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Claque et fessée : les dangers de l’éducation violente

Publiée le 30/04/2015 |
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Révélée par LAZIMI Gilles |
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Fessées, gifles… Encore considérées comme « anodines » en France, ces violences éducatives ont de graves conséquences physiques et psychiques sur les enfants.
Difficile, en France, de remettre en question le droit des parents à frapper leurs enfants : la fessée et la gifle sont encore défendues comme des « petites » violences nécessaires à l’éducation. Pourtant, toutes les législations internationales et européennes concernant les droits des enfants bannissent les châtiments corporels.
 
Gilles Lazimi est médecin et coordinateur de la campagne contre les violences éducatives de la Fondation pour l’enfance. Il explique pourquoi les châtiments corporels posent des problèmes éthiques, les conséquences physiques et psychiques graves qu’ils provoquent et comment il est possible d’éduquer un enfant sans le frapper.
 
Quels problèmes pose la violence éducative ?
 
C’est avant tout un problème éthique. Aujourd’hui, on considère que toute violence à l’égard d’un adulte ou d’un animal est un acte délictueux. Pourtant, on justifie qu’il peut être utile, pertinent ou efficace de frapper un enfant. On considère que c’est de l’éducation, mais c’est du dressage, un abus d’autorité et surtout une violence, ça ne devrait soulever aucune discussion. C’est une aberration de minimiser, de dire que ce n’est rien : c’est une humiliation, une souffrance et, souvent, une douleur. Envers un adulte, il n’y a pas de « petites » violences.
 
De plus, tant qu’on permet aux parents de frapper les enfants, certains passent le seuil : en France, 600 enfants meurent sous les coups chaque année. Très peu de plaintes d’enfants battus arrivent jusqu’au tribunal puisque la violence est admise : les juges considèrent que c’est un devoir de correction. C’est la raison pour laquelle il faut une loi qui empêche tout châtiment corporel : aujourd’hui, plus de 50% des parents frappent leur enfant avant l’âge de deux ans !
 
Quelles sont les conséquences de la violence éducatives chez un enfant ?
 
Un enfant est avant tout un être en développement qui, en quelques années, va passer de 3 à 50 kilos : il développe son cerveau, ses organes… Un coup porté provoque du stress, une sidération mentale, une douleur, donc des conséquences physiques, somatiques et surtout psychiques. On constate chez les enfants frappés de la panique, de l’anxiété, des sentiments d’abandon. Leur relation aux autres est perturbée et leur développement futur compromis. On sait que ça agit aussi sur l’empathie : si on a reçu des châtiments corporels, on a plus tendance à supporter la souffrance infligée aux autres, voire à être soi-même violent.
 
On a suivi des cohortes d’enfants et on a constaté que, à long terme, les enfants frappés développaient davantage certaines pathologies comme les dépressions ou les addictions. Les recherches en neuro-imagerie le confirment : la zone du cerveau la plus atteinte chez un enfant frappé est celle qui est la plus vulnérable aux drogues. J’ai moi-même interrogé une centaine d’hommes adultes sur les coups qu’ils avaient reçus : mes patients qui avaient le plus de problèmes de détresse, de dépression et d’anxiété étaient ceux qui avaient été le plus punis. A l’université de Plymouth, où 450 adultes ont été suivis, on a également établi une corrélation entre la violence éducative et l’asthme et les troubles cardiaques. Il a même été prouvé qu’il y avait un impact sur le quotient intellectuel : les enfants frappés avaient trois moins de QI de moins que les enfants non-frappés. Et, dès que les violences cessaient, le QI remontait.
 
Les coups apprennent aussi à l’enfant qu’il est normal de frapper, de frapper plus petit que soit, que ça peut être un moyen de communication. Surtout, ils leur apprennent que, lorsqu’on aime, on frappe : ainsi, les parents qui frappent sont des enfants qui ont été frappés. Ils ont intégré ces gestes et les reproduisent parce qu’ils les pensent utiles. Ils ne peuvent pas imaginer que leurs parents leur ont voulu du mal donc ils se persuadent que ça leur a fait du bien. Or, quand ils sont convaincus que les coups sont utiles, ils frappent leurs enfant plus tôt, plus souvent et plus fort.
 
Comment sensibiliser les parents ?
 
On sait que les violences et leurs conséquences sont réversibles : on peut donc aider les parents à ne pas utiliser de punitions corporelles. Il existe des maisons des parents, des associations, des centres de protection maternelle et infantile où on peut discuter avec les parents. Il faut leur expliquer que les violences éducatives, en plus d’être néfastes, sont inutiles, voire contreproductives.
 
Frapper un enfant, ça n’a pas de sens. Et ça n’a pas de sens d’avoir envers lui les mêmes exigences qu’envers un adulte. Il faut expliquer aux parents le développement d’un enfant et ce qu’on peut attendre de lui en fonction de son âge. Si un nourrisson pleure, c’est qu’il y a un souci, qu’il est en train d’exprimer un besoin. C’est sa façon de communiquer, il ne faut pas le punir pour ça. Un enfant d’un an et demi qui commence à marcher, qui découvre le monde, il faut le protéger, l’accompagner, pas le punir.
 
En Europe, 28 pays ont déjà interdit les violences à l’égard des enfants. On a observé une diminution des problèmes d’agressivité à l’école et d’échec scolaire. En Suède, la loi a été votée il y a déjà plus de 35 ans. A l’époque, près de 80% des parents étaient contre, aujourd’hui, ils sont 80% à être pour. Les Suédois ne frappent plus leurs enfants et, pour autant, ils n’ont pas été emprisonnés ! Bien sûr, il y a une réponse pénale contre les parents maltraitants. Les autres sont pris en charge, éduqués.
 
Quelles sont les législations française et européenne ?
 
La France a signé, il y a déjà de nombreuses années, la charte européenne et la Convention internationale des Droits de l’Enfant, qui précisent que les pays signataires doivent interdire toute violence et tout châtiment corporel. Mais en France, il est admis que la claque ou la fessée sortent de ce cadre.
 
Le 4 mars dernier, le Comité de la Charte européenne des droits sociaux a condamné une troisième fois la France pour non-respect de la loi. Le 15 avril, le Conseil des ministres de l’Europe a entériné cette décision. C’est une étape importante car, désormais, les juges en France peuvent décider d’appliquer cette loi, le droit européen étant supérieur au droit français.
 
Il paraîtrait inconcevable qu’il n’y ait pas rapidement une loi en France. Notre pays est toujours en retard sur ces questions, parce que c’est un pays catholique où le système de la famille est roi et où le droit des parents importe plus que celui des enfants : il y a un vrai manque de courage politique. Mais la décision du Conseil de l’Europe devrait faire bouger les choses. On travaille pour mobiliser des élus, quel que soit leur parti, pour faire en sorte qu’un projet de loi soit rapidement réinscrit à l’ordre du jour.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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LAZIMI Gilles

Médecin et coordinateur de la campagne contre les violences éducatives de la Fondation pour l’enfance.
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