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Débat sur le Gardasil : mythes et de vérités tronquées

Thème : Santé, Médecine
Publiée le 30/11/2014 |
7514 | 5
Révélée par OUAFIK Maxence |
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Correction de l'article de Gérard Delépine intitulé « Nos arguments sur le Gardasil réaffirmés ».

Gérard Delépine ayant fait valoir à juste titre son droit de réponse, je fais ici de même, dans le but de poursuivre cette discussion sur le papillomavirus et le vaccin associé. Qu’il me soit d’abord permis de préciser mes intentions : je ne désire aucunement faire la promotion aveugle du Gardasil. Comme tout produit de santé, des risques d’effets indésirables existent et doivent être pris en compte dans la balance risques-bénéfices. Loin de moi l’idée de nier l’existence de certains effets indésirables, mais je refuse de me taire face à des campagnes basées sur la peur et visant à discréditer ce vaccin, avant qu’aucune preuve ne soit apportée. À mon avis, le débat autour de la vaccination ne devrait pas être basé sur la peur, ni dans un sens, ni dans l’autre.
 
Cessons de polariser la question entre les publicités du style « Faites vaccinez vos filles, sinon elles auront le cancer ! » et ceux qui clament « Ne faites pas vaccinez vos enfants, c’est mauvais pour leur santé ! ». Je me considère au centre de ces deux affirmations, en reconnaissant les limites de ce vaccin qui, bien qu’il protège contre les principales souches cancérigènes du papillomavirus, ne protège pas contre toutes et n’a pas une efficacité de 100%. En revanche, même si certains effets indésirables sont à déplorer, ceux agités par certains n’ont jamais pu être démontrés.
 
Pour conclure ce préambule, je ne préconise nullement de faire vacciner aveuglément ses enfants avec le Gardasil mais, s’il est indécent d’exagérer ses bénéfices au nom d’intérêts financiers, il l’est tout autant d’exagérer ses risques pour propager une peur irrationnelle. À l’heure actuelle, rien ne peut remplacer le frottis régulier, mais le Gardasil peut se rajouter à notre arsenal de prévention. Quant au reste, si j’encourage le débat sur les questions de santé publique, il y a des erreurs médicales que je ne peux laisser passer en mon âme et conscience. La négation du lien de causalité entre papillomavirus et cancer du col de l’utérus est une de ces erreurs.
 
Les problèmes de santé publique : deux poids, deux mesures ?
 
Le premier argument, celui d’une absence de problème de santé publique me laisse perplexe, en particulier venant d’un médecin s’étant spécialisé dans une forme rare d’un cancer infantile. Si le cancer du col de l’utérus n’est pas un problème, parce qu’il ne touche que 3000 personnes par an et n’en tue que 1000, que penser de l’ostéosarcome pédiatrique, qui ne touche que 400 patients par an pour n’en tuer que 100 ? Ce qui ne représente, respectivement que 0,1% des cancers et 0,06% de la mortalité des cancers.
 
Et que penser des cancers de la vessie, du larynx, de l’œsophage, du système nerveux central, de l’estomac et du foie, tous moins fréquents que le cancer du col de l’utérus chez la femme ? Sont-ce là encore des problèmes mineurs auxquels nous ne devrions-nous pas nous intéresser ? À partir de combien de morts exactement devrons-nous commencer à nous inquiéter, selon le couple Delépine ?
 
Le papillomavirus est bel et bien la cause du cancer du col de l’utérus
 
Le rappel de Gérard Delépine sur la causalité est très juste, même s’il semble oublier que nous savons précisément comment le HPV cause le cancer du col de l’utérus. Afin de rester le plus clair et le plus concis possible, j’avais décidé de ne pas rentrer dans le détail de la physiopathologie du cancer du col de l’utérus, mais son intervention rend désormais cette tâche indispensable.
 
