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Les surdoués ordinaires, loin des idées reçues

Publiée le 29/09/2014 |
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Révélée par GAUVRIT Nicolas |
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Dans « Les surdoués ordinaires », j’ai voulu passer les idées les plus répandues sur les enfants intellectuellement précoces au crible de la science.
Les enfants intellectuellement précoces, ou surdoués, fascinent beaucoup de monde et concernent des millions de parents. Chaque année, des guides pour parents d’enfants surdoués sont publiés par dizaines, pour aider l’entourage à assister ces jeunes qui doivent apparemment surmonter un ensemble de calamités formant leur lot commun : isolement social, dépression, incompréhension des pairs, échec scolaire et dyslexie semblent être, à la lecture de certains livres, le destin tragique qui attend le plus souvent les jeunes doués.
 
Pour en avoir le cœur net, il faut plonger dans la littérature scientifique sur les enfants précoces. Littérature particulièrement abondante dans laquelle il faut là encore faire le tri entre des articles d’opinions éclairées et d’autres qui apportent des arguments plus solides. Le monde de la précocité intellectuelle qui se dessine alors est assez différent de l’apocalyptique tableau parfois suggéré ailleurs… Non que les descriptions et témoignages y soient faux. Simplement, on y décrit généralement l’enfant précoce à problème, et non le surdoué ordinaire.
 
La précocité est une chance
 
Certes, de nombreux enfants intellectuellement précoces souffrent, du fait même de leur intelligence exceptionnelle, de difficultés pouvant parfois s’avérer dramatiques. Pour autant, faire de la précocité intellectuelle un quasi handicap est-il bien raisonnable ? C’est à cette question, entre autres, que je me suis attaché dans l’ouvrage. En décortiquant la littérature scientifique, on se rend compte que les effets négatifs supposés de la douance sont pour certains très exagérés, quand ils ne sont pas simplement faux. Bien sûr, des enfants précoces se voient régulièrement rejetés par leurs pairs et peuvent sombrer dans la dépression pour cette raison. Pour autant, les surdoués ne semblent pas globalement plus dépressifs que les autres enfants. Ils sont même moins anxieux en moyenne, à l’inverse de ce qu’on imagine parfois. Dans d’autres cas, comme pour ce qui concerne la dyslexie, la science valide bien l’idée reçue, en montrant que le trouble touche au moins autant les enfants précoces que les autres. Tout n’est donc pas faux dans les idées qui circulent sur les surdoués, mais le tableau habituellement dressé semble un peu plus noir que la réalité.
 
La précocité intellectuelle est un handicap pour certains enfants. Ce cas n’est pourtant pas la norme du « surdoué ordinaire », qui profite au contraire de cet atout formidable. Globalement, la précocité est une chance. Qui plus est, même les enfants qui souffrent de leur avance intellectuelle finissent souvent (pas toujours !), adultes, bien adaptés et plutôt heureux. C’est peut-être le message le plus important du livre, que la lecture de la littérature scientifique a fait apparaître : la vision que nous avons de la précocité est exagérément pessimiste… ce qui ne signifie pas, bien sûr, que l’on fait assez pour ceux des enfants surdoués qui souffrent à l’école !
 
Les enfants précoces sont avant tout similaires aux autres
 
À l’inverse de cette image sombre et tellement inquiétante pour les parents, on rencontre parfois un portrait romantique des enfants précoces. Ils seraient de petits génies, dotés d’une manière de penser radicalement différente des autres. Drôles, fins et altruistes, ils tiendraient à la fois de Gandhi, d’Einstein et de Desproges. Là encore, l’histoire mérite d’être creusée et affinée. On découvre à la lueur de la science que certaines de ces intuitions sont effectivement justes : les petits surdoués sont en effet plus créatifs que les autres en moyenne, par exemple. En revanche, rien n’indique qu’ils aient des comportements plus moraux que les autres, ni que leur « manière de penser » soit radicalement différente des autres enfants.
 
Malgré tout et même si, au fond, les enfants précoces sont avant tout similaires aux autres, n’est-il pas triste que notre pays mette si peu en place pour tenir compte de leur particularité ? C’est triste pour des élèves qui, souvent, ne trouvent que peu d’intérêt à un enseignement trop simple pour eux. C’est regrettable aussi pour la société qui se prive peut-être de quelque chose en ne les poussant pas aussi loin que possible.

Le Vériteur

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GAUVRIT Nicolas

Maître de conférences en mathématiques et chercheur en psychologie expérimentale au laboratoire CHArt (Paris) de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes/Université Paris-Saint-Denis, mes recherches portent sur la perception du hasard et le raisonnement humain. Je suis l’auteur d’une dizaine d’ouvrages...
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