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Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien

Thème : Economie, Finance
Publiée le 21/10/2013 |
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Révélée par NAULOT Jean-michel |
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Depuis le début de la crise, les gouvernements peinent à réformer la finance internationale. J’ai décidé de lancer l’alerte.
Nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle crise.

Le livre Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien est un cri d’alarme sur les crises financières, les dysfonctionnements de la finance et l’immobilisme des gouvernements occidentaux.
Ils avaient pris de bonnes résolutions lors des G20 en 2008 et 2009 et avaient défini une feuille de route avec des réformes essentielles pour remettre la finance au service de l’économie réelle. Mais, petit à petit, ils ont renoncé.
 
Aujourd’hui, c’est aux citoyens que je m’adresse. Parce qu’ils n’en peuvent plus de tous ces discours sur l’austérité, la réduction des dépenses publiques, la hausse des impôts – comme s’ils avaient dilapidé les fonds publics au cours des dernières années. On les culpabilise.
 
Le culte de l’argent : un monde du plus fort
 
La raison de cette situation est simple : la soumission des gouvernements aux lobbies financiers. En écoutant ces derniers, les gouvernements font passer les intérêts privés avant le risque systémique, c’est-à-dire le risque global de la faillite de la finance et de l’économie internationale.
 
Ceux qui ont fait tomber les barrières des échanges mondiaux se donnent bonne conscience en prétextant avoir permis l’évolution des pays du sud. Mais en réalité, il n’y avait aucune raison à ce que ces pays ne se développent pas comme les états occidentaux. Aujourd’hui, les dérèglements de la finance pèsent autant sur les uns que sur les autres. Mais les libéraux comme les progressistes ne doivent en aucun cas se résigner à la dictature des marchés car elle n’est pas une fatalité.
 
Le coût des crises financières
 
Le coût des crises financières ne réside pas seulement dans le montant des aides publiques consenties aux banques pendant la crise. Leur vrai coût, c’est une plongée dans la récession, des années de croissance atone, la montée du chômage et, surtout, un bon en avant de la dette publique.
 
Celle de la France est ainsi passée de 64 à 92% du PIB depuis le début de la crise. Nous n’avons plus de marge de manœuvre : il est impératif d’éviter une nouvelle crise financière.
 
Les deux origines des crises financières
 
En amont, les crises financières sont dues à une formidable création de liquidités. C’est la fameuse « planche à billets » : la création monétaire des banques centrales. Aux Etats-Unis, cette création monétaire a été multipliée par sept au cours de 15 dernières années. Ces liquidités sont très largement investies dans la spéculation et les actifs financiers car la progression de l’économie réelle est modérée et sans rapport avec cette création de monnaie.
 
En aval, on a assisté à une suppression des règles qui encadrent la spéculation, leur reconstruction beaucoup trop lente, une innovation déraisonnable et une intervention directe. Les dettes publiques n’ont jamais été aussi importantes, les taux d’intérêts jamais aussi bas. Nous sommes en présence d’une bulle spéculative.
 
Le bilan des réformes réalisées
 
Quelques mesures déterminées et précises peuvent réduire rapidement la spéculation. La finance internationale est une énorme centrale nucléaire : elle brasse des capitaux importants et utilise parfois des produits dangereux tout en étant connectée à l’ensemble l’économie internationale. Ces cinq dernières années, les Etats-Unis ont réalisé un quart des mesures prévues par la feuille de route du G20. L’Europe, un tiers.
 