Les souches cancérigènes du HPV produisent deux oncoprotéines (des protéines capables de provoquer un cancer) : E6 et E7. E7 empêche la protéine pRB de fonctionner ; le rôle de cette protéine est d’enfermer un facteur de transcription nommé E2F. Résultat, quand E7 est présent, E2F est toujours libéré. Or, quand E2F est libéré la cellule se multiplie. Une cellule qui se multiplie sans arrêt est, par définition, une cellule cancéreuse. Ces colonies de cellules incapables de mettre leur prolifération en repos à cause de E7 vont former des tumeurs. De la même manière, elle inhibe deux autres molécules : p21CIP et p27KIP1 dont le rôle est également de freiner la multiplication cellulaire. Pour résumer, et je vous prie de m’excuser pour les noms à coucher dehors des acteurs que je viens de citer, E7 s’infiltre dans le génome des cellules du col utérin et sabote leurs freins, les poussant à se multiplier sans cesse.
 
E6, quant à elle, remplit plusieurs rôles délétères :

  • elle neutralise p53, que l’on appelle aussi « le gardien du génome », car, pour simplifier, son rôle est de neutraliser les cellules devenues dangereuses pour l’organisme ;
  • elle inhibe un autre mécanisme de protection cellulaire que l’on appelle « apoptose ». L’apoptose, ou suicide cellulaire, est le processus par lequel une cellule défectueuse « décide » de mettre fin à ses jours plutôt que de devenir dangereuse pour l’organisme. L’apoptose peut être contrôlée par p53 ou lui être indépendante. Dans le cas de E6, non contente de neutraliser l’apoptose médiée par p53, elle neutralise aussi celle qui lui est indépendante et qui passe par Bax. De plus, E6 empêche également l’apoptose extrinsèque (commandée par l’extérieur) en empêchant le TNFα de se lier au récepteur. Or, et toujours pour simplifier, le TNFα commande à la cellule de mourir plutôt que de devenir cancéreuse ;
  • elle active TERT, une sous-unité de la télomérase. Or, la télomérase permet de rendre les cellules « immortelles » en leur permettant de se multiplier indéfiniment.

 
Je conçois que ce paragraphe est assez indigeste, alors pour le simplifier résumons les choses de manière imagée : Madame Dupont a eu un accident de voiture (un cancer du col de l’utérus). En examinant sa voiture (les cellules de son col utérin) on se rend compte que ses freins ont été sabotés (pRB et TERT) et que ses garagistes (p53 et Bax) ont été assassinés alors qu’ils devaient justement vérifier l’état de la voiture de Madame Dupont. Après enquête, on découvre un suspect (le HPV) qui possède non seulement les pinces coupantes ayant saboté les freins (E6 et E7) ainsi que le couteau ayant servi à assassiner les garagistes (E6). Et en plus, le suspect était sur les lieux du crime ! Pour reprendre des termes plus scientifiques, E6 et E7 rendent les cellules du col utérin immortelles et leur permet de se multiplier encore et encore sans jamais s’arrêter et sans être neutralisées. C’est ce que l’on appelle un cancer.
 
Maintenant, il est vrai que toutes les femmes atteintes de HPV ne développent pas un cancer, et l’on ignore précisément la raison de la prédisposition de certaines femmes par rapport à d’autres. Sensibilité génétique ? Participation d’autres facteurs tels que le tabac et les microtraumatismes ? L’avenir nous le dira. Même s’il est vrai que le HPV seul n’est pas toujours suffisant pour produire un cancer, il est sûr également que sa présence est nécessaire pour induire ledit cancer. Reste à savoir pourquoi certaines femmes sont plus vulnérables que d’autres. Mais cette interrogation est des plus classiques en oncologie : qui n’a pas l’exemple de telle connaissance qui fumait deux paquets de cigarettes par jour et qui n’a jamais eu de cancer du poumon ? « Pourquoi moi ? » est la question centrale de l’oncologie, et, pour tous les cancers quels qu’ils soient, elle n’est pas encore élucidée.
 
La preuve du lien entre HPV et cancer date de bien avant le Gardasil
 
Les études épidémiologiques ont démontré le lien entre HPV et cancer du col de l’utérus il y a plus de 20 ans, tandis que les premières traces d’ADN de HPV dans les cancers du col de l’utérus ont été remarquées il y a plus de 30 ans. Le vaccin, lui, n’existe que depuis huit ans. Il est inconcevable de dire que l’on a inventé le lien entre papillomavirus et cancer à cause du vaccin, alors qu’au contraire, on a inventé ce vaccin à cause d’un lien bien démontré. Gérard Delépine prétend que les études montrant un lien entre HPV et cancer de l’utérus sont postérieures au vaccin. C’est le cas de certaines, mais la majorité date de bien avant la création du Gardasil et c’est à leur suite que l’idée-même de créer ce vaccin est venue. Pas le contraire. Le fonctionnement du papillomavirus est si bien connu qu’il sert couramment d’exemple dans les cours d’oncologie et qu’il est repris dans tous les manuels de médecine.
 
