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"Donne moi ta vie rangée, je t'offre l'aventure"

Thème : Jeunesse
Publiée le 08/05/2012 |
8398 | 7
Révélée par OHM Lucien |
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Photo de la Vérité
Une caméra qui parle...

Cela pourrait être une jolie accroche publicitaire, comme je l’ai toujours fait dans mon travail depuis deux ans. Ou le titre bidon d'un premier roman, écrit sur mon « Macbook » en bord de plage ; celle d'un Golfe du Morbihan désert en plein automne, dans le seul but d'accentuer une quelconque crédibilité littéraire ; le tout entre une page Twitter et une cigarette roulée entre deux doigts bien propres.

Mais non, ce n'est simplement qu'une altercation mentale, entre deux vies, deux idéaux, deux mondes. Proches, et si lointains. Tout quitter pour élever des moutons dans le Larzac. On n’est pas loin. Tout proches, même. Voila ce que j'ai fait. Quitter Paris, la ville tant rêvée, un travail de publicitaire, tant attendu, une copine et des amis, tant aimés, une famille parfaite, pour rejoindre Londres et sa jungle au coût cinglant. Oui, Londres vous coûte instantanément en énergie, en argent, en motivation. Cette ville vous dépouille au moment ou vous descendez du train.

Elle commence simplement par prendre tous vos rêves un par un, pour les ranger dans de grands et longs tiroirs, qu'elle ferme délicatement à clé. Rassurez vous, elle vous laisse la clé, avec ce délicieux sourire narquois et vous laisse le choix de les rouvrir quand bon vous semble. Là commence l'aliénation rationnelle, consistant à vous demander s’il faut vivre de ses rêves, au risque de très vite tout perdre, ou survivre le temps de trouver le bon moment pour les retrouver, espérant qu'ils soient intacts. Cette jungle, je l'ai regardé dans les yeux, tentant de ne pas broncher. J'ai tenu deux semaines. Elle m'a laissé faire, se pinçant les lèvres pour ne pas rire et m'a observé sagement, de haut, sans rien dire. Elle a respecté ma bêtise, elle me devait bien ça. J'ai donc accepté le premier travail qui me laissait miroiter de l'argent à travers des grosses commissions, des horaires souples et une équipe jeune : commercial, ou « Business Developper » selon l'égo-titre qui m'était donné. Tous les signaux étaient au vert et chaque nouvelle journée m'indiquait que l'aventure serait belle et qu'elle m'apporterait cet échappatoire libertaire, que je poursuivais depuis quelques temps. Les clients étaient nombreux, les contrats se signaient et je commençais à rencontrer des (potentiels) amis, jeunes, internationaux, en quête d'une réussite proche et presque réelle.

Je n'étais pas attiré par l'argent, mais par ces horaires souples et ce travail facile qui semblaient laisser du temps pour mes projets personnels. Les espoirs étant faits pour être vécus - ceux qui prolongent l'envie qui parfois nous guide - je les ai accueillis avec naïveté, les laissant se mettre à leurs aises dans ce nouvel environnement inconnu. N’est-il pas plus simple de cohabiter avec l'espoir, finalement ? Peut-être. Sûrement même. Mais tel Adam, je me suis laissé avoir par cette pomme, belle et juteuse.

Et pourtant, je suis plutôt fraises et bananes habituellement. Mais qu'importe, la faim l'a emporté sur la raison. Soyons sincère, tout affamé aurait résonné de la sorte. Une fois croqué le fruit défendu, le déluge m'a donc laissé deux semaines de temps calme, alors que la météo, dehors, ressemblait plutôt à une tempête bien hivernale. Puis le ciel mental s'est assombri, alors que par la fenêtre, le soleil faisait son apparition. Comme si les deux étaient finalement incompatibles. Ou complémentaires. Donc incompatibles. Je tairais volontairement les détails de l'orage, le pourquoi du comment du déroulement, les antipathiques managers et leurs sombres méthodes de persécutions mentales pour soutirer de leurs employés quelques pounds supplémentaires.

