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Expérimentation animale : vers des méthodes de recherche éthiques

Publiée le 24/04/2015 |
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Vivisections, doses létales de produits toxiques : aujourd’hui encore, des millions d’animaux souffrent dans les laboratoires.
Et si la science n’avait pas vraiment besoin d’eux ?
 
Médicaments, produits d’entretien, cosmétiques… De nombreuses substances toxiques du quotidien sont testées sur des animaux en laboratoire avant leur mise sur le marché. Pour beaucoup, cette étape reste obligatoire pour faire « avancer la science ». Pourtant, de nombreuses solutions alternatives existent.
 
Eric Moreau est animateur du collectif International Campaigns : il décrit le sort tragique des animaux de laboratoire en Europe et dénonce la mauvaise volonté des institutions européennes pour faire évoluer la recherche vers des méthodes plus éthiques.
 
Quels animaux sont utilisés par les laboratoires et combien sont-ils ?
 
Presqu’aucune espèce animale n’est épargnée par la recherche en laboratoire. Les rongeurs représentent 80% des animaux utilisés : ce sont des rats, des souris, des cochons d’Inde, des hamsters… On trouve également beaucoup d’animaux de ferme : bovins, ovins, caprins, chevaux. Et il y a des animaux auxquels on pense moins comme les primates, les chiens beagle, les chats, les grenouilles, les furets, etc.
 
Le chiffre officiel est de l’ordre de 2,5 millions d’animaux utilisés dans les laboratoires français par an. En réalité, ce chiffre est très minoré du fait, d’abord, de méthodes de calcul peu rigoureuses – on le verra quand on abordera le point de la législation européenne – mais aussi parce qu’il ne prend pas en compte les animaux sacrifiés en amont de l’expérimentation.
 
En effet, la tendance depuis 1986, date de la première directive européenne sur la question, est aux élevages spécialisés dans l’expérimentation animale. Ces élevages, au nombre de 500 en France, sont soit sous contrat de fournitures avec les grands laboratoires, soit directement internes aux grandes unités de recherche – c’est par exemple le cas des instituts Pasteur et Curie à Paris. Les animaux sont présélectionnés avant expérimentation : on considère qu’au final, seul un sur trois servira réellement à l’expérimentation. Les deux autres seront euthanasiés, morts de maladie ou auront subi des pratiques douloureuses. On peut donc multiplier au moins par trois le nombre d’animaux réellement victimes de cette industrie. On estime que le vrai chiffre français est d’au moins 8 millions d’animaux par an.
 
En Europe, le chiffre officiel est de 11 à 12 millions mais on peut également le multiplier sur la même base de calcul. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni restent les lanternes rouges du continent.
 
Quels types de violences les animaux des laboratoires subissent-ils ?
 
Il y a plusieurs grands volets :
  • la recherche expérimentale, c’est-à-dire la recherche pour la recherche, sans obligation de résultat pour la santé humaine ;
  • la recherche pour la santé humaine, pour la chirurgie mais aussi pour la validation de toutes les substances médicamenteuses avant leur mise sur le marché : la législation impose que chaque médicament, avant de passer à l’essai clinique, soit testé sur deux espèces de mammifères ;
  • les tests de toxicités plus ou moins aigus des produits chimiques, essentiellement les produits d’entretien et les cosmétiques.
 
Concrètement, on injecte des doses létales aux animaux, pendant des semaines. Ils sont maintenus en vie dans de grands états de souffrance puis euthanasiés et autopsiés pour voir les effets des produits sur les organes vitaux : le foie, les poumons, les reins. On a encore des cas de vivisection : au sens propre, le mot veut dire « couper dans le vif ». Si tous les animaux qui entrent dans les laboratoires finissent par être tués puis autopsiés, ils sont également nombreux à subir des interventions invasives et cruelles en cours des protocoles.
 
Existe-t-il une réglementation, aux niveaux européen et français ?
 
La France est soumise à la réglementation européenne. La première directive pour encadrer l’expérimentation animale date de 1986 : c’est une sorte de charte des vivisecteurs qui formalise ce qu’on a ou non le droit de faire aux animaux. Elle est tombée en désuétude et a été révisée par les autorités européennes en septembre 2010. Elle a été transposée dans le droit français début 2013.
 
Elle concerne l’encadrement de l’utilisation des animaux : comment ils sont traités, manipulés, ce qu’ils ont le droit de faire… Mais c’est une réglementation hypocrite car on sait très bien qu’il n’y a pas de contrôle et, quand il y a un vétérinaire, c’est justement un employé du laboratoire. Théoriquement, les pays doivent également transmettre leurs données chiffrées à l’Europe mais on sait qu’ils ne les fournissent pas l’intégralité et se contentent des protocoles les plus courants. Le seul pays qui a instauré une obligation de fournir les chiffres, le Royaume-Uni, a vu une explosion de l’utilisation des animaux de laboratoire : on est passés à 4 millions par an.
 
