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Radiée à vie pour avoir aidé mes patients

Publiée le 12/04/2013 |
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Révélée par RIVES Marie-noëlle |
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J’ai été radiée de l’ordre des médecins alors qu’aucun patient n’a été mis en danger ni porté plainte. Retrouvez mon récit dans « Le Conseil du désordre ».
J’ai la grande joie de vous annoncer la parution de mon roman Le Conseil du désordre, le 10 janvier 2014 aux éditions La Bruyère, sous le pseudonyme de Marine Forestier. En dépit de son titre, l’histoire n’est pas axée sur mes conflits avec le Conseil de l’ordre. Sa rédaction a commencé en 2011, alors que je reprenais mon activité professionnelle après huit mois d’interruption, tout simplement pour concrétiser mon bonheur de pouvoir exercer à nouveau. J’ai eu envie de partager tout ce que m’avait apporté ma profession de médecin généraliste.
 
Mon roman est avant tout la naissance d’une vocation médicale, et de sa concrétisation à travers trente ans d’exercice. Trente années passionnantes sur le plan humain, souvent chaotiques mais globalement fabuleuses, riches de souvenirs, d’amitiés, de rencontres, des années que je ne regretterai jamais d’avoir vécues, et surtout vécues ainsi. Même si ma façon de les vivre, ma conception de la médecine, fut la cause de ma disgrâce, autrement dit de ma radiation, il m’aurait été impossible de la concevoir autrement.
 
J’ai la chance de pouvoir, en dépit des évènements et des hostilités, continuer à aider les gens, à leur apporter mes connaissances médicales certes, mais aussi, mon réconfort et mon optimisme, à les accompagner dans certains passages difficiles, à leur faire savoir simplement que je suis là s’ils ont besoin de moi. Je les aide un peu… ils m’aident beaucoup. Nombre d’entre eux ont été à mes côtés dans cette épreuve et je les en remercie. Je fais ici le récit de ces moments difficiles.

« Des confrères qui ne m’avaient pas accueillie très chaleureusement »

Le 1er septembre 1982, à presque 27 ans, je crée sur Auch un cabinet de médecin généraliste. Il n’est pas très facile de se créer une clientèle dans une petite ville qui compte déjà une vingtaine de médecins, la plupart installés depuis longtemps, solidement établis et pas vraiment conviviaux vis-à-vis de leur nouvelle consœur. Ils ne m’avaient pas accueillie très chaleureusement, mais m’offraient volontiers leurs gardes de Noël et autres jours fériés, à la condition expresse que je ne me livre pas au détournement de patients.

Donc, durant environ un an, j’ai pratiqué ce que nous baptisons familièrement « la bobologie », à savoir rhumes de cerveau, gastro-entérites saisonnières, et surtout épisodes de flémingite aigüe qui se doivent de présenter un authentique arrêt de travail. Plus les certificats d’aptitude ou de dispense du sport, dont la demande se fait en général en dernière minute et selon un horaire pas vraiment conventionnel. Quand on ne fait pas appel à vous sur un dimanche de garde, et en vous précisant bien l’horaire auquel vous dérangerez le moins.

« Je sus répondre à un problème que mes confrères traitaient avec mépris : le surpoids »

Rien de bien passionnant, rien qui correspondait à mon imaginaire même au plus bas de gamme. Pas de pathologies complexes, de diagnostics brillants, d’interrogatoires subtils… Elémentaire, mon cher Watson. Par chance (ou non…), j’étais une femme, jeune, coquette, et je sus répondre à un problème que mes confrères masculins traitaient par le mépris total : le surpoids.

Lors de mon installation, nous n’étions que deux femmes médecins, mais ma consœur, à peine plus âgée que moi, ne se passionnait pas vraiment pour ce genre de problème. Moins d’un an plus tard, je n’avais malheureusement plus rien à redouter de sa concurrence car elle avait mis fin à ses jours, clôturant hélas pour elle une carrière très prometteuse. Je vis donc débarquer dans mon cabinet toutes les femmes rondes de la région ou presque. Je leur offrais, à défaut de solution miracle, ma sympathie, mon oreille attentive, de bons conseils pratiques et la mésothérapie.

