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En France, il faut apprendre ou réapprendre à gérer l’eau

Publiée le 12/11/2014 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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L’actualité récente autour du barrage de Sivens illustre une problématique plus globale : une gestion de l’eau mal pensée en France.
La semaine dernière, il a fallu la mort d’un homme de 21 ans pour que soit rendu public un rapport d’experts critiquant vertement la pertinence d’un projet de barrage dont les travaux de construction sont déjà engagés. On avait donc mis la charrue avant les bœufs sur les rives du Tescou dans le Tarn. Barrer un cours d’eau de faible débit pour ne servir qu’à irriguer les cultures de maïs n’était pas la meilleure idée qui soit, qu’il s’agisse du retour sur investissement ou de l’aménagement du territoire. Mais capter une aide de l’Europe était peut-être le motif premier de la construction de ce barrage.
 
Cette affaire montre surtout que la gestion de l’eau n’est pas pensée en France en fonction de l’intérêt national : aménager le territoire et gérer l’économie du pays en tenant compte des conséquences prévisibles du réchauffement climatique en cours. Si l’irrigation était l’argument majeur des partisans du barrage, la protection d’une zone humide riche en biodiversité était, au contraire, le premier argument des opposants. Est-ce vraiment suffisant en toutes circonstances ?
 
Gérer les crues pour prévenir les inondations
 
En 2014, de nombreuses inondations ont touché aussi bien la Bretagne que le midi méditerranéen, les vallées pyrénéennes et bien d’autres zones urbaines et rurales en provoquant d’importants dégâts. Les conséquences de ces inondations, qui seront plus fréquentes à l’avenir en raison des changements climatiques, méritent d’être étudiées. En Bretagne, le Morbihan a moins souffert des inondations du début d’année que le Finistère. Car le Morbihan a été en bonne partie protégé par le barrage de Guerlédan sur les cours du Blavet alors que les cours d’eau et leurs affluents en amont de Quimper où Morlaix n’avaient aucune retenue de ce type.
 
La préservation d’une zone humide ne saurait donc être un argument définitif pour écarter toute retenue d’eau, notamment dans des vallées profondes et encaissées ou cette eau peut à la fois être stockée pour l’alimentation des villes, pour produire de l’électricité et même pratiquer un peu d’irrigation, sans oublier les loisirs nautiques. Qu’il s’agisse de l’agglomération parisienne ou de la région PACA, les grands barrages d’amont en Champagne, dans le Morvan et à Serre Ponçon sur le cours de la Durance sont des ouvrages qui ont fait la preuve de leur efficacité pour écrêter les crues et alimenter les populations en eau de qualité convenable avant le traitement industriel qui la rend potable.
 
Un enjeu à prendre en compte : l’accès à l’eau
 
L’accès à l’eau sera l’un des grands enjeux du XXIème siècle dans le monde. L’Arabie Saoudite a développé depuis 30 ans la culture du blé dans le désert en subventionnant grassement le pompage de l’eau dans les nappes phréatiques fossiles. On apprenait la semaine dernière que ce pays mettait fin à cette aberration alors que la ressource est en voie d’épuisement. Aux Etats Unis, beaucoup de ménages californiens n’ont plus d’eau au robinet car les puits sont à sec, victimes du manque de pluie et des conséquences des pompages pour l’irrigation.
 
En France aussi, il va falloir apprendre ou réapprendre à gérer l’eau. Et cela nous obligera parfois à noyer des zones humides en dépit de la richesse de leur flore et de leur faune. Confrontés à certains défis, il nous faudra, entre deux maux, choisir le moindre.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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