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Ma vérité sur l'égalité des chances

Publiée le 26/06/2012 |
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Révélée par DICK Patricia |
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La discrimination positive est-elle une bonne chose dans une société française élitiste?

Il y a deux ans, une conférence (obligatoire) sur l’égalité des chances était organisée à l’université Paris Dauphine. Trois jeunes femmes d’origine asiatique sont intervenues. L’une d’elle, Lian, professeur à Sciences Po, a suivi un parcours remarquable qui justifiait sa présence. Née dans un village de la Chine rurale, elle excelle à l’école malgré le désaccord de son père qui manque de bras dans son exploitation de maïs. Malgré tout, Lian persévère et obtient l’opportunité de rejoindre Sciences Po Paris. Elle devient alors, de par son vécu et après une carrière réussie dans le secteur des énergies renouvelables, le professeur des étudiants originaires de ZEP qui font, malgré eux, l’objet de nombreuses polémiques, dont l’une d’elle éclate alors dans notre amphithéâtre.

Ces élèves bénéficiaires des « conventions ZEP » avec Sciences Po ont donc intégré l’école par une procédure d’admission plus souple. Ce protocole, établi en 2001 par feu Richard Descoings, est la première mesure visant à garantir « l’égalité des chances » dans une école aussi prestigieuse. C’est aussi l’acte qui a véritablement ouvert le débat sur la « discrimination positive » en France et dans mon université. Une étudiante qui avait échoué au concours d’entrée à Sciences Po intervient : «Après avoir passé le concours, j’étais admissible. Je n’ai finalement pas été acceptée et je ne peux pas m’empêcher de penser que ces étudiants ont volé ma place. Pourquoi ne devraient-ils pas passer le concours comme tous les autres? Ce système est scandaleux».

Suivent alors les arguments des intervenantes: les inégalités sociales, les barrières d’accès à l’information, à la culture, la peur de franchir le pas… Puis les contre arguments que de nombreux étudiants partageaient: égalité dans le principe même du concours et dans l’essence de la démocratie, injustice, nivellement par le bas… Cet échange m’a fait réfléchir à cette question, d’autant plus qu’en tant que fille d’immigrés togolais, je me sens directement concernée. Mon problème avec la discrimination positive peut se résumer ainsi ; A la question, « comment as-tu obtenu cette place ? », je veux pouvoir répondre en toute simplicité : parce que je suis meilleure qu’un autre et parce que je l’ai méritée.

De fait, deux valeurs et deux objectifs s’opposent. D’une part, l’égalité entre les citoyens que la République doit garantir et protéger. D’autre part, la liberté individuelle des écoles, des employeurs, de choisir les individus dotés des meilleures qualités. Le débat autour de l’égalité des chances cherche en fait à encadrer cette liberté d’appréciation sur les qualités nécessaires pour être un bon étudiant, banquier ou joueur de l’équipe de France.

Il est impossible de nier le phénomène de reproduction des élites et de paupérisation des classes moyennes. L’idée de progrès étant au cœur de la civilisation occidentale, l’ascenseur social est ancré dans les mentalités et la « stagnation » ou la dégradation du niveau de vie sont ressenties non seulement comme un échec mais aussi comme la violation du droit qu’aurait chaque individu à vivre mieux que la génération précédente. Or, bien avant  la crise de 2007, les études montraient que la proportion des enfants d’ouvriers et d’employés dans les grandes écoles baissait. Et parce que cette ascension sociale est perçue comme un droit, la cohésion sociale est menacée lorsque celui-ci tombe en panne.

Ainsi en tant qu’Etat Providence, l’Etat Français s’est naturellement donné comme mission de favoriser la promotion des classes populaires parmi l’élite. Surgit alors la question des moyens car si les dispositifs de « discrimination positive » tels que celui de Sciences Po restent au centre des débats depuis plus de 10 ans, c’est parce qu’ils accentuent la division parmi les Français. Ils légitiment la présomption que les postes à hautes responsabilités et/ou les places occupées par des immigrés ou enfants d’immigrés (ou par des femmes, handicapés etc.) dans les grandes écoles ne s’expliquent que par la discrimination positive. Les grandes écoles et/ou entreprises sont également accusées de respecter des quotas souvent liés à l’envie de diffuser une image « United Colors of Benetton », moderne, progressiste et mondialiste. La discrimination positive est censée extraire les élites cachées et les forces vives des classes sociales défavorisées. Or, dans le faits, elle jette aujourd’hui le discrédit sur ces individus et sur leurs capacités.

De plus, en imposant des critères tels que l’appartenance ethnique, le genre ou le physique pour démarquer les citoyens les uns des autres, les dispositifs d’égalité des chances vont contribuer à nourrir les communautarismes, donc affaiblir la cohésion sociale et surtout à monter ces groupes les uns contre les autres. Le risque est d’établir une concurrence entre les communautés, c’est-à-dire une lutte pour obtenir le plus d’avantages possibles comme c’est le cas aux Etats-Unis. (Les Hispaniques vs les afro américains, les Natives vs les métisses Natives/ Afro-Américains…). Les solutions proposées pour réduire les inégalités entre classes sociales aggravent souvent le problème.

Selon moi, l’égalité que la République défend ne doit pas être synonyme d’uniformité et de similitude. Il ne faut pas établir des quotas stricts qui font abstraction des différences naturelles entre les individus. Le danger de ces quotas est que la sélection des personnes concernées n’est plus un choix mais devient une contrainte. Il ne « devrait » pas y avoir 30% d’étudiants boursiers dans les grandes écoles mais 100% d’excellents étudiants, quelque soit leur origine sociale. Il ne « devrait » pas y avoir une parité gouvernementale mais la réunion des meilleures personnalités politiques ou civiles, aptes à diriger ce pays.

J’aimerais conclure avec  John Rawls et sa théorie de la Justice : « En supposant qu’il y a une répartition des atouts naturels, ceux qui sont au même niveau de talent et de capacité et qui ont le même désir de les utiliser devraient avoir les mêmes perspectives de succès, ceci sans tenir compte de leur position initiale dans le système social. »

Le Vériteur

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DICK Patricia

Etudiante en science de gestion à l'université Paris Dauphine, curieuse du monde qui m'entoure.
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