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Contre l’excision : sensibilisation, justice et chirurgie réparatrice

Thème : Justice, Santé, Médecine
Publiée le 06/02/2015 |
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Révélée par GAMS |
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125 millions de femmes ont été victimes d’excision et de nombreuses fillettes, y compris en Europe, sont encore menacées par cette pratique.
On estime à deux millions le nombre de femmes et de fillettes excisées ou infibulées chaque année. Ces mutilations, pratiquées le plus souvent dans de mauvaises conditions d’hygiène, ont de graves conséquences sur la santé et la vie des victimes.
 
Isabelle Gillette-Faye, sociologue et directrice du GAMS, explique les moyens d’actions mis en place contre ces pratiques, à la fois pour les empêcher, les condamner et les « réparer ».
 
En quoi consistent l’excision et l’infibulation et quelles en sont les conséquences ?
 
Dans sa forme la plus courante, l’excision est une ablation totale ou partielle du gland du clitoris et des petites lèvres de la vulve féminine. Plus extrême, l’infibulation consiste en une excision à laquelle s’ajoute l’abrasion des grandes lèvres qui sont ensuite rapprochées et cousues bord à bord. Un orifice de la taille d’une tête d’allumette est laissé pour que la personne puisse uriner et pour que le sang des règles soit évacué.
 
Les premières conséquences sont immédiates : l’excision est une pratique mortifère. Comme la vulve féminine est une zone particulièrement innervée et vascularisée, le risque d’hémorragie est très sérieux lors de la mutilation et, si les saignements ne s’arrêtent pas, ils peuvent provoquer la mort de la femme ou de la petite fille. De même, la douleur extrême ressentie lors de l’excision provoque parfois des arrêts cardiaques. Lorsque l’instrument utilisé est souillé, on constate également de nombreuses infections (y compris par le VIH ou les hépatites).
 
A plus long terme, les tissus cicatriciels sont souvent très douloureux. De nombreuses femmes excisées développent des cicatrices très en relief, volumineuses, qu’on appelle de chéloïdes. On voit aussi apparaître des névromes, c’est-à-dire des tumeurs nerveuses sous cutanées. Certaines femmes décrivent des douleurs proches de décharges électriques si elles croisent les jambes ou portent simplement un pantalon. A la puberté, l’excision et l’infibulation peuvent engendrer d’importantes douleurs lors des règles, voire une absence totale de règles. Enfin, les complications lors de l’accouchement peuvent être très graves, particulièrement dans les zones où les femmes ne bénéficient pas d’une bonne couverture sanitaire. Les tissus cicatriciels empêchent le passage du bébé et ralentissent ou empêchent le travail : le risque de décès est alors très important, pour la mère comme pour l’enfant.
 
Quelle est la situation de l’excision aujourd’hui dans le monde ? Quelle est l’origine de cette mutilation ?
 
Dans le monde, on estime qu’entre 130 et 140 millions de femmes ont subi une excision, avec deux millions de nouveaux cas chaque année. Elle peut se faire à tout âge de la vie mais concerne encore majoritairement les petites filles et les jeunes filles avant 15 ans. En Europe, on ne dispose que d’un chiffre, peu satisfaisant, de 500 000 femmes environ, dont 60 000 en France. On estime que 30% des filles de ces 60 000 femmes sont encore menacées (et, donc, que 70% sont protégées parce qu’elles sont nées ou ont grandi en France).
 
Dans les pays qui pratiquent le plus l’excision, la prévalence dépasse les 90% de la population féminine. Les femmes les plus touchées viennent d’Egypte, de Guinée et du Mali, puis du Sénégal et de la Côte d’Ivoire et enfin de la zone est avec l’Ethiopie, la Somalie et le Djibouti.
 
L’excision est pratiquée par différentes populations et a des explications diverses. Certains y voient une volonté de domination masculine, d’un contrôle de la sexualité féminine. Pour d’autres, il s’agit plus de raisons sociologiques, d’un certain conformisme social : les petits garçons sont circoncis et les petites filles excisées. Enfin, certaines interprétations trouvent leur origine dans des pratiques religieuses et mystiques variées.
 
Comment lutter contre l’excision ?
 
L’argument le plus efficace contre l’excision est la scolarisation. Il faut ensuite mettre en place des campagnes de prévention et de sensibilisation : les premières datent déjà du XVe siècle, mais la pratique en elle-même a 25 siècles… Le but est que les populations se saisissent de cette problématique et souhaitent par elles-mêmes l’abandon de cette pratique, à la fois dans les pays d’origine et dans les pays d’accueil – l’Europe, mais aussi les Etats-Unis et l’Australie.
 
S’il ne faut se priver d’aucun moyen de sensibilisation, d’information et de formation, il faut aussi recourir à la loi. C’est ce qu’on appelle une approche holistique : il faut utiliser toutes les solutions possibles pour obtenir des résultats encourageants. Dans beaucoup de pays européens, des lois ont été mises en place pour condamner à la fois les personnes pratiquant les excisions et les parents de petites filles victimes. En France, on compte près d’une quarantaine de procès depuis 1979. On espère qu’aucun acte d’excision n’est plus pratiqué sur le territoire. Malheureusement, certaines familles qui veulent encore la pratiquer cherchent à le faire dans leur pays d’origine ou dans des pays européens plus souples.
 
Globalement, de plus en plus de loi sont appliquées ou en voie d’application, on va dans le bon sens. Cependant, tout récemment, la justice anglaise a rendu une décision très préjudiciable en relaxant un médecin jugé pour mutilations génitales.
 
Il existe désormais des opérations de réparations de femmes excisées. En quoi consistent-elles ?
 
En France, on a déjà de nombreuses unités de réparations, aux alentours de Paris et en régions. Cette technique permet d’apporter des soins complémentaires aux femmes ayant subi des mutilations, quelles qu’elles soient. C’est une possibilité qui entre dans l’approche holistique : il faut prévenir et guérir.
 
C’est le docteur Pierre Foldès qui a mis au point cette technique. Il faut savoir que le clitoris est un organe qui ne se limite pas du tout qu’à sa partie visible : il mesure entre 10 à 12 centimètres. Il est donc comparable à l’organe masculin, sauf qu’il est interne. Lors de l’excision, c’est la partie émergée, le gland, qui est coupé. L’idée de la réparation est donc, une fois les tissus cicatriciels enlevés, de « tirer » cette partie du clitoris auquel l’exciseuse n’a pas touché. Cette partie indemne réimplantée permet de retrouver l’équivalent d’un sexe qui n’aurait pas subi d’excision. Les premiers résultats de ces interventions sont positifs : les femmes qui en ont bénéficié en sont très satisfaites.
 
Propos recueillis par Marine Périn
 
 
 
A l’occasion de la journée internationale contre les mutilations génitales féminines du 6 février 2015, la Fédération GAMS organise de nombreux événements :
- le 6 février, à 15h30, diffusion du film Kimbidalé à l’auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris, suivi d’un rassemblement à 18h à la Fontaine des innocents ;
- le 7 février à 14h, diffusion du film L’excision en dehors du continent africain, axé sur cette pratique dans le Kurdistan irakien et iranien, à la Mairie du 20e arrondissement ;
- retrouvez toutes les manifestations de GAMS à Paris, Rennes, Angoulêmes, Marseille, Lyon… sur le site : federationgams.org

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GAMS

Groupe pour l'Abolition des Mutilations Sexuelles, des Mariages Forcés et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants
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