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Ma vérité sur le « consommer local » : les enjeux de demain

Publiée le 28/10/2014 |
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Révélée par Nos Pages Vertes |
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Si le « consommer local » est plébiscité par les médias, trouver des initiatives dans sa région peut s’avérer compliqué.
Passer à un mode de consommation locale présente de nombreux avantages : c'est bon pour la santé, l'environnement, l'économie et le lien social... Mais il est parfois difficile de trouver des initiatives locales pour acheter ses produits. Maître d’internat dans un lycée agricole, Mylène Selb-Hassenforder a créé le site « Nos Pages Vertes », un annuaire recensant les initiatives régionales pour consommer local.
 
Pourquoi manger local ?

Il y a énormément de bonnes raisons de manger local. Ce nouveau mode de consommation est bien sûr bénéfique aux particulier pour des raisons sanitaires, mais il a aussi un impact économique, sociétal et écologique, à l'échelle locale et globale.

    Savoir ce qu’on mange
 
Le « manger local » a d’abord un impact au niveau sanitaire. Avec les scandales alimentaires dans les grands circuits de distribution, on achète des produits mais on ne sait pas ce qu’on consomme. Le fait de consommer local permet d’abord d’acheter des produits bruts. Et, pour les gens qui n’aiment pas faire la cuisine, on peut aussi acheter des plats préparés, par exemple dans les magasins de producteurs. Manger local, c’est avant tout savoir ce qu’on mange : contrôler la provenance et la qualité de nos produits.
 
    Recréer du lien social
 
Ce mode de consommation crée aussi du lien social. Dans un contexte d’individualisation de la société, des nouvelles choses se créent dans les quartiers. Du coup, les gens s’intéressent aux produits de leur région mais aussi à son économie et à leur voisinage qu’ils rencontrent dans les épiceries. Des liens intergénérationnels se recréent : la dernière fois que je suis allée dans une épicerie paysanne, j’ai entendu une jeune fille discuter avec la mamie qui tenait avec l’épicerie. Elle lui expliquait comment planter ses poireaux pour l’hiver : c’est un vrai savoir qui se transmet et qui se garde.
 
A la campagne, on voit de plus en plus les villes se dépeupler, les épiceries fermer… on en arrive à des villages dortoirs. Reprendre une consommation de proximité incite les gens à ouvrir des petites structures dans les villages. Et, une fois sur place, elles proposent toujours plus de services – faire un relais colis, vendre des timbres… –  qui permettent aux habitants de ne plus prendre sans arrêt leur voiture.
 
    Relancer l’économie locale et celle des petites exploitations
 
Les nouveaux modes de distribution font péricliter de nombreuses exploitations locales. La génération précédente vendait la plus grande partie de sa production aux villages alentours. Aujourd’hui, on estime que 200 fermes disparaissent chaque semaine dans toute la France. Généralement, ce sont les petites exploitations agricoles qui n’ont pas les moyens de passer en monoculture ou qui ne trouvent pas de repreneurs à cause de l’augmentation des prix du terrain. Pour ces nouveaux modes d’agriculture, il faut des hectares et des hectares d’une seule culture pour rendre son exploitation viable et beaucoup n’arrivent tout simplement plus à vivre avec exactement la même chose qu’avant. Le fait de consommer local permet de relancer cette économie.
 
De même, ce nouveau mode de consommation peut être créateur d’emploi à long terme. D’abord, dans le cadre de l’animation des villages, avec les nouveaux points de vente et d’échange qui se créent, mais aussi via les agriculteurs. Un producteur qui écoule sereinement sa récolte et arrive à en vivre va penser à agrandir sa production : il va peut-être embaucher de nouvelles personnes ou construire une nouvelle grange, un nouveau laboratoire et faire appel au charpentier ou à l’électricien du coin.
 
    Recréer de la biodiversité
 
Comme dit plus haut, aujourd’hui, les agriculteurs qui ne font plus suffisamment de chiffre en vendant à la ferme passent souvent à la monoculture : une seule culture, appliquée à leurs quinze hectares de champs. Ils vendent principalement des céréales : maïs, blé, colza. Mais la monoculture appauvrit les sols et rend la terre moins fertile. Pour avoir un bon rendement, les agriculteurs vont alors chercher à refertiliser les sols et utiliser des engrais chimiques… C’est un cercle vicieux. Le fait de consommer local va les inciter à repasser à des cultures diversifiées, car ils savent qu’ils vendront leurs produits.
 
Ca permettrait de recréer de la biodiversité. Il faut lutter contre la monoculture qu’on est censés adopter pour survivre, devenir de plus en plus grands pour avoir toujours les mêmes revenus. La France est un pays agricole mais on est en train de tuer sa biodiversité. Si on n’en prend pas conscience aujourd’hui, demain, elle ne sera plus le grenier qu’elle était il y a 20 ans. Ce sera une terre stérile et on pressera nos agriculteurs pour la rendre encore plus stérile.
 
    Avoir le choix
 
A force de faire de la monoculture, on n’a plus le choix de notre alimentation. La grande distribution se place en monopole de la consommation. Si, demain, on tue toutes les petites exploitations, on ne devra plus manger que ce qui vient de la grande distribution, à n’importe quel prix et à n’importe quelle qualité. Du coup, consommer local aujourd’hui nous laisse le choix de notre alimentation pour demain.
 