Cette dernière technique consiste en l’injection sous-cutanée de produits qui améliorent la circulation locale, permettent d’éliminer l’eau et les graisses en excès et de diminuer le désagréable aspect de « peau d’orange » qui est l’apanage de la cellulite. Ce n’est pas un traitement miracle, cela ne dispense en rien d’une bonne hygiène alimentaire ni d’une activité physique, mais c’est indéniablement efficace, et cela permet surtout aux femmes de prendre conscience de leur corps, ainsi que de leurs erreurs.

« Affublée de l’étiquette péjorative du « médecin qui fait maigrir » »

Il est vrai que pendant un temps (deux, trois ans maximum) la plupart de mes consultations étaient motivées par un problème de poids. Ce n’était pas une volonté délibérée de ma part, je ne me suis jamais prétendue ni diététicienne ni endocrinologue, ce n’était pas davantage ma vocation initiale. Je voulais soigner les gens, quel que soit leur problème (et le surpoids en fait hélas partie). Or, on m’a affublée de l’étiquette péjorative du « médecin qui fait maigrir » dont je n’ai jamais pu me défaire.

Cela m’a attiré très, très vite, des conflits avec la Sécu, avec des reproches corrosifs à la clé. J’effectuais trop de consultations, je voyais trop de monde, en bref « j’avais démarré trop tôt et trop vite ». Ces mots me furent adressés au bout de deux ans d’exercice, je commençais à travailler certes mais je n’étais pas surbookée.

Une consultation pour surpoids prend environ une demi-heure, et je ne parle pas de la première consultation qui est en général plus longue. Durant tout son suivi, la patiente a besoin d’écoute, de conseils, d’attention, de dialogue, et je puis vous assurer qu’il est beaucoup plus difficile de traiter un surpoids qu’une angine. Je puis vous dire aussi, forte des remplacements effectués avant mon installation, que certains confrères accordent dix minutes maxi, avec réveil sur le bureau, à certains patients atteints de maladies chroniques. Mais eux sont au-dessus de tout soupçon et de toute critique.

« Circonstance agravante, je ne me suis pas cantonnée à la médecine générale »

Conflits avec la sécu implique inéluctablement plainte au Conseil de l’ordre, qui entérine. Une fois prise dans cette spirale vicieuse, plus moyen de s’en sortir. Tout ce que je faisais – et même ce que je ne faisais pas – était sujet à caution. Exemple : j’effectuais peu de visites à domicile, ayant passé un accord avec les patients pour qu’ils viennent à mon cabinet, sous réserve d’être reçus en urgence – je me déplaçais quand vraiment ils ne pouvaient pas, mais je connaissais trop les visites de complaisance. La sécu plaidait, il fut un temps, pour ce genre d’attitude civique. Moi, on me le reprocha.

D’autant plus que, circonstance aggravante, je ne me suis pas cantonnée à la médecine générale dont j’avais bien vite compris les limites. En 1986, j’avais obtenu mon diplôme d’homéopathe. J’avais également recours à la mésothérapie, dont les indications ne se limitent pas à l’amincissement comme on serait tenté de le croire, mais qui permettent de soulager les douleurs articulaires et musculaires, ainsi que les sinusites. Bien sûr, je ne reniais pas la médecine traditionnelle, mais le panachage des différentes méthodes me permettait d’optimiser mon travail.

« A la Sécu, si vous prenez la tension, vous êtes nickel »

Il a été dit, et écrit, par ces têtes pensantes fonctionnaires : « la mésothérapie n’a pas la valeur technique d’une consultation » donc ne doit pas être cotée comme telle. Je suis d’accord, 100% d’accord. J’ai maintes fois écrit à ce génial organisme pour lui demander comment coter les séances de mésothérapie, croyez-moi ou non, je n’ai jamais reçu l’ombre d’une réponse.