Théoriquement, les textes suivent la règle « des trois R » :
  • raffiner, c’est-à-dire affiner les textes ;
  • réduire, c’est-à-dire utiliser de moins en moins d’animaux en laboratoires ;
  • remplacer, c’est-à-dire promouvoir les méthodes de recherche de substitution. Malheureusement, le développent de ces méthodes restent sous-budgétisé : en Europe, on considère que plus d’un milliard d’euros par an est investi dans l’expérimentation animale alors que les méthodes de substitution ne bénéficient que de quelques dizaines de millions d’euros.
 
C’est une réglementation hypocrite. En tant que militants, nous sommes résolument abolitionnistes : on ne veut pas de jouets dans les cages, ou des cages plus grandes. Au nom de l’éthique, on demande tout simplement à ce que les animaux ne soient plus utilisés dans les laboratoires. La réglementation a évolué récemment et les animaux sont désormais reconnus comme des êtres sensibles par le droit français : on ne peut plus les gérer comme du pur matériel de laboratoire. Ils n’ont pas leur place dans la recherche, quels que soient les pseudo-soins dont ils bénéficient.
 
Comment faire avancer la recherche sans utiliser d’animaux ? Quelles sont les méthodes de substitution ?
 
Nous travaillons avec un partenaire scientifique, « Antidote europe », qui répertorie les nombreux autres moyens de recherches qui pourraient permettre de remplacer les animaux :
  • les simulations informatiques ;
  • la toxicogénomique, une méthode permettant de vérifier la toxicité de substances, grâce à des cellules en culture, de façon plus rapide et plus performante ;
  • la méthode épidémiologique, l’étude à l’échelle des populations des facteurs de maladies ;
  • les autopsies humaines, tout simplement, qui sont de plus en plus mises de côté ;
  • l’immense champ de recherche de l’in vitro (par opposition à l’in vivo), qui comprend des tests sur des cellules et des tissus humains : nous sommes dès à présent en capacité de reconstituer des tranches d’organes humains en laboratoire.
 
Mais aujourd’hui, si ces recherchent ne peuvent aboutir, c’est à la fois un problème de financement, comme expliqué plus haut, et de législation : à ce jour, l’OMS exige toujours qu’une substance médicamenteuse soit testée sur deux espèces de mammifères avant de passer aux essais cliniques. De plus, c’est une approche qui, scientifiquement, n’est ni valide, ni pertinente. La recherche sur les animaux n’est pas une méthode efficace pour la recherche sur la santé humaine : on estime que, sur toutes les substances qui sont testées et approuvées sur deux types de mammifères, 80% ne passent ensuite pas le cap des essais cliniques et sont rejetées !
 
Il existe une vraie culture scientifique autour de l’expérimentation animale en laboratoire, à tel point qu’il n’est pas rare de voir une répression s’exercer sur les chercheurs qui souhaitent utiliser d’autres méthodes. Sur la page d’accueil de notre association, on peut ainsi voir le parcours de plusieurs chercheurs émérites qui ont été mis de côté par la recherche pour cette raison. Pourtant, aujourd’hui, il existe de vrais moyens de développer la recherche, ce n’est pas de la science-fiction, mais on fait face à une réelle mauvaise volonté. Nous ne sommes pas antiscience, au contraire, nous sommes un mouvement progressiste, qui se veut respectueux autant de la vie humaine que de la vie animale.
 
En tant que consommateur et citoyen, est-il possible d’agir contre l’utilisation des animaux en laboratoire ?
 
En tant que consommateur, la principale marge des individus concerne les produits ménagers et les cosmétiques. Aujourd’hui, il existe des marques, des labels, dont les produits ne sont pas testés sur les animaux. On les trouve surtout dans les magasins spécialisés. L’autre possibilité, c’est de produire soi-même ses produits. En ce qui concerne ces types de produits, il est aujourd’hui tout à fait possible de s’affranchir de l’expérimentation animale.
 
Des initiatives plus minimes peuvent aussi jouer leur rôle : inciter les enfants à ne pas disséquer d’animaux à l’école, conseiller aux aspirants vétérinaires de s’orienter vers des formations qui n’incluent pas de tests sur les animaux, en Belgique ou en Italie par exemple.
 
Enfin, de nombreuses mobilisations existent, ponctuelles, pour empêcher la création ou l’agrandissement de certains élevages par exemple, ou plus régulières, comme la journée mondiale des animaux en laboratoire, le 24 avril. C’est une célébration qu’on a un peu détournée : à l’origine, c’était une date que les Nations Unies avaient choisie pour rendre hommage à la mémoire des animaux de laboratoire, pour « bons services rendus » en quelque sorte : c’est ironique !
 
Propos recueillis par Marine Périn
 
 
Le programme des différentes mobilisations prévues est disponible sur le site d’International Campaigns. Un grand rassemblement est notamment prévu samedi 25 avril, place de l’Hôtel de Ville à Paris : la mobilisation est citoyenne et apolitique.

Le Vériteur

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International Campaigns

Structure militante laïque, progressiste, sans aucune confession ni appartenance religieuse ou à une quelconque secte, International Campaigns (est un collectif militant pour les droits fondamentaux des animaux.
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