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L’agroforesterie, une agriculture du XXIème siècle

Publiée le 16/07/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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L'agroforesterie est le thème du douzième chapitre de mon livre « Produire mieux pour manger tous d’ici 2050 et bien après ».
Quand Jack Delozzo parle d’agroforesterie sur sa ferme de Noihan, dans le Gers, les idées novatrices pour l’agriculture des prochaines décennies jaillissent comme l’eau d’une source. Dans mon dernier livre « Produire mieux pour manger tous d’ici 2050 et bien après », je lui consacre le douzième chapitre tant son expérience m’est apparue convaincante.
 
En principe, les surfaces d’intérêt écologique (SIE) retenues dans le cadre de la réforme de la politique agricole commune (PAC ) en cours de finalisation offrent une grande latitude aux paysans. Jachères, terrasses, bandes tampons, surfaces agro-forestières, cultures permanentes avec moins de 250 arbres par hectare, chacun devrait pouvoir adapter facilement 5% de son exploitation à des structures agro-écologiques.
 
Cette diversité de solutions devrait aussi varier les options pour bâtir, d’ici le début de l’an prochain, la loi d’avenir que prépare le ministre de l’Agriculture à partir du thème « Agricultures, produisons autrement ». En intégrant l’agroforesterie dans les surfaces d’intérêt écologique, la réforme de la politique agricole commune peut favoriser le développement de cette pratique car ses atouts seront nombreux dans les prochaines décennies. Avec des incitations financières, il eut été possible d’accélérer le mouvement. Mais on sait déjà que des moyens budgétaires insuffisants vont handicaper la PAC des années 2014-2020.
 
Jack Delozzo, un « agroforestier »
 
Jack Delozzo exploite, à Noihan dans le Gers, une ferme de 84 hectares en agriculture biologique. Il avait témoigné de son expérience lors de la rencontre du 18 décembre 2012 organisée par le ministère sur le thème « produisons autrement ».
 
Ce paysan, qui élève des veaux sous la mère, a récemment planté des arbres sur douze hectares dans ses champs de céréales. Les rangs sont espacés de 22 mètres et les arbres sont à 8 mètres l’un de l’autre dans une même rangée. Ce qui donne une moyenne de 48 troncs par hectare. Les espèces choisies sont du cormier, du merisier, du freine, du tilleul, du chêne et du noyer à coque. Ce dernier donnera des noix dans quelques années. Les autres donneront du bois d’œuvre dans quarante à cinquante ans.
 
Mais Jack Delozzo compte bien planter des arbres sur d’autres parcelles et diversifier ses plantations. Il estime que la plantation de châtaigniers, dont le fruit se récolte après les céréales, lui permettrait de vendre les plus belles châtaignes à la ferme et de donner les autres aux porcs gascons qu’il compte élever.
 
Son père, désormais retraité, s’est amusé à cultiver des légumes entre les arbustes plantés sur douze hectares. Et la récolte était plus belle que celle du jardin. Du coup, Jack Delozzo fourmille d’idées nouvelles. Avant que les arbres soient très grands, il peut aussi planter dans les rangs des arbustes, comme des framboisiers, des pieds de vigne, pour produire du raisin de table, voire de la pêche de vigne, dont il sait que les fruits sont très demandés par les consommateurs.
 
Une perspective d’agriculture à long terme
 
Le jour où je suis passé le voir, Jack Delozzo m’a notamment déclaré : « l’agroforesterie nous place dans une perspective d’agriculture de long terme. Pour l’instant, les projets sont encore timides car la quasi-totalité des agriculteurs ne connaît pas l’utilité de l’arbre, ne le voit que comme un obstacle pour les outils. Moi, j’estime qu’on fait un meilleur travail sur un espace plus réduit grâce à l’agroforesterie. On stocke du carbone. J’aime dire que l’arbre n’est pas un intrus mais qu’il devient un intrant. Pour échapper à la concurrence avec les plantes annuelles dans la couche superficielle du sol, l’arbre va chercher ses nutriments en profondeur, dans la roche mère, ce qui contribue à rendre la terre plus fertile pour les autres cultures »(1).
 
S’il fallait un autre argument pour souligner à quel point Jack Delozzo fait de la bonne anticipation, on le trouverait dans un rapport qu’un groupe d’instituts de recherche vient de remettre à la Commission européenne. Intitulé « L’impact de la consommation de l’Union européenne sur la déforestation », il indique que l’empreinte de l’Union européenne sur les forêts tropicales représente quatre fois celle de l’Amérique du Nord, en raison notamment de ses importations de soja et d’agro-carburants (2).
 
Je signale enfin que dans le cadre de la rencontre annuelle « Jazz in Marciac », se déroule en parallèle, du 27 juillet au 6 août, la cinquième édition de « Paysage in Marciac » avec pour thèmes l’agroforesterie, l’agro-écologie, l’agronomie et l’agrologie. Nul doute que Jack Delozzo aura des choses à dire à ce propos.
 
(1) Voir « Produire mieux pour manger tous d’ici 2050 et bien après » de Gérard le Puill, pages 217 à 225 (Pascal Galodé éditeurs)
(2) Le Monde du jeudi 4 juillet 2013

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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