Ce n’est certes pas une consultation, cela dure plus longtemps, c’est plus fatiguant, devrait bénéficier d’un C supérieur. Vous parlez avant, pendant et après la séance (qui elle-même, toute parole extraite, dure environ 20 minutes, et sollicite une intense énergie physique), et vous ne laissez pas la patiente ressortir avant qu’elle aille mieux. Bien sûr, si vous n’avez pas pris sa tension, cela ne vaut rien. A la Sécu, si vous prenez la tension, même si vous l’avez prise la veille et que tout va bien de ce côté-là, vous êtes nickel. Sinon, c’est de la merde. Vous passez une heure à remonter le moral d’une patiente sans lui prendre la tension, et vous osez encore prétendre au titre de médecin ?

On m’infligea des suspensions d’exercice. La mésothérapie ne fut plus remboursée… ouf ! J’allais pouvoir continuer de faire mincir celles qui le souhaitaient vraiment, et me consacrer aussi aux pathologies médicales, surtout aux pathologies médicales. On m’a souvent dit que je possédais un excellent diagnostic et, sans fausse modestie, je veux bien y croire. J’aime ce que je fais, et je me refuse volontairement à parler à l’imparfait. J’aime tout dans une consultation : le dialogue, en passant par tous les examens paracliniques et les recours aux spécialistes, j’aime ce rôle de maillon que les généralistes sont amenés à jouer. Le patient est pour moi un ami, un enjeu, une cause à défendre, quelqu’un qui m’a confié ce qu’il a de plus précieux au monde, sa santé.

« Si j’avais soigné mes patients à coups de Doliprane, je n’en serais pas là »

Dans les années 2000, la Sécu diligenta une enquête sur les prescriptions des généralistes. J’appris ainsi que le médicament qui venait en tête de mes ordonnances était le Lévothyrox, tandis que, pour la plupart de mes confrères, il s’agissait du… Doliprane. Ravie de l’apprendre, leur dis-je. Eux ne l’entendaient pas du tout ainsi, et on me somma de venir m’expliquer. Je me rendis à l’entretien très décontractée. Je connaissais bien le problème, souffrant moi-même d’une hypothyroïdie, ce qui me permettait de mieux les dépister chez les patients même devant des manifestations atypiques. Comme Tchernobyl n’a pas vraiment ménagé cette petite glande, mes prises de sang venaient bien souvent confirmer ma suspicion clinique. D’où le traitement. Comme le Lévothyrox se décline en de multiples dosages, allant du 25 microgrammes au 200, j’adaptais la posologie à la gravité du déficit. Logique, en apparence. Pas pour eux. Pour eux, le dosage à 25 que je réservais aux insuffisances légères et débutantes était à la fois inefficace et dangereux.

De fil de plus en plus fin en aiguille de plus en plus grosse, on en vint à m’accuser de « balancer » du Lévothyrox à tort et à travers, à des patients qui n’en avaient pas besoin… pour les faire maigrir par exemple. Voilà que le spectre du surpoids faisait sa réapparition.
J’eus beau leur objecter que, parmi les patients incriminés, se trouvaient autant des gros que des maigres, (les gros n’ayant d’ailleurs pas maigri avec ce traitement), il apparut bien vite que je ne pourrais pas les convaincre, et qu’ils n’en avaient d’ailleurs nulle envie. Ils ont mis en doute à la fois ma compétence médicale et mon honnêteté. Si j’avais laissé mes patients se débrouiller dans leur misère avec une hypothyroïdie non traitée qui leur pourrissait la vie, si je les avais soignés à coups de Doliprane, je n’en serais pas là. « Ils » ont porté plainte contre moi auprès du Conseil de l’Ordre.

Certains chirurgiens commettent des erreurs abominables, parfois par pure négligence, des erreurs mortelles. Ils ne sont pas traînés aussi bas que je le fus. Il n’y avait eu aucune plainte de personne, tous mes patients allaient bien, et je dus interrompre – encore une fois – mon activité durant six mois.

