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Agroalimentaire : les dessous de la crise bretonne

Publiée le 26/11/2013 |
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Révélée par LE PUILL Gérard |
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La crise bretonne relève d’une mécanique inexorable : la faute d'un modèle d’élevage intensif dépassé et toujours plus coûteux.
Les fermetures d’abattoirs et les manifestations contre l’écotaxe sont venues souligner de manière soudaine les difficultés de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire en Bretagne. Depuis les débuts du marché commun agricole, cette région a compensé les handicaps liés à son insularité par l’exploitation d’autres atouts dans le cadre de la concurrence européenne et mondiale. Parmi ces atouts figuraient une paysannerie entreprenante et fonceuse, une main d’œuvre abondante disponible pour l’industrie agroalimentaire, la proximité de ports en eau profonde pour importer du soja et des céréales destinés au bétail des élevages hors-sol.
 
Le « modèle » intensif breton a longtemps tiré sa force de la massification de la production et des économies d’échelle que cette production intensive offrait à l’industrie agroalimentaire dans des secteurs comme les légumes, le lait, la viande bovine, porcine, la volaille de chair et les œufs. A partir de la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de 1992, prélude à l’entrée de l’agriculture dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) trois ans plus tard, l’élevage hors sol breton a bénéficié de la baisse des prix mondiaux des céréales et d’un maintien dégressif mais prolongé des restitutions à l’exportation, notamment sur les viandes de volailles congelées.
 
Un « modèle » dépassé et peu soucieux de l’environnement
 
Néanmoins, au fil des ans, les avantages comparatifs du « modèle » breton ne pouvaient que se réduire face aux productions de pays émergeants comme le Brésil et des pays de l’Union européenne tels que l’Allemagne et l’Espagne pratiquant le dumping social dans l’élevage hors sol et dans les abattoirs. Voilà pourquoi l’écotaxe a été vue comme un facteur aggravant susceptible d’accroître les difficultés de l’industrie agroalimentaire bretonne, impactée aussi par les exigences de la grande distribution dont le comportement prédateur vis-à-vis de ses fournisseurs a été facilité par le volet commercial de la Loi de modernisation économique (LME) voulue par Nicolas Sarkozy et votée par la droite en 2008.
 
Cela étant, on peut penser que la crise du « modèle » breton n’en est qu’à ses débuts avec ou sans écotaxe. Sur 7% du territoire national, la Bretagne concentre 57% de la production porcine, 42% de la production d’œufs, près du tiers de la volaille de chair, 21% dans la production laitière et 25% des veaux de batterie. Cette concentration de l’élevage produit trop d’effluents susceptibles d’être optimisés via la fertilisation des sols. Du coup, le respect des normes environnementales devient impossible en Bretagne tandis que le coût des pollutions ne cesse de croître.
 
Un système dépendant du cours mondial des céréales et d’énergies toujours plus chères
 
Depuis quelques années, la volatilité et la cherté croissante des céréales et du soja viennent handicaper le système intensif breton de plus en plus dépendant des cours mondiaux pour nourrir son bétail. Cette tendance ne va plus s’inverser car les exportations de soja et de maïs du continent américain vers l’Asie ne cessent d’augmenter. La crise agricole est désormais mondiale, faute de politiques régulatrices. Elle résulte pour une bonne part d’une trop grande spécialisation par production et par région selon la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo sur fond de spéculation à l’échelle planétaire.
 
Le XXème siècle a été celui des énergies fossiles abondantes et bon marché. Le XXIème est déjà et sera de plus en plus caractérisé par la rareté et la cherté de ces mêmes énergies. L’agriculture doit apprendre à devenir savante dans l’utilisation à la fois optimale et soutenable de tous les sols tout en étant de plus en plus sobre en intrants de toutes sortes. Elle doit pour cela utiliser tous les leviers disponibles pour faire travailler la photosynthèse, ce que l’assistance par la chimie a désappris aux paysans ces dernières décennies.
 
La solution : produire moins pour produire mieux
 
La Bretagne va devoir produire moins au fil des prochaines décennies pour parvenir enfin à produire mieux. Mais ce processus ne peut être que lent et long car les outils de transformation en place et les salariés qu’ils font travailler représentent un enjeu économique et social considérable. Il faut à la fois prolonger et protéger ce qui existe tout en commençant à construire un autre modèle agricole plus diversifié et plus en phase avec le potentiel agronomique des terres bretonnes. Les déclarations volontaristes et volontairement ambiguës de certains syndicalistes agricoles bretons restent axées sur l’idée d’une fuite en avant dans un modèle de moins en moins efficient.
 
Ces syndicalistes se trompent de siècle et de combat.

Le Vériteur

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LE PUILL Gérard

Journaliste et auteur de "Produire mieux pour manger tous d'ici 2050 et bien après". Né en 1941, j'ai quitté l'école à 14 ans pour travailler sur la ferme tenue par mes parents en Bretagne. En 1965, je deviens ouvrier caoutchoutier en banlieue parisienne. L'usine ferme en 1983. La direction d...
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