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Les biopirates : les pirates du 21ème siècle

Thème : Economie, Société
Publiée le 11/09/2012 |
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Révélée par France Libertes |
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La biopiraterie ou comment les entreprises s’enrichissent sur le dos des peuples indigènes.

Pratiquée par des entreprises peu scrupuleuses, et favorisée par un droit international peu contraignant, la biopiraterie peut être décrite comme le pillage des ressources biologiques et des connaissances traditionnelles des peuples autochtones. Il s’agit de faire du profit à partir de produits naturels librement disponibles (les plantes, les graines, les feuilles, etc.), en copiant les techniques des peuples locaux qui les utilisent au quotidien pour manger ou se soigner depuis des générations.

Les biopirates sont principalement des firmes pharmaceutiques, agroalimentaires ou cosmétiques : elles puisent dans les foyers de biodiversité pour créer des produits supposés « innovants » et garantissent leur monopole sur ceux-ci via le système des brevets.

En copiant ces méthodes traditionnelles, les entreprises réalisent des économies considérables dans leur secteur Recherche et Développement…tout en s’assurant des gains conséquents par l’utilisation commerciale exclusive de ces méthodes. D’une utilisation traditionnelle qui profite à l’ensemble de la communauté, on passe à une utilisation commerciale générant du profit pour quelques-uns…

A partir d’une plante, librement disponible dans la nature, utilisée avec respect par les populations locales pour leur besoins quotidiens, on a créé un produit générateur de profit. La nature est ainsi absorbée dans la mécanique du marché, et répond désormais à ses logiques : les ressources naturelles deviennent des produits à accès limité, payants et devant générer du profit.

Dans les pays dits « utilisateurs » de ressources biologiques (Etats-Unis, Europe et Japon, principalement), la demande en produits cosmétiques et pharmaceutiques « naturels » et « bio » explose. Les entreprises tentent de répondre à cette demande en puisant dans les grandes réserves mondiales de biodiversité. C’est ce que certains ont appelé « la ruée vers l’or vert ».

Le brevet conduit à rendre illégale une pratique traditionnelle. Juridiquement, les peuples faisant usage d’un produit ou procédé breveté, peu importe si cet usage est ancien, sont dans l’illégalité….Les entreprises peuvent donc réclamer des royalties aux peuples locaux qui continuent d’utiliser traditionnellement leurs ressources, dès lors que le procédé est breveté !

Le brevet appliqué aux ressources biologiques et aux savoirs traditionnels pose une autre question fondamentale: est-il légitime de breveter le vivant ? Peut-on déclarer des monopoles sur des plantes, des animaux ou même des éléments humains, comme on le fait sur une machine ?

La biopiraterie : une menace pour les écosystèmes et  la diversité culturelle

En niant l’existence et les contributions des cultures des peuples autochtones et détenteurs des savoirs locaux, ces acteurs privent ces derniers de l’opportunité de valoriser leurs richesses dans un contexte mondial qui les accule de plus en plus à abandonner leurs modes de vies traditionnels. En ce sens, la biopiraterie menace la diversité culturelle, identifiée lors du Sommet Mondial pour le Développement Durable de Johannesburg en 2002 comme « un facteur essentiel du développement durable ».

Cette pratique irresponsable doit être dénoncée et régulée, car elle menace directement la diversité culturelle et biologique, ainsi que les populations autochtones, et soulève plus largement la question de la préservation des biens communs. Il s’agit d’interpeller les pouvoirs publics pour faire évoluer le droit, infléchir les positions dans les négociations internationales et questionner les pratiques des entreprises françaises en Outre-mer et à l’étranger.

La biopiraterie est un sujet peu connu en France. Le terme est apparu dans les années 1980. Depuis, de nombreux cas ont été mis en évidence et de nombreuses batailles menées, avec en tête de file Vandana Shiva, pour défendre le droit des peuples autochtones sur la biodiversité. En France, avec l’engouement récent pour les produits naturels ou bio, la consommation de produits directement issus de la biodiversité des pays du Sud est en forte hausse.

Le Collectif Biopiraterie, dont France Libertés est membre, s’est créé pour sensibiliser les consommateurs, les entreprises et les élus au phénomène de biopiraterie qui peut découler de ce nouveau commerce. En signant la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) en 1992, la France s’est engagée auprès de la communauté internationale sur la voie du respect et de la préservation de la biodiversité. Elle peut jouer un rôle moteur dans l’application des principes de ce traité qui encadre l’accès aux ressources naturelles. La biopiraterie, est une pratique dénoncée en Inde, au Pérou, en Chine, mais aussi en Allemagne, en Suisse…

Néo-colonialisme ? Marchandisation du vivant ? Dérive libérale ? La Biopiraterie soulève des questions aux enjeux cruciaux…

Pour plus d'information sur la biopiraterie, rendez-vous sur le site : www.france-libertes.org

 

Le Vériteur

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France Libertes

Créée en 1986 par Danielle Mitterrand, France Libertés est une Fondation reconnue d’utilité publique, et dotée du statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies depuis 1991. Au travers de ses trois programmes (l'eau, les droits des peuples et reconsidérer la richesse)...
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