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Le desman des Pyrénées : un petit animal peu connu et menacé

Publiée le 18/03/2015 |
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Révélée par Life Desman |
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Ce petit animal peu connu n’est présent que dans les Pyrénées et de plus en plus menacé par les installations humaines, comme les barrages.
Le desman des Pyrénées, ou « rat-trompette », est aujourd’hui menacé. Life+, un programme européen qui cofinance des projets en faveur de l’environnement, a donc mis en place une aide, chiffrée à 2,5 millions d’euros, pour préserver l’espèce. Mélanie Némoz est coordinatrice du projet : elle explique pourquoi le desman est menacé et comment le protéger.
 
Qui est le desman des Pyrénées ?
 
Le desman est un petit mammifère qui a la particularité de vivre dans les cours d’eau, il est donc semi-aquatique. Toute sa vie est organisée autour du cours d’eau : il se nourrit des larves qu’il trouve au fond – il est insectivore – et vit dans des gites creusés dans les berges.
 
Il a la taille d’un poing et, visuellement, on le compare souvent à une taupe parce qu’il a le même aspect rondouillard. Mais la caractéristique qui le distingue de toutes les autres espèces est une véritable trompe, comparable à celle des éléphants, résultat d’une soudure entre ses narines et sa lèvre supérieure. Elle est préhensible, elle lui permet donc d’attraper des insectes, et munie de nombreux organes tactiles. Le toucher est le sens le plus développé chez le desman – ses yeux sont petits, ses oreilles quasiment invisibles. Il est son principal moyen de se repérer dans son environnement, des courants assez forts, souvent de nuit. Pour ne pas être emporté par les courants, il utilise des pattes arrière palmées qui jouent le rôle de puissantes rames. Sa queue élargit lui sert, elle, de gouvernail.
 
On ne le trouve que dans les cours d’eau des Pyrénées et dans le nord-ouest de la péninsule ibérique. Il n’est donc présent que dans quatre pays : la France, l’Espagne, le Portugal et Andorre. En général, son domaine vital n’est que très limité : on estime que les individus ne se déplacent que sur 500 mètres de cours d’eau, ce qui les rend très vulnérables aux changements environnementaux. Cependant, notre vision reste très ponctuelle car nos suivis n’ont pour l’instant été faits que sur des périodes assez courtes.
 
Le desman est très peu connu, y compris de la population locale. C’est un animal discret : plutôt petit, il sort essentiellement de nuit et dans le courant des rivières. Il vit dans un milieu de montagne où la densité de population est très faible. De plus, il n’interagit pas avec l’humain, ni positivement, ni négativement (il n’est pas considéré comme un nuisible).

Pourquoi le desman est-il menacé ?
 
Nous n’avons pas de chiffres concernant le nombre d’individus mais sur la diminution de la surface de l’aire de répartition de l’espèce. Du côté de l’Espagne, des résultats ont donné un estimatif assez grossier d’environ 60% de diminution de l’aire de répartition du desman mais nous préférons rester prudents avec ces résultats. Nos propres travaux nous amènent à des chiffres à peu près similaires en France. Donc, en vingt ans, le desman aurait perdu 60% de son aire de répartition. Les causes sont multiples et, comme souvent, ce sont une multitude de facteurs qui entraînent la régression d’une espèce.
 
Le desman est très spécialiste au niveau de son habitat : il a besoin de cours d’eau de bonne qualité, avec des débits importants et des proies dans une certaine quantité et qualité. Sa faible capacité de déplacement, comparée à celle d’autres espèces aux besoins similaires comme la loutre ou le cingle plongeur, fait que sa réactivité est très limitée face à une menace sur le cours d’eau. De plus, sa reproduction est assez faible. Un desman vit trois ans et ne se reproduit qu’à partir de la deuxième année. Les autopsies de cadavres ont montré que les femelles portaient en moyennes quatre petits et qu’il y avait trois pics par an de mises bas, en février, en mai et en juin. Une femelle aura donc entre quatre et douze petits par an sur deux ans.
 
L’espèce est confrontée à de nombreuses perturbations. La production d’hydro-électricité dans les Pyrénées entraîne notamment une artificialisation des débits des cours d’eau. Typiquement, la construction d’un barrage crée d’abord une retenue en amont, qui devient une zone de non-habitation pour l’espèce. Ensuite, dans l’aval immédiat, on a un tronçon court-circuité où le débit est minimum : il a été calculé pour correspondre à la survie des poissons, mais pas à celle des desmans. L’eau est déviée dans une conduite forcée et restituée à une usine où elle est lâchée en fonction des besoins en électricité de la population, donc le niveau de débit change tout le temps. Enfin, pour des aspects techniques, les barrages doivent régulièrement être vidés. Toutes ces variations peuvent avoir un impact important sur la population des desmans et sur leurs proies.
 
D’autres activités humaines, comme l’agriculture et l’industrie, génèrent une pollution des cours d’eau, ce qui a un impact sur les proies des desmans. Une partie des sports aquatiques, notamment la randonnée, pose aussi problème : le piétinement de certaines zones dans l’eau empêche l’installation des proies. Certains travaux de gestion des cours d’eau conduisent parfois à bétonner les berges, ce qui empêche le desman d’y installer son gite.
 
L’arrivée de nouveaux prédateurs (introduits par l’homme) impacte la survie du desman, c’est le cas du vison d’Amérique. Enfin, on se pose des questions sur le changement climatique : en vingt ans, on a constaté une remontée de l’aire de répartition de l’espèce sur des zones plus en altitude, où la température est plus basse et la pluviométrie plus élevée.
 
Comment enrayer cette régression de l’espèce ?
 
Notre réflexion comprend plusieurs aspects. D’abord, on propose de préciser nos connaissances, en comprenant exactement pourquoi les lâchers d’eau des barrages ont un impact. Ensuite, on a un volet plus opérationnel : on propose notamment de mettre en place, en aval des barrages, des zones refuges qui pourraient permettre aux desmans de venir se réfugier. Nous nous inspirerons des premiers résultats de la Fédération Aude Claire qui a mis en place des refuges effectifs dès cette année dans son secteur.
 
En parallèle, nous aimerions proposer des outils à destination à la fois des administrations et des entreprises, des guides qui comprennent un outil cartographique d’alerte et un cahier des charges pour que les acteurs prennent davantage en compte cette espèce dans l’aménagement des Pyrénées. Nous avons déjà un partenariat assez fort avec EDF, au niveau financier et technique : il mettent à notre disposition des sites d’études pour travailler sur le terrain et jouent le jeu quand on pointe un problème dans leur activité.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Life Desman

Le projet LIFE+ propose d'améliorer de façon pérenne et démonstrative le statut de conservation du Desman des Pyrénées sur 11 sites Natura 2000, et à plus long terme à l'échelle des Pyrénées via la transposition des méthodes et outils élaborés.
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