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La libraire aux 32 agressions fait condamner son braqueur

Thème : Justice, Société
Publiée le 17/01/2013 |
8453 | 4
Révélée par SARDIN Marie-neige |
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Durant plus de huit ans, j'ai cru que la justice de mon pays ne passerait jamais;
Pourtant, le 21 novembre 2012, pour la première fois l'un de mes agresseurs allait tomber.
 
Je tiens une comptabilité précise de mes braquages et celui-ci, particulièrement violent et insensé, était le trente-deuxième, depuis 2004 sur plus de trente-quatre ans de métier en la même commune.
De ce vécu, j'en ai fait un livre, paru aux Editions de l'œuvre le 3 octobre 2011: " Celle qui dit non"; il suscita, localement de la part des institutions et des élus, la controverse. 
 
Il était en fait plus facile pour eux tous de me faire passer pour une mythomane, pour une femme méritant ce vécu à la vue de mon caractère, pour une empêcheuse de tourner en rond, pour une mécréante, pour une raciste indésirable sur le sol l'ayant vu naître que de se pencher concrètement sur les violences subies et d'agir. 
 
Quel portrait, quelle haine véhiculée... la rumeur alla bon train!
Au fil des pages, pourtant, les lecteurs comprirent d'eux-mêmes que je ne correspondais en rien au dit portrait, excepté pour le caractère bien trempé, je vous l'accorde. 
 
Le livre ne fut attaqué sous aucun angle, par quiconque. Comment auraient-ils fait d'ailleurs, puisque je n'y disais que Ma Vérité certes, mais La Vérité de mon vécu au quotidien, au nom de toutes les victimes silencieuses.
 
Le 22 Novembre, le tribunal leur a donné définitivement tort en condamnant Mohamed H., à six mois fermes. La révocation des sursis l'enverra pour deux ans en prison.
 
J'ai toutefois un immense regret : cet individu est multirécidiviste, a enchaîné vingt-trois condamnations, a été diagnostiqué par le psychiatre "d'une dangerosité avec une capacité de passage à l'acte", jugé par le ministère public comme " inquiétant pour la société et ses proches" et ressenti par sa propre mère comme "capable de tuer un jour quelqu'un".
 
Le Tribunal de Bobigny a condamné M.H., à six mois ferme. La révocation de ses sursis l'enverra pour deux ans en prison. Une provision de mille euros a été exigée, mais nous savons tous qu'avec les remises de peine, l'individu sera dehors au maximum dans dix-huit mois…
 
Le vingt-cinq Août en effet, j'ai bien cru que j'allais y passer. Une terreur qui ne me quitte plus, qui supplante toutes les autres. 
Ce jour-là, vers 17h45, barricadée dans ma boutique bunker, je ne me méfie de ce client avec casquette et lunettes de soleil qui sonne à l'entrée de l'échoppe. Je ne reconnais pas l'individu qui m'a menacée d'un cutter la semaine précédente... Je suis au téléphone avec ma mère comme bien souvent le samedi après-midi.
 
L'individu se précipite sur moi, me collant la lame d'un couteau à dépecer sur la gorge et exigeant "des billets"; "je vais t'égorger" m'hurle-t-il dans les tympans.
 
Sentant la lame pénétrer dans mes chairs, je parviens à glisser mes doigts entre la dite lame et mon cou; Leur découpe me laissa le temps d'actionner l'alarme tout en protégeant un point vital. Insensible à la douleur, je ne songeais qu'à survivre et à ma mère qui percevait mes hurlements et ma lutte puisque le combiné n'était pas raccroché. Une victime indirecte, qui a quatre-vingt-six ans me dit toujours "j'ai assisté à ton meurtre! ».
 
Dans la bagarre, je vais donc blesser le malfaiteur et c'est à partir de cette goutte de sang que les enquêteurs décrypteront l'ADN et remonteront à l'auteur.
 