« Ma priorité n’allait pas aux considérations financières, mais au bien-être du patient »

A ma reprise, je me suis entourée de précautions drastiques. Pas la moindre ordonnance de Lévothyrox sans l’aval de l’endocrinologue. Les patientes râlaient un peu, mais je leur expliquais les raisons de mon insistance. Devenais-je pusillanime, ou paranoïaque ? J’eus le sentiment que tous mes actes médicaux étaient passés au crible, sans indulgence aucune. Il me fut reproché, en vrac et dans le désordre, de revoir mes patients trop souvent, de trop recourir aux examens biologiques et radiologiques, de ne pas prescrire assez de génériques, de trop avoir recours aux nouvelles molécules (par définition plus onéreuses), alors que je ne les prescrivais ni par snobisme ni par intérêt, simplement pour leur meilleur rapport efficacité/tolérance. Ma priorité n’allait pas aux considérations financières mais au bien-être du patient.

L’avantage des traitements homéopathiques étant que, n’y comprenant rien, ils ne pouvaient les remettre en question... quel repos. Tout au plus pouvaient-ils s’en gausser, disserter à loisir sur l’effet placebo, et tourner ainsi en dérision non seulement le médecin, mais les patients qui recouraient à ce genre de médecine. Il m’est revenu aux oreilles qu’un médecin-conseil de la CPAM, par ailleurs très peu porté au comique, avait développé une authentique crise d’hilarité en entendant parler de l’organothérapie (une méthode qui consiste à soigner un organe malade par l’administration à doses homéopathiques d’extrait d’organe sain). Mon cher confrère de derrière les bureaux avait éclaté de rire devant une prescription de « muqueuse du colon ».

« Problèmes de poids et de jalousie »

Alors, pourquoi et malgré ma prudence tardive, en suis-je arrivée là ? Problèmes de poids et de jalousie. Le poids des autres, malheureusement, faisait toujours partie de mes préoccupations. Empathie un jour, empathie toujours…On a dit beaucoup de mal des anorexigènes mais, d’une part, je les maniais bien, d’autre part, ils ont quand même rendu de fiers services. Quand ils sont devenus inaccessibles en France, j’aurais dû m’en moquer. J’étais mince après tout, bien dans ma peau, pourquoi me soucier des autres ? Je n’en suis pas capable, et j’ai tenté de les aider.

J’ai simplement demandé à un pharmacien espagnol, frontalier, si l’on pouvait se procurer des coupe-faim en Espagne. On nous avait assez bassinés avec l’Europe, l’ouverture des frontières, etc., pour que ma question ne semble pas incongrue. Effectivement, le médoc était accessible, même pas besoin d’ordonnance (s’il me les a gentiment demandées ensuite, ce n’était que par souci de comptabilité). Jalousie, jalousie surtout. D’une odieuse secrétaire mince, fière et farfouilleuse, qui a décidé de me faire payer au centuple son licenciement. Elle savait que je dépannais quelques patientes, parce que je ne me cachais pas, et elles pas davantage. Elle m’a dérobé des ordonnances qu’elle a rédigées de sa propre main, et envoyées au pharmacien. Elle m’a dénoncée à toutes les autorités possibles, même au pape si elle avait pu, et ils y ont tous cru parce qu’ils ne demandaient qu’à y croire, parce qu’elle prêchait des convertis d’avance.

Pain béni et rebelote, je passe en jugement dix ans après les faits, alors qu’aucune patiente n’a émis aucune plainte, on m’accuse d’avoir effectué des bénéfices et mis la vie de mes patientes en danger ! J’ai vécu l’horreur, et je n’exagère pas. Je me suis vue clouée au pilori, humiliée publiquement, traitée comme une « contrebandière » (terme redondant dans les procès-verbaux), comme une revendeuse de drogue, comme un médecin sans foi ni loi, s’enrichissant au mépris de la santé de mes patientes. Je n’ai pas gagné un centime d’euro sur les boîtes, et j’estimais trop mes patientes pour les mettre en danger. Nombre d’entre elles ont témoigné de leur détresse face à la suppression du médicament, de leurs demandes itératives, de l’absence de bénéfice, et de la surveillance médicale que j’ai continué d’exercer. Leurs témoignages n’ont pas été pris en compte, et je fus condamnée.

