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Les protéines animales dans notre assiette en débat

Publiée le 13/12/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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Peut-on débattre de la manière de produire autrement sans remettre en cause la manière dont nous remplissons nos assiettes en ce début de XXIème siècle ?
La nécessité de produire autrement pour réduire la pression sur la terre arable, sur l’eau et sur les forêts implique-t-elle aussi de changer ses habitudes alimentaires dans les pays développés, gros consommateurs de protéines animales ?
 
Cette question souvent invoquée par les végétariens et les végétaliens agace beaucoup les mangeurs de viande mais aussi les éleveurs et les professionnels de la filière industrielle. On sait qu’il faut de trois à quatre kilos de protéines végétales pour produire un kilo de protéines animales quand il s’agit de nourrir des volailles et des porcs, et encore plus pour la viande bovine. Il faut enfin dix fois plus de surface agricole pour produire une protéine issue du bœuf que celle issue du haricot ou de la lentille.
 
Autant de viande avec moins d’hectares de culture
 
Cela étant, les herbivores ruminants peuvent être nourris et engraissés à l’herbe dès lors qu’on favorise les bons mélanges de graminées et de légumineuses. On introduit alors un minimum de céréales et de graines protéagineuses dans leur alimentation. De même, on pourrait nourrir des porcs avec moins de grain en introduisant certaines cultures potagères, comme la betterave fourragère, dans leur alimentation.
 
Il est donc possible de consacrer globalement moins d’hectares de cultures à l’alimentation du bétail pour produire autant de viande et de produits laitiers. Néanmoins, rien ne prouve que cela suffira à nourrir tout le monde si nous continuerons de manger près de 100 kilos de viande par an et par habitant et autant de produits laitiers.
 
Une offre diversifiée pour une consommation inutile
 
Se pose donc bien la question de réduire progressivement notre consommation de protéines d’origine animale. La restauration collective en libre-service pourrait jouer un rôle majeur dans ce domaine. Il faudrait pour cela qu’elle cesse de proposer trois plats de protéines d’origine animale par repas, comme cela se passe souvent avec une charcuterie en entrée, une viande ou un poisson en plat principal et un fromage avant le dessert.
 
Aujourd’hui, de l’éleveur au distributeur en passant par les abatteurs et les transformateurs, le marché des produits carnés fonctionne de telle manière que gagner des parts de marché et réaliser de ce fait des économies d’échelle sont les thèmes fédérateurs du discours économique. On ne part jamais de ce que peuvent être les besoins réels des individus pour vivre en bonne santé.
 
Avec la croissance de la population mondiale et la poursuite désormais inévitable du réchauffement climatique, ce pilotage de la production carnée par une politique d’offre diversifiée pousse à toujours plus de consommation inutile au regard de nos besoins réels.
 
Un progrès qui passe par l’éducation et une évolution des systèmes d’élevage
 
Manger moins de viande, de salaisons, d’œufs et de fromages ne doit pas être vu comme une punition et les repas festifs ne doivent pas être supprimés. En revanche, consommer chaque jour autant de calories d’origine animale que lors d’un repas de fête n’a rien d’une nécessité. Bien entendu, une telle évolution ne peut qu’être lente et progressive. Il convient toutefois d’engager le débat sur le sujet dès à présent. Car toute une éducation est à faire ou à refaire.
 
Certains systèmes d’élevage doivent aussi évoluer. On peut penser, par exemple, que des races bovines mixtes comme la normande et la montbéliarde seront demain plus intéressantes que la Prim’holstein dans la mesure où elles donnent plus de poids de viande par carcasse au moment de l’abattage. On peut aussi penser que les races porcines rustiques ont une nouvelle carte à jouer pour valoriser des aliments plus grossiers que ceux que livrent les coopératives à des prix de plus en plus élevés.
 
Il faut enfin réinventer la manière de produire afin que l’agriculture contribue à freiner le réchauffement climatique au moment où le typhon Haiyan vient de dévaster les Philippines.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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