Cet homme n'était pas à son premier coup d'essai sur la commune puisqu' en juillet, il avait tenté de prendre en otage une cliente toujours avec son couteau chez la fleuriste, ma voisine, là encore pour la caisse. Un acte et une plainte qui seront d'ailleurs classés sans suite par le parquet, quelques jours avant le procès. Il faut savoir que localement, les faits ne sont que très rarement recoupés entre eux, même si le mode opératoire est le même
 
En effet, il est plus facile, plus simple, plus expéditif de ne jamais relier les différentes agressions entre elles car il en va de l'achat de la paix sociale. Une manière efficace d'obtenir un nombre incalculable de « classement sans suite » et de protéger de cette manière les multirécidivistes. Les élus agissent ainsi dans un but électoral, afin de ne pas offusquer les diverses communautés ; Ces dernières étant largement privilégiées, écoutées, aidées au détriment des victimes qui en s'exprimant ou en tentant de le faire se voient répondre, qu'elles nuisent à l'image de la ville, faisant ainsi fuir les futurs investisseurs pour le « grand Paris ».
Les institutions policières et judiciaires semblent vouloir progresser, tout du moins sur cette dernière agression, puisque nous avons obtenu une première arrestation, suivie d'une première condamnation !
 
Dès l'attaque au cutter, j'avais envoyé au premier magistrat de ma ville, une photo de l'individu prise de dos, mais visiblement, là encore, seul le silence me répondit, me permettant ainsi de vivre, mon pire cauchemar, celui de la brebis que l'on égorge.
 
Après cet ultime braquage, une association se constitua "Vivre et travailler en Paix au Bourget" ; le maire accepta de recevoir deux de ses membres, à contre cœur, afin d'éviter une plus ample manifestation devant sa mairie. Une nouvelle rencontre eut lieu, un mois plus tard; des promesses furent faites notamment celle d'une présence plus marquée de la police municipale accompagnée d'une invitation à signaler tout incident quel qu’en soit son importance, des contacts furent établis, un courrier fut adressé à Monsieur Le Préfet du 93 dans le but d'obtenir une date sur une éventuelle réunion de travail; le 18 Décembre 2012, le directeur de cabinet du sénateur-maire Vincent Cappo-Canellas proposa la date du 23 janvier 2013 à dix-sept heures en préfecture au président de l'association. Tenant seule ma boutique, il est évident que chacun des protagonistes savait qu'à cette heure je dois impérativement être ouverte puisque je suis la seule libraire encore en activité dans la commune. Je tentai de demander un autre jour avec des horaires adaptés à la situation, via le président de l'association, sans succès. Celui-ci, considérant que je gâchais son travail en nuisant à mes propres intérêts et en ne me soumettant pas à l'heure et au jour proposé, démissionna. Rien n'empêchait de faire cette réunion sans moi car elle était importante. Pourquoi démissionner maintenant ? Pourquoi avoir rompu toute communication ? 
Faute de réponses, j'ai une certitude, la monnaie d'échange à ce rendez-vous avec monsieur le préfet était de se calmer « un peu beaucoup » avec les attaques envers la mairie ; en gros, si je la fermais, comme toute bonne victime doit le faire, il était possible de m'apporter une hypothétique aide sinon...
 
A ce jour et au nom du politiquement correct, j'ai bien peur que les institutions et les élus locaux cherchent tout simplement à gagner du temps, puisqu' à nouveau règne ce silence pesant, signant l'arrêt de mort des victimes!
Briser ce mur du silence au nom de toutes les victimes est mon combat depuis neuf ans ; il est quotidien, solitaire mais aussi parfois solidaire, il est celui qui me fait exister, rire, pleurer, souffrir, au-delà des crimes vécus. L'oubli est impossible, l'angoisse me tenaille et visiblement personne ne peut comprendre mes blessures morales sauf une autre victime.
Cet abandon dans lequel nous évoluons toutes, j'ai juste le désir profond de lui briser ses chaînes pour qu'enfin la victime devienne plus importante que les agresseurs aux yeux de la société.
Le silence est dévastateur, parler c'est agir et retrouver la confiance dans les autres.
 
 
 
Mots-clés : braquage

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Le Vériteur

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SARDIN Marie-neige

Je suis libraire dans la commune du Bourget (93), depuis 1978. Auteur de l’ouvrage "Celle qui dit" non publié aux Editions de L’Œuvre dans lequel je raconte en détail tout ce que j’ai vécu.
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