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Sochi, c’est fini…

Publiée le 07/04/2014 |
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Révélée par JEREMIASZ Michael |
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Athlète habitué des Jeux Paralympiques, c’est en tant que consultant que j’ai participé à ceux de Sochi.
Entre magie du sport et réalité politique russe, mon bilan mitigé.

Inoubliable, intense, magique, inspirant, frustrant, fatiguant, tentant… Je pourrais citer encore bien des qualificatifs pour décrire ce que j’ai ressenti pendant ces Jeux Paralympiques de Sochi. Ce fut tout simplement ma première expérience aux Jeux d’hiver. J’ai eu la chance de connaître les Jeux d’été – Athènes, Pékin et Londres – en tant qu’athlète. Mais cette fois, c’était en tant que consultant pour France Télévisions.
 
J’ai été contacté en novembre 2013 pour savoir si je serais disponible en mars 2014 et surtout intéressé de commenter le ski alpin pendant les Jeux Paralympiques. Après concertation avec mes entraîneurs et surtout avec moi-même, j’accepte ce nouveau défi : mettre en avant, en direct sur France 4, ces grand(e)s champion(ne)s et leurs disciplines.
 
« Je découvre un monde familier, mais de l’autre côté de la barrière »
 
Je pars le 5 mars pour rejoindre l’équipe de France TV déjà sur place. Je suis accueilli tard le soir à notre hôtel de Rosa Khutor par Alexandre Boyon, qui sera mon binôme pendant les dix jours à venir, et Yves Maréchal, le consultant du ski nordique. Le lendemain, direction le site du ski alpin pour découvrir le media center, notre cabine de commentaires, les pistes, les spécialités russes du self… guidé par le grand Alex qui connaît le site par cœur après avoir commenté les Jeux Olympiques quelques semaines plus tôt.
 
Je découvre un monde familier mais de l’autre côté de la barrière. Le soir même a lieu la réunion de prod avec les journalistes de la chaîne, les consultants, caméramans, preneurs de son, monteurs…
 
Direction la cérémonie d’ouverture. Vu d’en haut, c’est drôlement plus beau : une cérémonie magnifique avec ses milliers de figurants et son stade plein à craquer. Premier moment frustrant, le discours de Sir Philip Craven, président de l’IPC (Comité international paralympique), bien trop élogieux à l’égard de Vladimir Poutine, quelques heures seulement après « l’invasion » de la Crimée.
 
« J’ai beau avoir joué au tennis devant 10 000 personnes, j’ai une boule au ventre avant de prendre l’antenne »
 
Réveil : 6h00. Ce réglage matinal sera le même tous les jours. Il va falloir adapter l’heure du coucher à cette constante matinale. Je pense que je n’ai jamais aussi peu dormi de ma vie en deux semaines : entre 1h et 4h par nuit, à cause d’un travail «nécessaire » d’investigation auprès des équipes étrangères, ainsi que des bénévoles, que je devais effectuer chaque nuit.
 
Départ 8h00 avec Alex, direction les pistes pour commenter en direct la Descente Hommes et Femmes. J’ai beau avoir présenté des documentaires, été interviewé en télé et radio par Michel Denisot, Sophie Davant, Thierry Ardisson, Michel Drucker, Nicolas Poincaré, Yves Calvi, Mireille Dumas, joué au tennis devant plus de 10 000 personnes, avoir été décoré par trois Présidents de la République française, volé un CD au supermarché, fait des conférences devant des centaines de personnes, triché au Bac… j’ai quand même cette petite boule au ventre avant de prendre l’antenne.
 
Finalement, grâce aux nombreuses heures passées à faire des fiches sur chaque athlète, visionner des épreuves de ski handisport, échanger avec les athlètes et les entraîneurs et grâce au professionnalisme d’Alexandre, ça s’est très bien passé. Après cette première journée, j’ai su que cette activité de consultant-commentateur ferait parti d’un de mes projets de reconversion professionnelle.
 
« J’ai profité de cette opportunité rare de faire passer des messages qui vont au-delà du sport »
 
Les jours suivants, j’ai pris confiance et me suis permis, en plus de mes commentaires techniques, d’exprimer librement mes idées sur le CIO (Comité International Olympique), Poutine, le handicap, le handisport… C’était un besoin pour moi : profiter de cette opportunité rare de faire passer des messages qui vont bien au-delà du sport. Mais ma priorité, en tant que consultant, était bien entendu de faire partager au grand public les performances de ces grand(e)s champion(ne)s. Et je pense qu’on a eu droit à un spectacle de qualité.
 
Nous avons vu des sportifs de haut niveau descendre les pistes de Rosa Khutor à des vitesses incroyables (120km/h en ski assis), faire preuve d’une technique de plus en plus pointue et être capables de s’adapter, il faut le dire, à des conditions climatiques très difficiles (pluie, neige, chaleur). Je tiens à saluer les performances des Japonais et des Canadiens en ski assis, d’Anna Schaffelhuber, quintuple médaillée d’or à Sotchi en ski assis, des binômes guides-athlètes en catégorie déficients visuels, du très talentueux Alexander Bugayev, de Bibian Mentel et du triplé américain en snowboard.
 
