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L’entreprise libérée : une démarche humaine et productive

Publiée le 24/12/2013 |
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Révélée par GETZ Isaac |
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Pas de contrôle par les managers, toute la responsabilité aux salariés : l’entreprise libérée fait de plus en plus d’émules.
Isaac Getz, professeur conférencier et auteur de Liberté & Cie (Flammarion, 2013), explique comment créer l’entreprise vraiment humaine… et continuellement rentable.
 
L’entreprise libérée se définit par le fait que les employés y sont complètement libres. Mais, pour eux, c’est une liberté qui va de pair avec la responsabilité, celle d’entreprendre les actions qu’ils estiment les meilleures pour l’entreprise. Cette vision remet donc en question le fonctionnement de l’entreprise traditionnelle, dite de « bureaucratie hiérarchique ».
 
En général, l’entreprise traditionnelle est organisée autour de deux axes : la hiérarchie du pouvoir de décision et les procédures, donc la bureaucratie. Ces dernières sont mises en place par des managers pour, théoriquement, éviter de gérer des problèmes récurrents : pour les vacances du mois d’août, par exemple, ils définissent un ordre de priorité en fonction de l’ancienneté des salariés ou de leur nombre d’enfants… Plutôt que de les réunir et de les laisser décider seuls dans le respect des objectifs de l’entreprise.
 
Une remise en question de la hiérarchie
 
L’entreprise libérée induit donc une suppression des différents niveaux hiérarchiques : ce qui est le cœur de l’entreprise traditionnelle, hiérarchie et bureaucratie, est démantelé. On ne licencie pas les gens pour autant, mais les chefs, qui étaient des managers contrôleurs, deviennent des leaders et des coordinateurs. La différence est fondamentale : le manager contrôleur considère que son équipe est au service de ses objectifs. A l’inverse, un leader est au service d’une équipe où chacun a une vision commune des buts à atteindre par l’entreprise.
 
De plus, la hiérarchie de l’entreprise traditionnelle, avec la pression exercée par les managers sur les employés, est génératrice de mal-être car la relation dominant-dominé est à l’origine de frictions. De plus, elle conduit à une déresponsabilisation et à une infantilisation des employés : pour avoir la paix, ils décident de ne prendre aucune initiative et se comportent comme des enfants face à un père qui risque de les punir. Ils respectent exactement les instructions, sans prendre d’initiative.
 
Un contrôle extrêmement coûteux
 
On pourrait penser que ce contrôle et ces procédures permettent une meilleure productivité à l’entreprise mais il n’en est rien : ils sont extrêmement coûteux. D’abord, les employés passent énormément de temps à se conformer aux procédures, voire à essayer de les contourner lorsqu’elles sont trop complexes : on estime à 50% la part de leurs efforts au travail utilisés dans ce but. Il y a ensuite le coût des « lost opportunities » : le temps consacré aux contrôles fait passer les salariés à côté des opportunités de servir mieux le client et de le faire revenir, par exemple. Enfin, il y a tout ce que ce fonctionnement induit chez les salariés : le taux d’absentéisme voire, ce qui est encore pire, de présentéisme et les maladies induites par le stress (troubles musculo-squelettiques, problèmes de dos, insomnies, maladies cardiaques, etc.). Le contrôle et les procédures induisent donc une vraie perte de résultats pour les entreprises.
 
De plus, cette perte de productivité est aussi du fait des managers : pour eux, produire et faire respecter des procédures est une partie de leur travail. Or, ce sont des activités improductives, c’est-à-dire qu’elles ne produisent aucune valeur. Le contrôle coûte d’autant plus cher aux entreprises que les salaires des chefs sont élevés. A l’inverse, l’activité du leader dans l’entreprise libérée se caractérise par un soutien direct aux employés sur le terrain et donc par un soutien direct à la création de valeur. Le leader coordonne toujours, mais il ne contrôle plus – il sert.
 
Une créativité accrue dans les entreprises libérées
 
Lorsqu’on supprime tous ces freins, la créativité des employés explose. Les gens se mettent à proposer des choses : on s’assied, on organise et on priorise ensemble les activités. De nombreuses personnes se révèlent, elles réalisent leur potentiel. Ces diverses initiatives contribuent à la productivité, l’innovation, et à des revenus accrus. En effet, l’entreprise libérée n’est pas une démarche simplement humaine. En général, elle est construite par des patrons qui sont ambitieux pour le collectif dont ils ont la charge, persuadé que ce collectif est capable de bien meilleures performances que celles réalisées dans le passé.
 
Et les entreprises libérées prouvent que cette performance est au rendez-vous. D’abord, la croissance organique – c’est-à-dire la croissance à l’intérieur de l’entreprise – explose : on estime qu’elle progresse de 15% par an dans les entreprises libérées. C’est donc les mêmes personnes qui arrivent à produire et à vendre 15% de plus chaque année. On constate également une meilleure capacité de résilience de ces entreprises en temps de crise : elles ne perdent pas d’argent, ne mettent personne au chômage mais parviennent malgré tout à équilibrer les comptes. En effet, leurs employés captent mieux les signaux faibles et travaillent ensemble pour trouver les réponses : par exemple, dans une entreprise libérée, ils ont choisi de renoncer à des prestataires pour faire eux-mêmes ces tâches (de ménage, de cuisine, etc.).
 
Comment construire une entreprise libérée ?
 
Le seul qui puisse décider de faire de son entreprise une entreprise libérée, c’est son patron. Tout commence par lui, dans un acte fondateur qui est d’abandonner son égo. Tant que son égo est primordial pour lui, le rapport hiérarchique avec ses employés reste le même. Mais s’il se dit que son rôle n’est finalement pas de donner des réponses mais de poser des questions, ses collaborateurs seront responsabilisés et commenceront à prendre des initiatives.
 
Il existe déjà de nombreux exemples d’entreprises libérées. Le documentaire que j’aide à réaliser, Le bonheur au travail, explique comment les construire et les faire fonctionner en se basant sur les expériences de dix à quinze entreprises réparties dans cinq pays – la France, la Belgique, la Finlande, les Etats-Unis et l’Inde. Il sera diffusé par Arte et par la RTBF (Radio-Télévision Belge Francophone) au printemps 2014.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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GETZ Isaac

Professeur à l'ESCP Europe et conférencier international. Auteur de "Liberté & Cie" (Flammarion, 2013), élu meilleur ouvrage de l'année en stratégie. Travaille actuellement sur le documentaire "Le bonheur au travail", bientôt diffusé sur Arte et la RTBF.
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