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Fishlove : rendre sexy la lutte contre la surpêche

Publiée le 18/08/2014 |
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Révélée par Fishlove |
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Photo de la Vérité
La surpêche est une des problématiques écologiques les plus graves de notre époque. Pourtant, peu de personnes s’en préoccupent réellement.
Grâce à Fishlove, nous rendons sexy un combat souvent considéré comme ennuyeux.
 
Afin de sensibiliser la population sur la pêche destructrice qui menace nos océans, l’actrice Greta Scacchi et moi avons lancé Fishlove. Cette campagne consiste à prendre en photos des personnes célèbres tenant des poissons dans leurs bras nus.
 
Drôles, émouvants, parfois polémiques, ces portraits, toujours plus nombreux, ont été pris par certains des meilleurs photographes du monde. Leur succès fulgurant a permis de lancer l’alerte sur la surpêche, un problème qui pourrait vider nos mers de ses poissons en moins d’une génération.
 
La surpêche, un sujet ennuyeux
 
L’idée des photos nous est venue au cours d’une conversation avec les producteurs de l’un des premiers films sur ce sujet : La fin de la ligne (The End of the Line). Le film allait sortir en salles et ils cherchaient un moyen d’en faire la promotion. Ils étaient venus me voir car j’étais le copropriétaire de Moshimo, un restaurant japonais de Brighton connu pour sa position en faveur de la pêche durable.
 
Nous étions début 2009 et, à cette époque, l’épuisement imminent des stocks de poissons était complètement ignoré. Peu de personnes étaient au courant et encore moins se préoccupaient de ce problème hautement technique et – soyons honnêtes – ennuyeux. Il n’était question que de taille de filets et de quotas.
 
Comment pouvions-nous changer la perception des gens sur ce problème ? L’un des obstacles était que ce qui arrivait aux poissons avait lieu en mer, hors de notre vue.
 
Des étreintes « peau contre peau »
 
Il faut bien l’avouer, nous avons peu d’affection pour les poissons : muets, froids et visqueux, ils appartiennent à cette catégorie d’espèces que nous percevons comme fondamentalement « autres ». Même linguistiquement, on ne leur accorde pas le statut de créatures vivantes mais nous préférons les voir comme des « fruits de mer » (ndlr : « seafood » en anglais signifie littéralement « nourriture de mer »). Les baleines et les dauphins bénéficient bien sûr d’un traitement différent : en tant que mammifères « intelligents », ils méritent notre affection. Pourtant, aucune preuve de l’intelligence imputée à la preuve ne pourrait nous rendre plus empathiques à son égard.
 
C’est cette prise de conscience qui a donné naissance au concept de Fishlove. Grâce à l’aide bénévole d’une personne de l’agence Leo Burnett, nous avons eu l’idée de photographier une personne tenant un poisson dans ses bras comme si c’était un bébé.
 
Notre intention était de choquer le spectateur pour qu’il reconsidère sa première réaction à l’idée d’entrer en contact avec un poisson. En ce sens, il était capital que la personne photographiée tienne le poisson très étroitement, peau contre peau : une étreinte dénudée réunissant deux magnifiques espèces. C’est la raison pour laquelle il n’y a de vêtements dans aucun de nos clichés.
 
La première photo
 
Mais comment pousser des personnalités de se faire tirer le portrait avec un poisson ? Au début, les convaincre a été très difficile, d’abord parce que peu de personnes étaient informées de cette crise de la pêche, mais aussi parce qu’ils trouvaient notre requête étrange. Greta a alors décidé que la seule manière de convaincre les gens était de le faire elle-même.
 
Elle a choisi Rankin – peut-être le plus grand photographe de mode britannique – pour faire son portrait. Je n’oublierai jamais le moment où cette photo a été prise. Greta s’est avancée devant l’appareil de Rankin. Elle a laissé tomber son peignoir sur le sol et je lui ai mis cette morue trempée, froide et glissante dans les bras. C’était un poisson énorme et très lourd. Elle a baissé les yeux, l’a regardé et un surprenant sourire est apparu sur ses lèvres.
 
Rendre sexy une campagne fastidieuse
 
Cette image a immédiatement fait sensation, apparaissant dans les publications les plus importantes d’Angleterre et du monde. Jay Raynor, de The Observer, a écrit que « pour les mois et les années à venir, cette photo de Greta Scacchi sera sans aucun doute considérée comme le tournant où les épineuses et fatigantes campagnes sur les problèmes alimentaires sont finalement devenues sexy ».
 
