfant. C'est mon chemin de croix ! J'accepte que l'on puisse ne pas penser comme moi, mais je vous récuse le droit de vouloir imposer quoi que ce soit à qui que ce soit ! Nous avons reçu les excuses du Conseil de l'ordre des médecins, l'amour et la compassion de tous.
 
Seuls les intégristes religieux nous ont cloués au pilori. Tugdual Derville, délégué général d'Alliance Vita, écrivait, concernant l'agonie de mon enfant, « spectaculaire agonie provoquée par une décision parentale ». Le même pieux auteur s'insurgeait contre Marie Humbert : « Voilà qu'on érigeait en modèle d'amour une femme capable de donner la mort à son enfant au nom d'un parallélisme terrifiant : je lui ai donné la vie, n'ai-je pas le droit de lui donner la mort ? » C'est un tantinet réducteur et écœurant, ne trouvez-vous pas ? Voyez-vous, Madame, je suis à des années-lumière de votre perception des choses alors, de grâce, pas d'amalgame !
 
« Quelle ne fût pas ma stupéfaction de vous voir défiler sous l'étendard « Je suis Vincent » »
 
Quelle ne fût pas ma stupéfaction de vous voir défiler sous l'étendard « Je suis Vincent », travestissant ainsi ce qui fût l'exact contraire de ce que vous prônez : la laïcité travestie en obscurantisme et combat personnel ! Le dolorisme érigé en vertu chrétienne m'exaspère et, c'est sans retenue que je prie Dieu de nous délivrer des trois religions monothéistes et autres sectes. Celles-ci s'invitent de plus en plus dans les débats législatifs, en totale opposition avec les valeurs portées si haut de la laïcité.
 
L'ambivalence du droit est telle que la décision de la Cour Européenne des Droits de l'Homme provoquera à n'en pas douter un tollé, quelle qu'elle soit. Je respecte votre douleur, Madame, et souhaite l'apaisement à chaque membre de votre famille. J'ai une pensée particulière pour votre fils et votre petite fille. La fille de Vincent, pourra légitimement se dire, un peu plus tard, que parfois, « les grands », déchirés par leurs passions semblent perdre la raison !

Le Vériteur

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PIERRA Paul

Nous sommes des sexagénères à la retraite et notre démarche est destinée à faire connaitre notre drame et à recueillir vos commentaires et témoignages personnels sur le délicat sujet de la fin de vie. Notre fils Hervé Pierra est resté plongé dans un coma végétatif chronique irréversible pendant 8...
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