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Produire mieux en dépensant moins

Publiée le 30/10/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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En testant des associations de plantes fourragères pour nourrir leurs animaux, les éleveurs en agriculture biologique font un travail de recherche.
Une expérience qui se fait également au bénéfice de leurs collègues en agriculture conventionnelle, car il s'agit certes de produire mieux, mais aussi de dépenser moins.

Produire autrement va devenir un passage obligé pour l’agriculture française, et ce dès la décennie en cours. Dans leur longue marche pour réduire les intrants et les coûts énergétiques, les paysans qui ont déjà opéré leur conversion en agriculture biologique sont désormais porteurs de savoirs et de pratiques qui seront de plus en plus utiles pour les autres paysans, qu’ils passent en bio ou qu’ils restent en agriculture conventionnelle.

Dans leur supplément d’octobre 2013 intitulé « Terroir bio Rhône-Alpes », les Chambres d’agriculture des huit départements de la Région livrent une série de témoignages d’éleveurs bio sur des pratiques qui contribuent à accroître l’autonomie fourragère des exploitations. Qu’il s’agisse de grain ou de fourrages grossiers, produire soi-même la plus grande partie des aliments pour faire du lait ou de la viande en agriculture biologique diminue le prix de revient du produit fini et permet d’améliorer la marge de l’éleveur, surtout s’il vend en circuit court.
 
L’autonomie alimentaire des élevages
 
A Soleymieux, dans la Loire, Philippe et Brigitte Rolle ont abandonné l’ensilage et l’enrubannage pour investir dans une installation de séchage en grange pour le foin des vaches laitières. Dans le même temps, les prairies ont été semées d’un mélange de 30% de dactyle, 40% de ray-grass anglais, 20% de luzerne et 10% de trèfle tandis que trois hectares de triticale sont également semés chaque année. « L’introduction des légumineuses dans les prairies enrichit la ration en protéines mais fournit également de l’azote au sol », font valoir ces producteurs de lait bio.

« L’autonomie alimentaire (des vaches, ndlr) est une voie privilégiée pour sécuriser les systèmes, limiter l’impact de la volatilité des prix des matières premières, assurer la traçabilité et répondre aux exigences des cahiers des charges des zones en appellation », assure dans un autre article de « Terroirs bio Rhône-Alpes » Nathalie Sabatté, conseillère des systèmes laitiers à la chambre d’agriculture de Savoie Mont Blanc.
 
Des niveaux de productions équivalents sans achat extérieur
 
A Monclar sur Gervanne, dans la Drôme, Frédéric Andéol, éleveur de moutons, ne fait plus de foin avec la seule luzerne mais en multi-espèces, comprenant aussi de la fétuque à feuilles souples, différents ray-grass, du dactyle, du lotier, du sainfoin. « Bien que la prairie réagisse différemment selon les années, elle demeure fournie et parfaitement adaptée à une conduite en agriculture biologique. Je n’apporte pas de fumure mais six tonnes de compost à l’hectare. De plus, les brebis sont en meilleur état et plus fertiles », indique Frédéric Andéol.

A Chalamont dans l’Ain, la conversion en bio de l’élevage laitier de Jean-Philippe Clair et de son épouse s’est traduite par l’abandon du binôme maïs ensilé-tourteaux de soja, au profit d’un système fourrager plus complexe avec du foin de luzerne et du trèfle sur dix hectare, et du méteil pour l'ensilage (triticale, avoine, pois, vesce, féverole) sur sept hectares. La ferme cultive autant de méteil pour le grain et quinze hectares de blé. Alors que sa conversion en bio est achevée depuis 2011, Jean-Philippe Clair fait le constat suivant à propos de ses vaches montbéliardes : « Sans achat extérieur, j’ai malgré tout conservé des niveaux de production de 7 300 litres par vache en moyenne en 2012 ».

Si ces expériences positives sont exclusivement issues de l’agriculture biologique, le parcours de ces paysans vers l’autonomie fourragère devrait aussi inspirer de nombreux agriculteurs conventionnels soucieux de réduire leur dépendance au soja. Car nous sommes ici en présence de solutions qui s’inspirent de « l’agriculture écologiquement intensive », telle que l’imagine l’agronome Michel Griffon dans ses travaux de recherche. Produire à moindre coût va devenir plus important que de produire plus pour dégager du revenu.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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