Quelques semaines plus tard, Greta était invitée à Downing Street avec les producteurs de The end of the Line pour parler au gouvernement du problème de la surpêche et de ce qui pouvait être fait pour y remédier.
 
La preuve que l’art peut faire changer le monde
 
Fishlove est une merveilleuse preuve du fait que l’art peut faire changer le monde. Les images sont ambigües et parfois troublantes pour le spectateur, peut-être soulèvent-elles plus de questions qu’elles n’apportent de réponse. C’est le rôle de l’art : Pourquoi ces personnes sont-elles nues ? Pourquoi posent-elles avec un poisson ? Pourquoi le poisson est-il mort ? Nous devons beaucoup expliquer que le but de cette campagne n’est pas de pousser les gens à arrêter de manger du poisson, mais de stopper les pratiques de pêche non-viable.
 
Ces dernières années, nous avons continué à faire des photos pour maintenir l’attention du public sur la problématique de la surpêche : plus de 70 ont été publiées en tout. Des photographes célèbres ont participé, comme le photographe de mode italien Alan Gelati ou le célèbre portraitiste français Denis Rouvre.
 
Nos victoires dans les politiques européennes
 
L’Union Européenne est un des principaux coupables de la surpêche. C’est le plus gros consommateur de poisson dans le monde, avec la troisième plus grande flotte de pêche. Mais elle a si lamentablement géré la pêche dans les eaux européennes, ne cherchant aucun moyen de la rendre durable, qu’elle est désormais forcée d’importer plus de 60% du poisson qu’elle consomme. De plus, l’Europe exporte ce modèle non-viable au reste du monde, entretenant partout des pratiques de pêche illégales et destructrices.
 
Fishlove a fait partie intégrante du processus de pression sur les politiques européens pour faire changer les lois sur la pêche. L’année dernière, nous avons ainsi remporté une grande victoire quand la Politique Commune sur la Pêche (PCP) a été redéfinie pour entériner des pratiques plus durables. Fishlove a également participé à BLOOM, la campagne hexanogale de Claire Nouvian contre la pêche profonde en Europe, grâce à une série de photos de célébrités françaises par Denis Rouvre.
 
Mais la plus grande reconnaissance de l’importance de Fishlove dans la prise de conscience sur la crise de la pêche a sans aucun doute été l’exposition de nos photos à la Commission européenne de Bruxelles, organisée par Maria Damanáki, la commissaire aux Affaires maritimes et à la Pêche.
 
Notre rêve : voir de nouveau les océans grouiller de poissons
 
Fishlove peut donc participer de manière significative à la sauvegarde de la vie sous-marine et nous avons bien l’intention de continuer notre travail jusqu’à ce que les pratiques de pêche durable se généralisent à travers la planète. Au moment où j’écris ce texte, nous préparons une nouvelle série de portraits avec le photographe britannique John Swannell. Elle mettra en scène, entre autres, Helena Bonham-Carter et Judi Dench.
 
Fishlove a accompli de nombreuses de choses mais il reste encore beaucoup à faire et nous ne sommes malheureusement pas financés. Pour que nous puissions continuer notre campagne, n’hésitez donc pas à faire un don sur notre site Internet !
 
Notre rêve est d’un jour voir de nouveau nos océans grouiller de poissons. Peut-être même y aura-t-il alors une petite pièce dans un musée, quelque part, dédiée à une bande de photographes qui aura joué un petit rôle dans la lutte contre l’extinction de la vie sous-marine.

Nicholas Röhl, co-fondateur de Fishlove

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Retrouvez le texte dans sa version originale :


Fishlove, the campaign which consists of an ever-growing number of photographic portraits of famous people holding fish in their bare arms, was set up by me and the actress Greta Scacchi in response to the need to get people to become aware about what is happening to our oceans through destructive fishing.
 
Witty, moving, and sometimes controversial, the Fishlove portraits have been taken by some of the best photographers in the world. They have been tremendously successful in raising the alarm about over-fishing, which could leave our seas without fish within a generation.
 
We first came up with the idea for the photographs, which have been featured on the front covers and in the pages of media around the world, in a conversation with the producers of one of the first films about the impending crisis, ‘The End of the Line’.
 
They were about to launch the film and needed a way to promote it. They came to me because I was the co-owner of a Japanese restaurant in Brighton, MOSHIMO, that has become well known for its stance on fish sustainability.
 
It was early 2009, and the approaching catastrophe of the collapse of fish stocks was being ignored. Few people seemed to know or indeed care about a subject the debate over which was highly technical and – frankly – boring. It was all net sizes and quotas.
 