Cela étant, un détail désire prendre la parole afin de se faire connaître de l'assemblée. Détail #26, c'est à vous ! "Je ne suis pas grand-chose qu’un détail, comme mon nom le désigne, mais je peux avoir mon importance dans la détérioration de l'aventure. Voila, je me suis toujours fait très discret depuis mon installation par les managers de l'entreprise, mais l'un deux a révélé mon existence à Lucien. Je suis le réseau de mini-caméras, cachées aux quatre coins de l'entreprise. Je suis partout, je vois tout. Je zoom, j'enregistre, j'écoute aussi, mais jamais je ne ferme l'œil. Mes chefs m'utilisent pour contrôler la « décervelation » de leurs sous-fifres et utiliser mes images comme argument de pression anodine. Anodine ? Je vois tout, je vous l'ai dit. Cela comprend la disparition progressive des sourires sur les faciès de ces employés. Forcément, quand Lucien s'est senti de plus en plus mal à l'aise, de plus en plus oppressé, angoissé, piégé, il s'est mis à chercher du travail ailleurs. Travaillant six jours par semaine, il s'est permis, seul dans l' « openspace » et pendant la pause déjeuner, de regarder les annonces qui se présentaient pour la fin du mois. Mais moi je n'ai jamais de pause déjeuner, alors forcément, j'ai tout enregistré pour mes supérieurs. Ils se sont même amusés à m'ajuster pour que mon image soit plus nette. Voyez-vous l'histoire. Je vous laisse imaginer la suite: les réflexions, l'ambiance quotidienne, la spirale vicieuse, la relation humaine. Je ne suis qu'une caméra, je ne sais prendre partie. Si je pouvais, je vous donnerais mon avis sur mon utilisation, la déontologie et toutes ces choses. Mais je ne le peux." Je n'aurais su mieux raconter cette anecdote que ce détail, téméraire et courageux. Je l'en remercie.

La descente était plus que jamais engagée. L'angoisse vous accompagne dans vos faits et gestes et vous ne savez plus à qui faire confiance. Si encore elle existe. La paye étant fondée à 83% sur les commissions, ils pouvaient bien évidemment modifier à leur guise le petit tableur qui servait à annoter les résultats de chacun, et donc ne rien me verser en fin de mois. Ah si, les 17% de fixe durement négociés.

Si vous aimez les mathématiques, voici le simpliste calcul de l'angoisse : les 100% de mon potentiel salaire (fixe + commissions) ne pouvait représenter finalement que de quoi survivre. Survivre ce n'est pas ne pas avoir assez pour sortir et voyager. Non, survivre dans ce cas, ce n'était pas grand chose d'autre que du riz, des pâtes et quelques bières de premier prix, après avoir payé le loyer. Maintenant, retranchez à cette base 100 les 83% qui pouvaient facilement me passer sous le nez si les managers voulaient jouer avec moi. Voila, deux longues semaines et demi à tenir, à travailler, sans savoir si l'on brasse du vent ou si l'on verra finalement cette maigre récompense, avant de courir loin. Là ont commencé les plus longues minutes de mon existence. Le taux de conversion devait avoisiner les 1 minute = 8 heures. Même les minutes debout pendant 40h dans un train indien entre Calcutta et New Delhi, coincé entre 30 autochtones, poulets et chèvres, n'étaient que du petit lait à côté. Tout était pire, même sans le côté olfactif du train indien bondé. Chaque regard, chaque mouvement, chaque porte claquée au bureau augmentait ce stress dont je ne savais même plus l'origine. Les insomnies faisaient leur grande apparition et les kilos s'égaraient en chemin. Cette spirale s'est arrêtée le jour ou j'ai décidé de repartir d'en bas, d'oublier cette histoire, et de tout quitter. Une fois de plus.

J'ai finalement été rémunéré juste de quoi survivre et payer mon loyer, mais qu'importe. L'aventure est là. Je m'en suis sorti en empruntant quelques ronds aux copains du coin. Maintenant, je commence une nouvelle aventure, barman en terrasse dans le quartier « arty », parfait le temps de se ressaisir, de postuler tranquillement à un travail dans une agence londonienne. Et puis les gens viennent au bar pour y trouver une échappatoire, un moment de plaisir, alors on sera au moins deux. Voila.

Toutes les vérités sont bonnes à dire, mais celle la, celle de deux sombres managers qui arnaquent leurs propres employés tout en rajoutant une belle dose de persécution mentale est bien dure à raconter. Les rêves sont encore rangés, mais je sais qu'ils sont intacts. Se refaire, oublier le stress et profiter du soleil. A Londres, le bonheur est partout, sauf chez les ordures sans scrupules.

Ma vérité mes amis : n'oubliez jamais de regarder où vous mettez les pieds ; ne soyez pas trop gourmands sur les envies, le bonheur n'est jamais loin.

Ma vérité, mes amis, c'est qu'à Londres tout est possible. Dans les deux sens du terme. Quant à moi, la vie ne peut être que plus belle maintenant !

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