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Un troupeau laitier au milieu des céréales

Publiée le 15/11/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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Ancien porte-parole de la Confédération paysanne, Philippe Collin va faire passer son GAEC de deux à quatre actifs grâce à une production laitière et fromagère.
Pendant six ans, de 2007 à 2012, Philippe Collin a été porte-parole de la Confédération paysanne, ce qui le conduisait à voyager beaucoup à Paris et en province. En échange, le syndicat lui fournissait un salarié du service de remplacement. Sur son exploitation, conduite en agriculture biologique, ce dernier secondait Régis, son associé.
 
Philippe Collin savait qu’en 2013, il retournait à plein temps sur sa ferme céréalière de 215 hectares, à Larcy, dans le sud de l’Yonne. Les statuts du syndicat stipulent que la fonction de dirigeant national se limite à deux mandats de trois ans. C’est ici que la démarche de ce syndicaliste paysan devient intéressante au regard de la future loi cadre que prépare Stéphane Le Foll sur le thème « Agricultures, produisons autrement ».
 
Un troupeau de vaches laitières en production biologique
 
A un moment où l’élevage recule au profit de la « végétalisation » en raison des cours rémunérateurs des céréales, Philippe Collin, dans la perspective de son retour aux champs, propose à son associé de constituer un troupeau de vaches laitières en production biologique, pour vendre directement des yaourts, des fromages blancs, de la crème et de l’Epoisses.
 
Le jour où nous l’avons rencontré sur sa moissonneuse-batteuse, sa fille, Fanny, 26 ans, travaillait avec les ouvriers d’une entreprise du bâtiment sur la construction de la stabulation avec salle de traite et atelier de transformation. Car les vaches vont produire du lait à partir du mois de novembre 2013. Le troupeau est constitué de génisses amouillantes déjà présentes sur la ferme et 27 vaches de races montbéliarde et Simmental s’y ajouteront bientôt. Elles sont déjà retenues chez un producteur laitier de la région qui a décidé d’avoir un troupeau uniquement composé de jersiaises.
 
Un GAEC qui passe de deux à quatre associés
 
Le GAEC va ainsi compter quatre associés au lieu de deux précédemment. Outre la fille de Philippe Collin, Adrien, le salarié du service de remplacement, devient désormais associé sur la ferme sur laquelle il a travaillé pendant six ans. Ces deux jeunes bénéficient chacun d’un quota de 120 000 litres de lait à la faveur de leur installation. Le lait non-transformé sera collecté par Biolait pour alimenter la filière bio.
 
« Voyant venir la fin de mon mandat syndical, j’ai réfléchi à un projet qui me permettait de retrouver ma place sur la ferme. Toutefois, si je n’avais pas exercé cette responsabilité ces dernières années, je pense que j’aurais malgré tout pensé à cette conversion partielle. Sur plus de 300 hectares, nous allons en consacrer entre 70 et 80 à l’élevage. Nous avons semé de la luzerne, des associations de graminées et de légumineuses. Nous aurons ainsi des rotations plus longues en grandes cultures et du fumier en grande quantité sur une exploitation à dominante céréalière. S’agissant de la nourriture du troupeau, notre objectif est d’être autonome à 100%, y compris pour les protéines végétales », affirme Philippe Collin, le regard rivé sur la barre de coupe de la moissonneuse-batteuse.
 
« On réinvente l’agriculture du XXIe siècle »
 
Lui-même s’est installé en 1978 sur une ferme bien plus petite et y a gardé des vaches jusqu’en 1987. Il est convaincu aujourd’hui du bien-fondé de ce retour vers un système de polyculture-élevage, alors que les prix de l’énergie et des engrais vont continuer d’augmenter, ce qui accroîtra la rentabilité des légumineuses sur sa ferme tandis que le fumier nourrira mieux les sols en matière organique.
 
« On réinvente l’agriculture du XIXe siècle. Mais je suis convaincu qu’elle sera plus pertinente au XXIe siècle que celle de la seconde moitié du XXe. Durant toutes ces années, le monde paysan s’est laissé déposséder de ses savoirs agronomiques au profit de certains apports techniques souvent discutables qui enrichissaient les firmes en endettant les paysans », estime l’homme qui va se remettre à traire les vaches à 55 ans.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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