Le renforcement de la solidité financière des banques grâce aux capitaux propres a été un point positif mais de nombreuses mesures n’ont pas été prises.
- Les activités spéculatives ont été non pas interdites, mais légitimées en France en 2013.
- Le système de distribution du crédit n’a pas été réformé : sur le plan mondial, il est pourtant extrêmement inéquitable, ce que j’appelle la « boîte noire ».
- Les encours du marché des dérivés sont les mêmes que ceux qui existaient avant la crise. Les dérivés de crédit ne sont encadrés qu’à hauteur de 10 à 15%.
- Les gouvernements ont renoncé à encadrer les capacités de spéculation des hedgefunds (fonds spéculatifs).
- Rien n’est fait pour réglementer la finance de l’ombre ou shadow banking. Elle représente pourtant un quart, voire la moitié de la finance mondiale.
- On parle souvent de fraude fiscale lorsqu’on évoque les paradis fiscaux mais la majorité de leurs activités sont parfaitement légales ! Il ne dépend que du pouvoir politique de les interdire.
- Les transactions réalisées par le trading à haute fréquence, c’est-à-dire par des robots et des algorithmes, représentent la moitié des transactions totales des marchés d’actions. Pourtant, rien n’a été fait dans ce domaine.
- Seule la moitié des transactions des marchés d’actions sont encadrées.
- Les marchés de matières premières, qui subissent chaque année des crises spéculatives, ne sont réglementés ni aux Etats-Unis ni en Europe. Les seules mesures qui ont été prises aux Etats-Unis en 2012 ont été suspendues dès le lendemain par le tribunal de New-York.
 
Dans tous des domaines donc, les efforts de réforme sont extrêmement lents et insuffisants.
 
La priorité : traiter la dette publique
 
Il nous est désormais impossible d’affronter une nouvelle crise financière : nous devons traiter la bulle spéculative. Nous avons utilisé les politiques budgétaire et monétaire au-delà du raisonnable. Aujourd’hui, la menace pèse d’un défaut sur la dette publique sur les pays occidentaux, ce qui impliquerait, une nouvelle fois, que les citoyens soient mis à contribution. Il suffirait de deux ans pour prendre des mesures précises et changer cet état de fait.
 
Les deux grandes crises latentes : le déficit américain et la zone euro
 
Les Etats-Unis vivent à crédit depuis quarante ans, financés par le reste du monde et y exportant leur crise. Cette situation s’explique par des déséquilibres de leur économie réelle, un endettement public et privé considérable, une absence d’épargne et de monstrueux déficits commerciaux. La raison de cette situation est bien connue : les Américains ont un taux de prélèvement obligatoire de 25%, contre 40% en moyenne en Europe (46% en France).
 
Ils doivent augmenter leurs impôts. Mais la situation reste bloquée pour des raisons politiques : une cohabitation qui dure depuis trois ans et le blocage de toute réforme par une minorité favorisée qui profite de la hausse des marchés financiers. Aujourd’hui, la situation des Etats-Unis pose un véritable problème pour la démocratie et l’équilibre du monde.
 
Il faut également traiter la crise européenne. On parle d’une crise des dettes publiques mais l’Europe est nettement moins endettée que les Etats-Unis. En réalité, il s’agit d’une crise de la monnaie unique. Il était absurde d’adopter une politique unique de taux d’intérêts pour 17 états souverains alors qu’ils ont des évolutions structurelles différentes. De même, nous avons adopté un système de parité fixe alors que, partout dans le monde et depuis trente ans, on ne connaît que les parités variables. Enfin, lorsque partout règne la guerre à la dévaluation des monnaies, on a choisi de surévaluer l’euro.
 
Avec une monnaie unique, il faudrait un fédéralisme non seulement politique mais aussi économique, social et fiscal. Mais je doute que nous puissions évoluer vers ce type de système. C’est pourquoi j’explique dans mon livre comment, s’il le faut, mettre fin sans drame à l’expérience de la monnaie unique. Il est important de s’attaquer aux causes de la crise européenne et non à ses effets : l’austérité n’est pas la solution.
 
Appel aux citoyens
 
Le biologiste américain Jared Diamond décrivait comment des civilisations favorisées par la nature ont disparu à cause de leurs propres agissements. Un danger équivalent nous guette aujourd’hui. Nous savons quelles solutions peuvent nous permettre de sortir rapidement de cette hyper-spéculation mais les gouvernements, qui voient les marchés se rétablir, ralentissent voire stoppent les efforts de réforme.
 
Aujourd’hui, c’est aux citoyens de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils réforment davantage l’économie et la finance internationales.

Le Vériteur

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NAULOT Jean-michel

Banquier pendant 37 ans, membre de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) de 2003 à 2013, auteur de « Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien ».
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