Aujourd’hui, on parle de plus en plus des circuits courts et le public est là : c’est positif. On assiste à l’ouverture de plein de types des structures qui permettent de répondre autant de besoins : la ferme pour ceux qui veulent acheter des produits bruts, les producteurs pour ceux qui ne cuisinent pas, le drive et les livraisons pour ceux qui ne se déplacent pas, des producteurs qui font de la vente directement sur Internet... Finalement, peu importe notre type de profil : aujourd’hui, on a beaucoup plus d’avantages à consommer local. Tout le monde peut avoir accès à son type de consommation, quels que soient le temps et l’argent qu’il a à sa disposition. Ce mode de consommation est de plus en plus médiatisé. C’est pour ça que « Nos Pages Vertes » existe, pour rendre un accès gratuit et complet à cette information.

Pourquoi avez-vous créé « Nos Pages Vertes » ?
 
J’entendais tous les médias parler de consommation locale et utiliser le terme « locavore ». Je voulais moi-même le faire, consommer des produits locaux qui venaient d’à côté de chez moi. Il y a eu beaucoup de scandales alimentaires ces derniers temps et je voulais trouver un autre mode d’alimentation de qualité qui corresponde à mes attentes, à mon quotidien et à mon petit budget.
 
J’ai donc regardé sur Internet pour trouver un annuaire de producteurs ou de vente de produits locaux à côté de chez moi. Mais je n’ai rien trouvé de complet, avec des informations fiables et mises à jour. C’est un nouveau mode de consommation qui est très médiatisé, et c’est très bien. Mais, derrière, les projets n’ont pas encore eu le temps de se concrétiser pour répondre aux attentes des consommateurs. La tendance est donc bien là mais les structures derrière n’ont pas pu y répondre.
 
Quel projet avez-vous mis en place pour y remédier ?
 
« Nos Pages Vertes » a pour vocation de faire un recensement complet, en régions, de tous les points de vente de produits locaux. Pour cela, on aborde tous les circuits de distribution qui existent : il s’agit principalement des ventes à la ferme mais on recense aussi tous les circuits courts.
 
On recense donc énormément de structures et d’initiatives différentes : les magasins de producteurs, les points de vente collectifs (c’est-à-dire des fermes qui vendent à la fois leurs produits et celles d’autres producteurs), les marchés paysans… On parle également des cueillettes qui sont des événements agréables à faire en famille quand il fait beau. On recense les AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, des regroupements de producteurs qui livrent leurs produits à un point toutes les semaines), les paniers fermiers hors-AMAP, les systèmes de drive fermier ou de livraisons comme « La Ruche qui dit oui » (des structures qui permettent aux consommateurs de faire leur commande directement sur Internet et d’aller retirer les produits dans un point de vente), les paniers livrés sur les lieus de travail, etc.
 
On parle aussi des viticulteurs, avec une section à part pour les vins bios. On est en train de recenser tous les magasins bios et les fermes-auberges (des fermes de haute-montagne qui propose de la restauration). La prochaine étape se dirigera vers tous les restaurants qui proposent de la cuisine régionale. « Nos Pages Vertes », c’est donc tout ce petit monde de l’agriculture qui s’adapte à la demande des consommateurs et notre but est de mettre en avant toutes ces adresses pour l’alimentation locale.
 
Où en est votre recensement et quels sont vos projets pour « Nos Pages Vertes » ?
 
On aura fini de couvrir toute l’Alsace le 15 novembre. Beaucoup d’associations d’autres régions sont intéressées et nous contactent (PACA, Bretagne, Aquitaine, Rhône-Alpes…). Notre objectif, avec leur aide, c’est d’avoir recensé toutes les initiatives de France d’ici 2015.
 
C’est un travail de fourmi, d’autant plus que tout est fait à la main, il n’y a aucune automatisation du processus. C’est la raison pour laquelle notre annuaire est participatif. Les internautes participent en nous signalant des adresses, les producteurs eux-mêmes nous sollicitent pour créer des fiches pour leurs structures, les associations locales qui avaient mis en place de petits annuaires sur leur village nous les partage… On tient à recenser aussi les grands réseaux comme « Bienvenue à la ferme », qui ont déjà fait un gros travail de ce côté-là.
 
En Alsace, on avait 800 points de vente au 1er mars de cette année. Aujourd’hui, on est à 1400 et on a encore de nombreuses informations à traiter : plus de 1000 fiches à entrer dans le site. Ce travail nous permet d’ailleurs de faire appel à des autoentrepreneurs dans la région. Tout sera en ligne le 15 novembre.
 
Je travaille bénévolement depuis le début et « Nos Pages Vertes » n’a aucun statut. En 2015, on va le transformer en entreprises. Sur leur proposition, on va commencer à proposer des abonnements payants aux producteurs car ils veulent pouvoir mettre plus en avant leur structure.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Nos Pages Vertes

L'Annuaire de l'Alimentation Locale et/ou Biologique en région
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