Nier l’efficacité du Gardasil ou sa sécurité est une chose, mais nier la causalité du papillomavirus en est une autre. Autant je trouve le débat sur le Gardasil important pour éviter un scandale sanitaire, autant il n’y a plus débat sur le lien entre HPV et cancer du col de l’utérus. En effet, nous savons que le HPV est présent sur presque 100% des cancers du col de l’utérus et nous connaissons sa manière d’entraîner un cancer. Pour filer la métaphore de Gérard Delépine, si un tribunal devait juger le cas d’une série de meurtres avec le même mode opératoire et que, dans chaque cas, c’était la même personne qui était présente sur les lieux du crime, avec en sa possession l’arme du crime, le suspect aurait bien du mal à prouver son innocence.
 
L’efficacité du vaccin est discutable, discutons-en
 
Gérard Delépine cite 18 à 50% de prévention dans les infections à papillomavirus dans les cinq ans, mais qu’en est-il vraiment ? Commençons par éplucher la source qu’il donne. Étonnamment, l’étude « indépendante » en défaveur du Gardasil a été financée par la Dwosin Family Foundation et la Katlyn Fox Foundation, deux importantes et riches organisations opposées à la vaccination sous toutes ses formes. Il est curieux de parler d’« études indépendantes » alors que le parti pris est aussi évident. Un autre problème est que Gérard Delépine affirme que les études ont montré une efficacité dans la prévention de l’infection du HPV. En réalité, les études avaient comme intérêt de montrer la prévention des lésions dues au HPV (1). La différence est de taille, car ce n’est pas seulement la contamination qui est prévenue, mais aussi et surtout le développement de lésions pouvant mener à un cancer.
 
Ces corrections apportées, je rappelle que (2, 3, 4 et 5)

  • les lésions dues aux HPV 16 et 18 étaient réduites de 90,4% à 98% ;
  • les lésions dues à tous les types de HPV étaient réduites de 80,9% à 100% ;
  • les verrues étaient prévenues dans 96 à 100% des cas pour les HPV protégés par le vaccin.

Mon objet n’est pas de faire la publicité du Gardasil, nous ignorons toujours la durée exacte de cette protection et les risques sur le très long terme. La finalité de cet article est avant tout de corriger les erreurs sur le papillomavirus, pas de faire la publicité d’un vaccin. Toutefois, à court terme, force est de constater qu’il fonctionne plutôt bien. La vigilance reste évidemment de mise pour le long et le moyen terme.
Des effets secondaires non-reconnus
 
Je passe sur la digression sur le cancer du foie et le vaccin contre l’hépatite, ce n’est pas le sujet de cet article, bien qu'il y aurait beaucoup à en dire. Par contre, je ne passerai pas sur le fait que Gérard Delépine cite le Vaccine Adverse Event Reporting System, sans mentionner le fait qu’aucune conclusion ne puisse être tirée de ce site. Ne me croyez pas sur parole : le site lui-même mentionne ses propres limitations (6) :

  • tout le monde peut remplir un report. Ils précisent même que « Les reports varient en qualité et en complétude. Ils manquent souvent de détails et peuvent parfois contenir des information erronées ». Le docteur James Laidier, pour montrer les limitations de ce système, a déclaré que le vaccin contre la grippe l’avait transformé en l’incroyable Hulk, et sa déclaration a été enregistrée ;
  • les effets secondaires les plus graves sont les plus sujets à être mentionnés, même s’ils sont arrivés par coïncidence ;
  • un report au VAERS ne prouve généralement pas que le vaccin soit la cause de l’effet indésirable incriminé. Il confirme seulement que l’effet indésirable est arrivé à un moment donné après la vaccination.

