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Vendre autrement pour pouvoir produire

Publiée le 24/09/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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En 2009, il est parti vendre ses légumes à 80 kilomètres de sa ferme pour ne pas mettre la clé sous la porte à cause de la prédation des grandes surfaces.
Ce paysan du Lot-et-Garonne codirige aujourd’hui un magasin d’alimentation à Mont-de-Marsan.

C’était en 2010, bien avant que Stéphane Le Foll ne devienne ministre de l’Agriculture et propose une loi cadre pour produire autrement. Pour les besoins d’un nouveau livre, j’étais allé voir Claude Griso sur sa ferme de Sainte Marthe dans le Lot-et-Garonne. Il m’avait expliqué comment, n’en pouvant plus de vendre des tomates à 39 centimes le kilo à la grande distribution, il avait décidé un an plus tôt de vendre lui-même ses légumes à 80 kilomètres de chez lui dans une serre tunnel au rond-point de Villeneuve à Mont-de-Marsan. D’autres producteurs l’avaient accompagné dans cette démarche afin de ne plus brader leurs produits à des distributeurs en quête de rabais permanents. Avant cette opération de la dernière chance, Claude avait tellement perdu d’argent que son banquier ne voulait plus le rencontrer lorsqu’il manquait de trésorerie.
 
Producteur en vente directe, il m’avait  déclaré : « Nous calculons nos prix de vente en fonction de nos coûts de production, des frais liés à la commercialisation et de la rémunération de notre travail. Du coup, mon bilan d’exploitation s’améliore. J’ai à nouveau de la trésorerie et mon banquier a changé de comportement à mon égard. J’ai également constaté que les grandes surfaces de Mont-de-Marsan alignaient leurs prix sur les nôtres. Elles ont aussi porté plainte contre nous en disant que nous n’avions pas le droit de faire du commerce… ».
 
Le Goût des Saisons
 
J’ai revu Claude Griso en juillet 2013. Il déchargeait un camion de légumes dans un magasin qui se nomme « Le Goût des Saisons » avec en sous-titre « Nous sommes agriculteurs, producteurs de saveurs ». Légal, ce magasin se trouve sur l’avenue du Maréchal Foch à Mont-de-Marsan à quelques pas de l’enseigne Carrefour. Il dispose d’une surface de 400 m2, est approvisionné par une vingtaine de producteurs réguliers et réalise un chiffre d’affaires mensuel compris entre 80 000 et 100 000 euros.

Claude m’a parlé des 76 plaintes déposées contre lui-même et ceux qui tentaient de survivre avec lui avant qu’ils ne trouvent ce local en location. La mairie de Mont-de-Marsan et son adjoint au développement durable, Thierry Socodiabéhère, soutenaient la démarche de ces paysans qui ont créé une Société Anonyme à Responsabilité Limitée (SARL). Elle est cogérée par cinq producteurs tandis que les « apporteurs de produits » sont désormais une bonne quarantaine.
 
Un exemple de consommation raisonnable
 
Outre les fruits et légumes frais livrés chaque jour, le magasin vend des produits laitiers, de la viande réfrigérée ou surgelée, des conserves, des jus de fruits dont les fameux jus de pomme de Daniel Dubroca, ancien capitaine de XV de France et lui aussi paysan lot-et-garonnais. Dans ce magasin, on trouve de la tomate cœur de bœuf à 1,60€ le kilo et des vins de Tursan entre 4,70 et 5,70€ la bouteille. Si on veut payer la tomate moins chère, on se rabat sur celles qui sont un peu difformes. Elles sont vendues 1€ le kilo par cageots de 5 kilos alors que la grande distribution ne les accepte pas. Il en va de même pour les fruits.

Evoquant la pérennité que lui offre ce magasin comme à ses associés au terme d’un combat difficile, Claude Griso m’a déclaré : « J’ai prouvé que je pouvais vivre de la vente de mes produits. Maintenant, je paie des impôts et je peux investir sur mon exploitation par autofinancement. Les consommateurs doivent savoir que si seulement 4 à 5% d’entre eux parvenaient à se passer de la grande distribution pour certains achats alimentaires, les grandes surfaces seraient beaucoup moins déraisonnables qu’elles ne le sont vis-à-vis des producteurs comme des consommateurs ». Un tel exemple devrait donner des idées à d’autres producteurs agricoles.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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