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Relancer le maraîchage en Ile-de-France pour produire autrement

Publiée le 29/07/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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Dans ce troisième texte, je raconte l'expérience de Xavier Morice : un exemple concluant de maraîchage en agglomération parisienne.
Dans le XVIème chapitre de mon dernier livre, « PRODUIRE MIEUX pour manger tous d’ici 2050 et bien après », je montre comment une ferme de Saint-Nom-La-Bretèche crée trois nouveaux emplois en diversifiant ses activités sans augmenter sa superficie, il y a sans doute des choses à regarder dans le cadre de cette expérience pour produire autrement en agriculture.

On parle de plus en plus du bilan carbone de chacune de nos activités économiques pour nous sensibiliser au réchauffement climatique. Produire pour les marchés de proximité est le plus sûr moyen de réduire ce bilan carbone pour les denrées qui entrent dans nos menus quotidiens. Surtout quand elles sont périssables comme les fruits et légumes frais, dont le poids est toujours élevé en raison de leur contenu en eau.

Autour de l’agglomération parisienne comme des grandes villes de province, il y avait jadis des « ceintures vertes », faites de maraîchage et de vergers. Depuis un demi-siècle, elles n’arrêtent pas de reculer. La spéculation foncière pour dégager des terrains à bâtir n’en finit pas de les détruire. Et tout le monde s’accorde à dire que le prix du foncier en zone devenant constructible rend quasiment impossible l’installation de jeunes maraîchers.

L’expérience de Xavier Morice

Voilà pourquoi l’histoire de Xavier Morize, un producteur de céréales devenu maraîcher et arboriculteur en 2004 à Saint-Nom-la-Bretèche, est exemplaire. Alors qu’un verger de cinq hectares de poiriers se libérait cette année-là à côté de sa ferme, Xavier Morize a estimé qu’en acquérant ce verger et en mettant 5 des 80 hectares de ses terres céréalières en maraîchage, sa femme et lui gagneraient mieux leur vie qu’en ne faisant que des céréales.

J’ai rencontré Xavier plusieurs fois depuis mon reportage chez lui en 2009. Ce militant de la Confédération paysanne ne m’a jamais dit que cette reconversion partielle avait été simple à gérer. Avec son épouse, il leur a fallu produire des légumes et des fruits, en serres froides et en plein champs. Il a aussi fallu commercialiser ces produits directement, avec des paniers à la ferme, trois marchés de ville par semaine, une vente hebdomadaire en gare de Versailles.

Mais, après neuf ans de pratique, le bilan est incontestablement positif. Le couple a pu installer son fils à ses côtés. La ferme finance des emplois qui totalisent plus de cinq plein temps avec une rémunération mensuelle moyenne de 1 400€ net pour chacun d’eux.

En se lançant seuls dans cette aventure à une époque où les céréales ne payaient pas assez pour vivre à deux sur moins d’une centaine d’hectares, Xavier Morize et son épouse ont démontré que la diversification des productions en milieu périurbain était une voie praticable.

Une vraie solution pour produire autrement

Imaginons que quelques centaines d’exploitants de fermes céréalières adoptent la même démarche. Qu’ils fassent le choix de créer de nouvelles activités en installant en GAEC ou en SARL des jeunes paysans formés pour le maraîchage à leur côté. Imaginons que le ministre de l’Agriculture et les parlementaires rendent attractive celle nouvelle forme d’agriculture plurielle sur une même exploitation, dans le cadre du vote de la loi d’avenir, en attribuant la Dotation aux jeunes agriculteurs  (DJA) à ceux qui viendraient créer une nouvelle activité sur une superficie à déterminer dans une exploitation déjà tenue. Car cette exploitation deviendrait ainsi créatrice de nouvelles richesses et de nouveaux emplois avec cette diversification dans l’agriculture de proximité. D’autant qu’il va falloir être inventif pour installer des jeunes, vu la taille des grandes exploitations.

Au bilan, il y aurait moins de carburants brulés, moins de gaz à effet de serre libéré, des produits plus frais pour les consommateurs et des créations d’emplois dans l’agriculture. Voilà une bonne déclinaison du slogan « Agricultures, produisons autrement », cher au ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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