« Des prescripteurs de Doliprane ont jugé bon d’enfoncer le clou »

A cinq ans d’interdiction d’exercer au départ, avec le réquisitoire haineux d’un jeune procureur auscitain. Ayant fait appel, ma peine se réduisit à huit mois, peine que je purgeais dans le courant 2010. La justice humaine m’a semblé un peu sévère, mais du moins mérite-t-elle son nom de justice. Une fois la sanction accomplie, on tourne la page : ré-ouverture du cabinet, avec pour seule consigne implicite l’absence de récidive. Or, si je suis indisciplinée, je ne suis pas trop sotte, et j’étais trop heureuse de reprendre mon activité pour penser à récidiver. Errare humanum est, perseverare diabolicum*.

C’était compter, hélas, sans la justice ordinale, sans mes « pairs ». Des prescripteurs de Doliprane qui, non contents de ne m’avoir jamais soutenue dans toutes ces épreuves, ont jugé bon d’enfoncer le clou, de me signaler au Conseil de l’ordre régional en tant que « récidiviste ». Madame le docteur Rives , même pas gersoise d’origine, pratique la mésothérapie, l’homéopathie (et la sorcellerie par les nuits de pleine lune), fait mincir les patients, s’occupe de leur thyroïde et Dieu sait quoi encore, et n’a toujours pas compris que le paracétamol était une panacée. Madame le docteur Rives n’a tiré aucune leçon des sanctions précédentes (hormis que les sanctions se sont télescopées, mais on ne peut pas demander à ces chers confrères de tout comprendre, ils ne peuvent pas à la fois se rendre à tous les repas offerts par les labos, et se pencher sur le cas d’une petite consœur qui leur a fait de l’ombre dès son installation…).

Et je dus, alors que je terminais mes huit mois de peine « humaine », plaider une cause perdue d’avance devant ces affreux dinosaures, devant des mecs froids et impassibles comme une gelée anglaise. Le procureur d’Agen avait été capable de dire « c’est une affaire complexe, où je me pose beaucoup de questions », et je retiens cela d’elle, plus que les huit mois de condamnation, cette sensation d’humanité et de questionnement de soi. Mes chers ex-confrères n’ont pas eu autant d’états d’âme, ils n’ont pas hésité, avec une indifférence et une impassibilité totales, à briser trente ans de vie professionnelle. Je dirais même pire, à briser ma vie tout court.

« Le papier m’informant de ma radiation fut pour moi un arrêt de mort »

Le papier officiel, reçu le 3 février 2012, m’informant froidement de ma radiation, fut pour moi comme un arrêt de mort, et je confesse que je suis stupidement en train de pleurer en écrivant ces lignes. Morte, je le serais d’ailleurs peut-être si deux jeunes patients n’avaient volé à mon secours. Ils ont remué des montagnes, alerté la presse locale et même les infos régionales, et créé pour me défendre une association joliment baptisée le « Caducée d’Hermès ». Je ne me faisais pas trop d’illusions, mais à les voir se dépenser autant je ne me suis pas octroyé le droit de me laisser aller. J’ai « rebondi », comme l’on dit souvent. J’ai décidé de continuer à vivre, et surtout à aider mon prochain. Je ne suis pas philanthrope, je suis thérapeute. J’aime les gens, et je suis heureuse de les aider à aller, ne serai-ce qu’un tout petit peu mieux.

Je me suis « recyclée », avec aval de l’Urssaf, en tant que « naturopathe et psychologue ». Ce n’est pas exhaustif, loin de là, mais il est difficile de tout résumer. Disons, pour faire bref, que je pratique toutes les méthodes thérapeutiques hormis la médecine traditionnelle (bien qu’il puisse entrer dans mes attributions de conseiller le Doliprane). Bref, soyons sérieux, plantes, oligo-éléments, huiles essentielles, élixirs floraux, plus le « soutien » qui se résume souvent à l’écoute, mais dont les vertus ne sont pas négligeables. Je tire mon épingle du jeu, mais ce n’est pas, loin de là, une épingle de nourrice. Je travaille, un peu. Assez pour avoir un but dans la journée, et ne pas me sentir complètement inutile. Pas assez pour avoir l’esprit libre et dénué d’entraves matérielles.