Mais, surtout, sans être particulièrement chauvin et restant assez insensible à la Marseillaise (enfin, surtout ses paroles), j’ai tremblé pendant les courses de Vincent Gauthier-Manuel, enragé pendant les courses de Yoann Taberlet, Frédéric François, Cyril Moré, Jean-Yves Le Meur, vibré au moment du sacre de Cécile Hernandez, adoré les runs de Patrice Barraterro, espéré pendant les courses de Cédric Amafroi-Broisat et de Romain Riboud et enfin exulté pendant les courses de Marie Bochet et de Solène Jambaqué. Je profite de ce moment pour remercier vivement ces onze athlètes ainsi que leurs entraîneurs et tout le staff technique pour m’avoir accueilli lors de leur dernier stage de préparation à Chamonix et pour leur grande disponibilité pendant les Jeux (mention spéciale à Michaël Charrière et Christian Fémy).
 
« Athlètes, familles, journalistes, spectateurs se retrouvent coupés de la réalité politique et sociale du pays organisateur »
 
Toutes ces émotions m’ont presque fait oublier que j’ai passé des semaines à être révolté par les lois homophobes russes, la répression des opposants au gouvernement, la corruption, les Jeux les plus chers de l’Histoire, une catastrophe écologique et des expropriations à répétition… Etant un défenseur des libertés, je suis allé en Russie avec un mélange d’excitation et d’appréhension, un peu le même sentiment que lorsque j’ai participé aux Jeux Paralympiques de Pékin. Mais, au final, la « magie » des Jeux a opéré. Athlètes, familles, journalistes, spectateurs se retrouvent coupés de la réalité politique et sociale du pays organisateur. The show must go on.
 
Il faut reconnaître, cependant, que les Russes ont montré un réel intérêt pour les Jeux Paralympiques : des bénévoles très sympathiques, des organisateurs très professionnels, des spectateurs nombreux, des médias omniprésents et une population sur place particulièrement chaleureuse et avenante.
 
« Comme oublier une équipe ukrainienne représentée uniquement par son porte-drapeau lors de la cérémonie d’ouverture ? »
 
La cérémonie de clôture a été pour moi, et je pense pour beaucoup de monde, un spectacle inoubliable : la célébration du possible ! Jusqu’au moment où notre cher Sir Philip Craven, a cru bon de remercier personnellement Vladimir Poutine pour ce qu’il a fait pour le mouvement paralympique. Comment oublier une équipe ukrainienne représentée uniquement par son porte drapeau lors de la cérémonie d’ouverture ? Comme oublier le visage fermé de cette athlète ukrainienne, pourtant championne paralympique de ski nordique, entourée sur le podium d’une Russe et d’une Américaine ?
 
Il est du devoir de nos institutions sportives, Comité International Olympique et Paralympique, de choisir les villes candidates selon des critères supposés universels comme le respect des Droits Humains, la Démocratie, l’Ecologie, la Transparence, un plafond du budget d’organisation, l’héritage laissé aux villes organisatrices et non plus pour des raisons purement économiques. Après tout, on a le droit de rêver à un monde meilleur.
 
« Rendez-vous à Pyeongchang en 2018, devant ou derrière la caméra… »
 
Malgré tout, moi qui me voyais arrêter la compétition après les Jeux de Rio en 2016, je dois avouer que la tentation de venir taquiner les piquets est grande.
 
Retour à Paris et, malgré la fatigue, pas question de louper les très nombreuses apparitions radiophoniques et télévisuelles de nos médaillé(e)s paralympiques. Mais aussi de prendre le temps de répondre à quelques chroniqueurs, « journalistes » et autres pseudo-écrivains incapables de critiquer librement mais « intelligemment » les paralympiques. Médaille d’or du papier le plus pathétique et le plus inexacte à François Bégaudeau dans Le Monde (voir lien à droite de ce texte), qui a dû s’engager à publier un papier critique des Jeux Paralympiques sans prendre une seconde pour connaître son sujet – comme il le revendique d’ailleurs à la fin de son papier, enfin… son torchon. Suivi de près par son confrère Sébastien Coca, auteur d’un papier manipulateur et moralisateur sur metronews.fr (voir lien à droite de ce texte), rigoureux uniquement dans son souci de se payer (de manière injustifiée en ce qui concerne son travail pendant les Jeux Paralympiques) la tête du journaliste de France Télévisions Patrick Montel.
 
Une aventure complexe mais enthousiasmante se termine, je vous donne quand même rendez-vous à Pyeongchang en 2018, devant ou derrière la caméra…

Le Vériteur

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JEREMIASZ Michael

Joueur de tennis en fauteuil, j'ai pour la première fois commenté les Jeux Paralympiques à Sochi pour France Télévisions.
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