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Les animaux, héros oubliés de la Grande Guerre

Thème : Animal, Guerre, Histoire
Publiée le 05/12/2014 |
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Révélée par DEREX Jean-michel |
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Pigeons voyageurs, ânes et même chiens de traîneaux d’Alaska… Autant d’animaux qui ont pris place dans nos tranchées, il y a tout juste un siècle.
Dans le livre « Héros oubliés – Les animaux dans la Grande Guerre », Jean-Michel Derex rappelle un autre devoir de mémoire.
 
Le genre animal, embrigadé dans la boucherie de la Première Guerre mondiale, est le cruel miroir de la guerre des poilus, tant bêtes et humains sont unis dans les tranchées. L’utilisation de l’animal ne sera pas le même au début et à la fin de la guerre : en 1914, l’armée sent encore le crottin. En 1918, elle sent déjà le pétrole : les camions sont présents, les tanks aussi. D’autre part, une guerre de mouvement se déploie au début et à la fin de la guerre. Entre deux, pendant trois ans, une guerre de tranchées enterre hommes et animaux : une nouvelle organisation de l’espace, une véritable géographie animale se dessine alors.
 
Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette présence animale durant cette guerre ? Un souvenir marquant ou un oubli ? A l’évidence, les Anglo-Saxons accomplissent un devoir de mémoire que les Français ne font pas.
 
Des animaux qui vivent au rythme de la guerre
 
En août 1914, un million de chevaux et mulets sont requis. Ce sont des chevaux de selle qui vont servir dans la cavalerie ou des bêtes de trait pour tirer les canons. Le début de la guerre, d’août à novembre 1914, est la période la plus meurtrière. Les hommes et les chevaux ne cessent de se déplacer. Le rythme est harassant, les divisions de cavalerie parcourent 40 kilomètres tous les jours. Les chevaux ne résistent pas. A la fatigue des déplacements s’ajoute le manque de nourriture. Il y a aussi la chaleur caniculaire du mois d’août. L’abreuvement insuffisant des bêtes contribue à la ruine du cheptel. Les chevaux qui ne peuvent plus avancer et ceux qui sont blessés sont abattus. En quatre mois, 100 000 chevaux meurent, 12% de l’effectif chevalin mobilisé.
 
Puis, pendant trois ans, les soldats s’installent dans la guerre de tranchées. Les bêtes également. Durant cette période, il faudra de plus en plus de chevaux pour acheminer les vivres et le matériel mais aussi pour les besoins de l’artillerie. Les pigeons sont aussi de plus en plus nombreux. Qui aurait pu penser qu’ils allaient trouver une pertinence alors que le téléphone existe depuis 30 ans ? Mais les lignes téléphoniques qui courent dans les boyaux sont souvent rompues. Seuls les pigeons voyageurs peuvent dans ces conditions faire parvenir les messages. Les chiens s’imposent aussi progressivement. On fait venir 400 chiens de traineau d’Alaska pour servir l’hiver suivant dans les Vosges. Mais ce n’est qu’un an après le début de la guerre que le ministre de la Guerre approuve l’emploi des chiens dans l’armée.
 
Toutes ces bêtes sont mal nourries. Pour les chevaux, l’avoine manque, le foin aussi. On rationne ce qui entraîne une sous-alimentation des chevaux pourtant astreints à de gros efforts. Les conditions d’hébergement sont mauvaises également. Les équidés dorment à la belle étoile. Le froid et l’humidité contribuent à fragiliser les bêtes. Ces animaux, mal logés et mal nourris, sont aussi mal équipés dans des terrains argileux, humides et glissants. Les bêtes sont aussi mal protégées des gaz.
 
La géographie animalière du front
 
Dans la zone avancée, zone de mort où l’homme ne peut se mouvoir qu’en rampant, les soldats sont souvent seuls avec leur chien sentinelle. Ici, en première ligne, c’est aussi le domaine des rats et des mouches, les principaux ennemis du Poilu avec « le Boche ». Les rats prolifèrent dans les tranchées et se nourrissent de la chair des soldats morts dans le no man’s land. Un peu plus en arrière, dans une tranchée de seconde ligne, les chiens de ravitaillement apportent le pain et les gamelles aux soldats en faction. Munis de bâts spéciaux, ou attelés à de petites voitures, ils portent les vivres et les munitions dans les zones les plus dangereuses.
 
Plus en arrière, une tranchée de réserve sert de chemin de ravitaillement. L’âne y fait son apparition en juillet 1916. L’état-major perçoit alors la pertinence de son utilisation, sa petite taille et sa résistance lui permettant de circuler facilement dans les tranchées. Il y a aussi des espèces indésirables. Les poux – les totos comme les appellent les poilus – prolifèrent et les soldats se grattent jusqu’au sang. L’épouillage du soldat et de ses vêtements devient un rituel auquel il faut se plier. Un peu plus loin encore, de six à douze kilomètres du front, on cantonne les chevaux de trait de l’artillerie pour tirer les canons. C’est là aussi que l’on trouve les pigeons pour transmettre les messages entre la ligne de feu et l’artillerie.
 
De huit à 15 kilomètres de la ligne se trouvent les zones de cantonnement où les soldats, après quelques jours passés dans l’enfer des premières lignes, viennent prendre un peu de repos. Les combattants en prise directe avec la violence de la guerre cherchent ici une présence réconfortante. Les chiens de compagnie prennent dans la vie des officiers une grande place tandis que les « sans-grade » adoptent un chat, une fouine, un sanglier, des corbeaux, des geais ou encore des hérissons. Dans ces zones de cantonnement, on trouve aussi les mascottes exotiques des régiments anglo-saxons : lion, antilope, oursons, kangourous, une arche de Noé dans les tranchées.
 
Le devoir de mémoire différent selon les pays
 
1,8 million de chevaux et mulets mobilisés dont un quart importés des Etats-Unis et d’Argentine, 10 000 chiens, 24 000 pigeons voyageurs. A ces chiffres étourdissants, il faut ajouter les ânes. A l’évidence, les animaux sont des acteurs importants de cette guerre. Que reste-t-il ne leur présence ? Un souvenir marquant ou un oubli ? Quelles traces, quel héritage les animaux de la Grande Guerre ont-ils laissé dans la mémoire des hommes ?
 
Contrairement aux Britanniques ou aux Allemands, les Français décorent peu les animaux. Faut-il voir dans cette grande réserve une réticence à reconnaître l’animal à l’égal de l’humain ? Ils n’érigent pas non plus de monuments à la mémoire des animaux. Le seul monument érigé à la mémoire des chevaux de guerre se trouve à Chipilly dans la Somme. Il a été financé par des Anglais. Ces bêtes « n’avaient pas le choix ». Puissent ces années mémorielles faire sortir de l’amnésie ces êtres de chair et de souffrance.

Le Vériteur

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DEREX Jean-michel

Historien et auteur de "Héros oubliés - Les animaux dans la Grande Guerre"
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