Un de mes confrères (un rare parmi les rares qui ne m’aient pas tourné le dos, mais un peu marginal lui aussi) m’a permis de découvrir la médecine énergétique, inspirée de l’acupuncture. C’est très enrichissant et apporte vraiment un plus dans la prise en charge des patients, particulièrement dans les problèmes de stress. Personnellement, cela m’a beaucoup apporté et a certainement contribué à mon état d’humeur actuel. Malgré tout cela, malgré ce que je pourrais baptiser sans trop d’exagération une descente aux enfers – bien que j’en sois remontée par l’escalier de secours, croyez-vous que me détracteurs me laissent reposer en paix ? Que nenni. Je suis encore l’objet de délations anonymes.

« J’ai décroché ma plaque en guise d’allégeance »

En avril dernier, le Conseil de l’ordre a su, par radio-corbeau, primo que je n’avais pas dévissé ma plaque, deuxio que des cartes de visite circulaient, précisant mon nom et accessoirement mon titre, sous la rubrique « médecines naturelles ». N’étant plus affiliée à l’ordre, j’étais dispensée de toutes les contraintes et interdictions, en l’occurrence l’absence de publicité. J’avais le droit de faire de la pub pour mon cabinet de naturopathie, le droit de distribuer des cartes et des flyers, et encore le droit de me prévaloir de mon titre. D’autre part, mes cartes stipulaient « médecineS » avec un « s » final, qui fait toute la différence. Pure question de sémantique… J’ai décroché ma plaque en guise d’allégeance, et le litige fut clos.

Il y a un mois à peine, je décide de m’inscrire à la session numéro deux de médecine énergétique. J’avais l’intention d’y participer en octobre mais, le fondateur étant décédé entre temps, mon confrère et moi-même sommes tombés dans les oubliettes. Pas d’info, pas de convocation… et le stage a eu lieu malgré tout. Je contacte la nouvelle responsable, qui me reçoit très très froidement. Elle a reçu des plaintes à mon sujet. Comme quoi je me prévalais du diplôme, que je monnayais mes soins, 20 minutes, 20 euros la séance. Elle avait raison sur le prix, mais quant au reste…

« Oubliez-moi, laissez-moi vivre en paix »

Il m’a fallu une longue et âpre discussion téléphonique, avec une personne très hostile a priori, pour tenter de la convaincre de ma bonne foi et surtout pour la convaincre de m’accepter au second stage. Il est peut-être honorifique de susciter encore un tel intérêt détracteur plus d’un an après ma radiation, mais, de grâce, oubliez-moi, laissez-moi vivre en paix. Le soleil brille pour tout le monde. Je ne demande qu’à aider les patients à mieux affronter leurs problèmes, à leur apporter ma compétence, mes conseils, mon optimisme, ma bonne humeur.

Mes patients disposent de mon numéro de portable, et savent qu’ils peuvent me joindre quelle que soit l’heure, quel que soit le jour. J’ai noué avec bon nombre d’entre eux des relations très fortes, ils m’accordent leur confiance et je veux m’en montrer digne. Je sais que la plupart d’entre eux me considèrent encore comme « leur » médecin traitant, continuent à me tenir au courant de leur parcours médical et à me faire adresser les courriers des spécialistes. Je tiens, du fond du cœur, à les en remercier.

* « L’erreur est humaine, persévérer est diabolique. »

Le Vériteur

Photo du Vériteur

RIVES Marie-noëlle

Née en 1955, je suis fille unique de magistrats. Petite, j’ai vécu au Tchad, au Congo, en Afghanistan, en Côte d’ivoire et au Sénégal, séjours entrecoupés de passages en France. Très déstabilisant. Je passe le bac au Sénégal et entreprends mes études médicales. Je suis diplômée à l’Université Pa...
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