De fait, le VAERS ne peut être employé pour inférer un quelconque lien de causalité. Il s’agit d’un ensemble d’anecdotes, plus ou moins vraies et plus ou moins détaillées, permettant de surveiller, avec des pincettes, l’évolution des effets indésirables. Le VAERS peut tirer la sonnette d’alarme sur un vaccin, mais seule une étude sérieuse peut confirmer quoi que ce soit. Or des études sérieuses ayant montré de graves effets indésirables pour le Gardasil n’existent purement et simplement pas. En attendant, aucune conclusion ne peut être tirée du VAERS, et c’est le VAERS lui-même qui le rappelle à tous ses utilisateurs.

Quant au reste :

  • à propos de la référence (7), censée montrer un lien avec le lupus érythémateux, elle ne reprend que six cas cliniques et est donc insuffisante ;
  • la référence (8), censée montrer un lien avec la sclérose en plaques, ne reprend que cinq patients et ne signifie donc rien en elle-même ;
  • la référence (9), censée montrer un lien avec des maladies démyélinisantes, ne reprend que deux cas et est donc vraiment insuffisante ;
  • la référence (10), censée montrer la même chose, ne reprend que 4 cas et est donc insuffisante.

 
J’ai fourni des études mettant en scène plusieurs dizaines de milliers de femmes et qui montraient une sûreté du vaccin. À côté de ça, la puissance statistique de 17 cas cliniques est largement insuffisante. Sur ces quatre études, je tiens également à rappeler à Gérard Delépine ses propres arguments sur la causalité et les études statistiques, après tout, on peut juste dire que « Le vaccin était présent sur les lieux du crime, au moment du crime, mais il n’était pas seul et aucun témoin ne peut affirmer si c’est lui ou un autre qui est responsable ».
 
En conclusion
 
Pour terminer cette longue réponse, je tiens à rappeler que :

  • le cancer du col utérin est un problème de santé publique, ou alors toute une série de maladies graves le seraient encore moins ;
  • le HPV est une cause nécessaire au développement d’un cancer du col utérin, les preuves ayant été apportées des années avant la mise sur le marché du Gardasil et le débat s’étant terminé bien avant que le vaccin n’existe ;
  • le Gardasil, jusqu’à preuve du contraire, est sûr et efficace, bien qu’il ne puisse aucunement remplacer le frottis et qu’il doive être surveillé de très près, comme tout produit ayant trait à la santé.

 
 
 
Notes :
(1) Schiller JT, Castellsaguéb X, Villac LL, Hildesheimd A. An Update of Prophylactic Human Papillomavirus L1 Virus-Like Particle Vaccine Clinical Trial Results. Vaccine. 2008;26(Suppl 10):K53–61
(2) Dillner J, Kjaer SK, Wheeler CM, Sigurdsson K, Iversen OE, et al. FUTURE I/II Study Group. Four year efficacy of prophylactic human papillomavirus quadrivalent vaccine against low grade cervical, vulvar, and vaginal intraepithelial neoplasia and anogenital warts: Randomised controlled trial. BMJ. 2010;341:c3493
(3) 31. Paavonen J, Jenkins D, Bosch FX, Naud P, Salmerón J, Wheeler CM, et al. HPV PATRICIA study group. Efficacy of a prophylactic adjuvanted bivalent L1 virus-like-particle vaccine against infection with human papillomavirus types 16 and 18 in young women: An interim analysis of a phase III double-blind, randomised controlled trial. Lancet. 2007;369:2161–70.
(4) Garland SM, Hernandez-Avila M, Wheeler CM, Perez G, Harper DM, Leodolter S, et al. Quadrivalent vaccine against human papillomavirus to prevent anogenital diseases. N Engl J Med.2007;356:1928–43.
(5) The FUTURE II Study Group. Quadrivalent vaccine against human papillomavirus to prevent high-grade cervical lesions. N Engl J Med. 2007;356:1915–27
(6) vaers.hhs.gov/data/index

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OUAFIK Maxence

Etudiant en médecine, je cherche à promouvoir une information médicale neutre et de qualité. Mon objectif est de communiquer l'information le plus simplement possible sans transiger sur l'exactitude du contenu. Ne recevant de subvention de personne et n'étant pas affilié à un quelconque organ...
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