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Pollution : les substances toxiques de l’industrie de la mode

Publiée le 07/04/2015 |
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Révélée par Greenpeace Detox |
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Les grandes marques ne savent pas toujours ce qui se passe dans les usines qui fabriquent leurs vêtements.
Greenpeace dénonce l’usage massif de substances toxiques.
 
Pour colorer, imperméabiliser ou laver les vêtements, les usines utilisent des substances toxiques pour l’environnement et pour la santé. Pierre Terras, chargé de la campagne « Greenpeace Detox » décrit l’ampleur de la pollution de l’industrie textile.
 
Quels types de pollution l’industrie textile génère-t-elle ?
 
Nous avons testé différents niveaux de l’industrie. D’abord, nous avons analysé les vêtements en laboratoire, pour voir quelles substances étaient présentes dans le produit fini – substances qui, suite aux lavages en machine, peuvent être déversées dans l’environnement. On a d’abord retrouvé beaucoup de perturbateurs endocriniens, notamment du nonylphénol (NP). On sait que ces produits ont des propriétés de féminisation chez les animaux, notamment ceux du monde aquatique. On en retrouve également dans les tissus humains, sans connaître leur impact à long terme. Dans l’industrie du textile, ces substances se retrouvent dans les colorants. D’autres produits sont utilisés comme texturisants : les imperméabilisants, comme le PFC (perfluorocarbure), se retrouvent souvent dans les vêtements « outdoor » et sont également des perturbateurs endocriniens reconnus toxiques pour la santé humaine.
 
Nous avons ensuite testé les tubes de déversement des usines, qui servent à évacuer les eaux usées. Nous avons retrouvé les produits déjà cités mais aussi des phtalates, des acides aminés, des métaux lourds (comme du chrome, en Argentine)… et de nombreuses substances inconnues. Par exemple, sur le tuyau d’une usine mexicaine qui travaille pour de grandes marques internationales, nos laboratoires n’ont pu identifier que 20 substances sur 50.
 
Quelles sont les conséquences de cette pollution sur l’environnement et les populations ?
 
Que ce soit via le lavage des produits en machine ou l’évacuation des eaux usées des usines, ces substances sont extrêmement nuisibles pour l’environnement, notamment pour la vie aquatique. L’industrie textile utilise énormément d’eau, une étape à part entière de la fabrication est appelée le « wet process » et consiste dans la fixation des colorants. Dans des endroits du globe où l’accès à l’eau est une problématique majeure, on a déjà rencontré des décharges d’eau à plus de 85 degrés, avec des usines qui déversaient 40 litres d’eau par seconde dans la rivière.
 
Les populations qui vivent aux alentours subissent directement les conséquences – il faut savoir que ces endroits sont souvent de véritables « zones industrielles » ou coexistent parfois une quinzaine d’usines. Beaucoup de riverains sont pêcheurs ou travaillent dans les usines. Les communautés connaissent un fort taux de mortalité et développent de nombreuses maladies : leucémies, malformations des enfants à naître… Au Mexique, des groupes se battent pour que le gouvernement admette les conséquences de la pollution de l’eau. En Chine, les autorités ont d’ores et déjà reconnu l’existence de ce qu’ils appellent les « cancer villages ».
 
Même pour le consommateur moyen, cette pollution a un impact. Pour le moment, rien ne prouve que le contact des vêtements mette en danger ceux qui les portent, mais le lavage libère des substances toxiques qui, en se déversant dans l’environnement, se retrouvent dans la chaîne alimentaire : les produits de la mer, les fruits et légumes… Tôt ou tard, on se retrouve donc à les consommer.
 
Quelles sont les actions de Greenpeace pour pousser les marques à ne plus utiliser de substances toxiques ?
 
Le premier problème était que les marques n’étaient souvent même pas au courant de ce qui se passait dans les usines qu’elles employaient. Et si certaines substances, comme le nonylphénol, sont bien interdites à la production en Europe, rien n’empêche d’importer des vêtements de pays où il est autorisé, comme la Chine ou le Bangladesh. Notre campagne Detox cherche avant tout à responsabiliser les grandes marques. On s’est concentrés sur les marques de sport (Nike, Adidas, Puma…), puis sur la « fast-fashion » (Zara, H&M, Levis…) et sur les marques de luxe.
 
Elles ont accepté notre « défi detox » qui consiste à ne plus polluer d’ici 2020. Elles doivent mettre en place un calendrier concret, dont on vérifie qu’il est à la fois crédible et ambitieux. Le but sur le terrain est d’arrêter d’utiliser des produits toxiques – H&M n’utilise plus de PFC, Zara plus de NP – ou de sortir certaines usines de leur chaîne de production. Le deuxième pilier de la campagne est la transparence : les marques doivent avoir connaissance de ce qui se passe dans leurs usines. Ainsi, Zara a mis publiquement en ligne les données de ses fournisseurs en Chine, usine par usine et substance par substance. Enfin, les marques qui s’engagent dans notre campagne doivent accepter de suivre le principe de précaution, « 0 = 0 », c’est-à-dire d’admettre qu’il n’y a pas de taux acceptable de substance toxique.
 
Comment les législations des pays producteurs et de l’Union Européenne doivent-elles évoluer ?
 
On travaille sur plusieurs fronts. Dans les pays où il y a de la production, principalement le Mexique, la Chine et l’Indonésie, l’enjeu est de renforcer la législation, les contrôles ou les deux. On parle de faire accepter le principe de précaution, d’interdire les substances toxiques dans la production et d’instaurer une transparence des usines.
 
En France et dans l’Union Européenne, on se concentre sur les restrictions à l’importation. Le marché de l’Union Européenne est énorme, le but est que les substances interdites à la production le soient également à l’importation. On essaie également de travailler sur de nouvelles substances, dont les effets sont encore peu connus, et qui ne sont donc pas du tout régulées. La législation européenne est ce qui se fait de mieux dans le panorama international mais ce n’est pas suffisant : ce marché est trop important et l’industrie chimique y reste très puissante.
 
En tant que consommateur, comment bien choisir ses vêtements ?
 
Il est très difficile de choisir des vêtements qui n’impliquent pas de substances toxiques dans leur fabrication : jusqu’à présent, elles ne sont pas précisées sur les étiquettes, comme c’est le cas pour les aliments. On ne peut même pas recommander d’acheter spécifiquement du « Made in France » ou « Made in Italy » car on a trouvé des substances toxiques dans des vêtements produits dans ces pays. Le plus probable est qu’une partie de la conception a été faite en dehors de l’Union Européenne.
 
De plus, d’autres critères sont à prendre en compte lors de l’achat, notamment l’éthique, les conditions de travail des employés, etc. Certaines marques éthiques et bios proposent des vêtements, mais ce ne sont pas des produits à la portée de toutes les bourses. Le seul conseil qu’on peut donner pour le moment est de ne pas consommer plus que nécessaire. De notre côté, nous avons créé le podium Detox pour informer les consommateurs sur les pratiques des marques, notamment celles qui s’engagent à bannir les produits toxiques de leur production.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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