Toutes les Vérités > Etude sur la cigarette électronique : une méthodologie aberrante

Etude sur la cigarette électronique : une méthodologie aberrante

Publiée le 23/01/2015 |
8617 | 2
Révélée par LE HOUEZEC Jacques |
4

Restez informé !

Recevez quotidiennement
les nouvelles actualités
par e-mail.

Photo de la Vérité
Conditions d’expérimentation invraisemblable, méthodologie défaillante, calcul des risques aberrant…
Les conclusions de la dernière étude sur la cigarette électronique sont irrecevables.
 
Dans une lettre publiée dans le New England Journal of Medecine, des chercheurs de l’Université d’Etat de Portland (Etats-Unis) alertent sur la formation de formaldéhyde, une substance cancérigène, lors d’une utilisation extrême de la cigarette électronique. Pour Jacques Le Houzezc, spécialiste du tabac et des dépendances, les résultats de cette étude sont irrecevables.
 
Ce qu’il faut savoir
 
Plusieurs études publiées auparavant sur la cigarette électronique ont montré des traces de formaldéhyde. Cette substance est très présente dans notre vie de tous les jours : on en retrouve dans les moquettes, elle s’échappe des meubles en kit… Elle n’est pas fortement cancérigène et nécessite une forte exposition sur une longue durée pour être nocive.
 
De même, certaines études se sont intéressées au rythme des bouffées inhalées par les vapoteurs et à l’inclinaison de la cigarette électronique, des questions importantes parce que, lorsque la mèche n’est pas suffisamment imprégnée, la résistance n’est pas assez alimentée et elle brûle. Le vapoteur le sent immédiatement car le goût est particulièrement désagréable, c’est le phénomène de dry puff. Il change alors la résistance ou réalimente la cigarette électronique en liquide.
 
Des conditions d’expérimentation irréelles
 
Cette étude a utilisé un clearomiseur d’une génération dépassée : il est jetable et on ne peut pas changer sa résistance. Il n’est pas très performant et est conçu pour être utilisé sur une petite batterie d’un peu plus de 3 volts. Or, les auteurs de l’étude l’ont mis sur une batterie de voltage variable et ont testé plusieurs tensions. Au départ, ils n’ont pas précisé la valeur de la résistance, ce qui rendait impossible le calcul de la puissance en watts.
 
On a su par la suite que la résistance était de 2,1 ohms. Quand ils testaient une tension raisonnable, 3,3 volts, ce qui est l’utilisation normale de la cigarette électronique, ils obtenaient une puissance de 6 ou 7 watts et ne constataient aucune émission de formaldéhyde. En revanche, quand ils poussaient la batterie à 5 volts, et dont obtenaient une puissance trop importante, d’environ 12 watts, il n’y avait plus de liquide pour alimenter la résistance. Un phénomène de brûlage se produisait, provoquant l’émission de cette substance.
 
Mais, dans la pratique, cette situation n’aurait pas pu avoir lieu. Dans leur expérience, ils ont utilisé une machine à inhaler, mais une vraie personne aurait immédiatement arrêté de vapoter, la sensation de dry puff étant extrêmement désagréable. S’ils avaient fait faire leur expérience à des vapoteurs, ils leur auraient tout de suite dit qu’ils n’inhalaient dans cette situation. Les conditions de leur études sont complètement irréelles parce qu’ils ne connaissent pas du tout le sujet et le matériel.
 
Un calcul des risques de cancer aberrant
 
Ils ont ensuite fait des calculs complètement irréalistes pour estimer les risques de cancer. Ils sont partis de la concentration de formaldéhyde habituellement inhalée dans les cigarettes de tabac, environ 3mg, et l’ont comparée avec celle trouvée lors de leur expérience, 14mg. Comme le formaldéhyde est une substance cancérigène, ils en ont conclu que la cigarette électronique était cinq à quinze fois plus cancérigène que la cigarette traditionnelle.
 
Mais il est aberrant de calculer le risque de cancer en isolant une seule substance. Le risque lié à la consommation tabagique est dû à plusieurs dizaines de cancérigènes qu’on n’a jamais trouvés dans la cigarette électronique. On ne calcule pas de cette manière ! Ce sont des chimistes qui se mêlent de calcul de risque de cancer, on voit bien que ce n’est pas leur domaine.
 
Doute sur la présence de formaldéhyde elle-même
 
Par ailleurs, des chimistes des laboratoires Xérès, fabricants de e-liquides, ont également critiqué leur méthodologie. D’après eux, au vu des conditions de l’étude, il n’est pas certain que ce soit bien le taux de formaldéhyde qui ait été mesuré. Pour vulgariser, ils ont utilisé une technique peu sensible qui recherche une substance qui est un donneur de formaldéhyde, pas le formaldéhyde en lui-même.
 
Ils leur reprochent également d’avoir publié leur étude dans une revue médicale, le New England Journal of Medecine, et non dans une revue de chimie – sûrement parce que, s’ils avaient été relus par des pairs, ce ne serait jamais passé. Ici, les relecteurs n’étaient pas non plus des spécialistes.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

Photo du Vériteur

LE HOUEZEC Jacques

Conseil en Santé publique, Dépendance tabagique, Rennes / Honorary Lecturer, UK Centre for Tobacco Control Studies, University of Nottingham, England / Directeur de www.treatobacco.net
X

Partagez ma Vérité sur :

Restez informé :