How could we change people’s perceptions about the issue? One of the problems was that what was happening to fish was below the sea and therefore out of sight.
 
Let’s face it, we do not warm to fish: mute, cold and slimy, they belong to that category of species that we perceive as existentially ‘other.’ Linguistically, we deny fish the status of living creatures, preferring to see them as “seafood.” Whales and dolphins get different treatment, of course because as mammals and “intelligent”, they earn our affection.
 
Somehow, no amount of PR for the imputed intelligence of the octopus can make us more empathic to it.
 
It was this insight that gave rise to the idea of Fishlove. With the help of a clever person at Leo Burnett advertising agency (kindly working pro-bono), we came up with the idea of photographing a person holding a fish in their arms as if it were a baby.
 
The intention was to shock the viewer into reassessing their instinctive reactions about coming into contact with fish. In this sense, it was crucial that the person in the photograph would hold the fish closes – skin on skin. Two beautiful species coming together in a naked embrace. It was for this reason that we decided not to show clothes in any of the images.
 
But who could we convince to have their portrait taken with a fish? We struggled at first to get people to accept the proposition. Partly this was because so few people were aware about the fishing crisis, but also because it was such an odd request. Greta decided that the only way to do convince people was to do it herself. She chose Rankin – perhaps Britain’s most famous fashion photographer – to take her portrait.
 
I’ll never forget the moment when the photograph was shot. It must have taken a few moments at most. Greta came in front of Rankin’s camera and let her dressing gown fall to the floor. I handed her the wet, cold and slippery cod to hold in her bare arms. It was a huge fish – and very heavy. She looked down at it, a spontaneous and surprised smile spreading on her lips.
 
The image became an instant sensation, appearing in all of the major British publications and in magazines and newspapers across the globe. Jay Raynor of The Observer wrote “that in the months and years to come, this picture of Greta Scacchi will doubtless come to be seen as the seminal image when the grueling, knotty business of campaigning around food issues, finally became sexy.”
Within a few weeks, Greta was invited to Downing Street with the producers of ‘The End of the Line’ to talk to the then Labour government about the issue of over-fishing and what could be done to prevent it.
 
Fishlove is a wonderful example of how art has the potential to change the world. The images are ambiguous and sometimes unsettling for the viewer, raising perhaps more questions than they answer as all good art should: Why are these people naked? Why are they posing with a fish? Why is the fish dead?
 
We have to explain to a lot of people that the campaign is not to stop people from eating fish, but to stop unsustainable fishing practices.
 
Over seventy images, by photographers such as the Italian fashion photographer Alan Gelati, and the renowned French portrait photographer, Denis Rouvre, have been made so far.
 
The EU is one of the principal perpetrators of over-fishing. It is the largest consumer of fish products in the world, with the third-largest fishing fleet. But it has so woefully mismanaged its fisheries in European waters, ignoring ways to make them sustainable, it is forced to import over 60 percent of the fish it consumes from other parts of the world.
 
Because of the mismanagement of its fishing industry, Europe is effectively exporting its unsustainability to the rest of the world, thereby fueling illegal and destructive fishing practices everywhere.
 
Fishlove has been integral to putting pressure on Europe’s politicians to change the laws governing fishing. Last year it helped win an important victory when the Common Fisheries Policy was redrawn to enshrine more sustainable fishing practices. Fishlove also helped the French campaign group led by Claire Nouvian, BLOOM, to push for an end to deep sea water fishing in Europe when it released a series of French celebrities photographed by Denis Rouvre.
 
Perhaps the most significant acknowledgement of how important Fishlove has been in raising awareness about the fishing crisis came when Maria Damanaki, the European Commissioner in charge of Fisheries and Marine Conservation, held an exhibition of the photographs within the European Commission in Brussels.
 
The potential for Fishlove to help save our oceans’ marine life is significant and we intend to continue our work until sustainability has been enshrined in fishing practices across the globe. Even as I write this, Fishlove is preparing a new series with British photographer John Swannell. The series will feature Helena Bonham-Carter and Judi Dench, amongst others.
 
Fishlove has achieved a lot, but there’s still so much to do. Unfortunately, we are unfunded, and so if you know of a way that we can raise sufficient finance to continue with the campaign, please let us know!
 
Our dream is that within our lifetimes, the oceans will be teeming with fish again. Maybe there will even be a room in a museum somewhere dedicated to a bunch of photographs that played a small, yet significant, part in the fight to save them from extinction.

Le Vériteur

Photo du Vériteur

Fishlove

Fishlove a pour but d'éveiller les consciences sur la problématiques de la surpêche.
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