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Salles de shoot : pour une meilleure prise en charge des addicts

Publiée le 16/04/2015 |
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En encourageant les consommateurs à prendre soin d’eux, les salles de consommation à moindre risque offrent des solutions thérapeutiques plus efficaces.
L’expérimentation des « salles de shoot » instaurée par la loi Santé suscite le débat. Ces structures ont pour objectif une meilleure prise en charge des personnes toxicomanes mais, pour certains, elles faciliteraient l’usage de drogues. Jean-Pierre Couteron est psychologue et président de la Fédération addiction : il fait le point sur les bénéfices des salles de consommation à moindre risque.
 
Que répondre aux arguments « moraux » des opposants aux salles de consommation à moindre risque ?
 
Plus que des arguments éthiques et moraux, ce sont des arguments idéologiques. Ils reposent sur l’idée que faciliter l’usage des drogues est le but caché des salles de consommation et que, en facilitant l’usage, on facilite l’addiction. On retrouve un vieux discours : l’idée que, pour sortir de l’addiction, il faut en quelque sorte « toucher le fond » pour se relancer. La politique de traitements des addicts a longtemps été construite de cette manière paradoxale : d’un côté, on leur ouvrait une porte, de l’autre, on faisait tout pour leur compliquer la vie. Ce système a montré son échec : amener les gens « au fond de la piscine » pour voir s’ils en ressortent, c’est en sacrifier beaucoup qui se noient, qui meurent. Dans les années 1980-1990, les conséquences ont également été dramatiques sur la transmission du Sida : la France était le pays où le plus grand nombre d’injecteurs ont été contaminés, ainsi que la population qui les côtoyaient.
 
Depuis, on s’est aperçu qu’on avait de meilleurs résultats quand on les encourageait à se respecter, à prendre soin d’eux, même à l’intérieur d’un comportement négatif ou dangereux. Ne pas casser les personnes permet d’aller vers des solutions thérapeutiques plus efficaces. Pour un certain public, les salles de consommation à moindre risque font partie de cette première étape qui consiste à entamer une démarche positive.
 
Quels sont les bénéfices médicaux de ces structures ?
 
Les bénéfices ne sont pas uniquement médicaux. Bien sûr, dans un premier temps, ils se jouent au niveau de la consommation : on permet aux personnes de se mettre dans une situation de moindre danger. Et on constate qu’en étant au calme, elles injectent finalement moins que quand elles sont dans la rue. Les statistiques prouvent qu’il y a moins d’overdoses, de contaminations, de transmissions de staphylocoques…
 
Ensuite, on enchaîne tous les autres bénéfices : à partir du moment où la personne est plus tranquille, elle est libre de travailler sur d’autres choses. On agit donc sur la réduction des risques de consommation, dus à l’injection mais aussi à l’inhalation. On peut également enchaîner sur une visite médicale, un temps avec un travailleur social, une rencontre avec un éducateur ou une personne d’écoute. On peut commencer à tirer sur d’autres fils. L’exemple type est la salle de Vancouver qui a un centre thérapeutique résidentiel directement à l’étage supérieur. Dans certaines salles, jusqu’à 30% des usagers se dirigent vers d’autres étapes de soins.
 
Les salles permettent-elles d’orienter les personnes dépendantes vers la désintoxication ?
 
On est sur des stratégies qui se font par étapes. Dans le milieu de l’addictologie, l’abstinence absolue est un concept qui est de plus en plus remis en cause. Pour un public qui est dans une telle situation de précarité, permettre à la personne de s’injecter trois ou quatre fois moins dans la journée, et de le faire d’une façon beaucoup moins sauvage, c’est déjà un énorme pas. Pour certains, on peut aller plus loin, sur des programmes de soins résidentiels qui accompagnent jusqu’à une abstinence complète ou relative.
 
Il faut arrêter de ne valoriser que l’abstinence à 100% : quand on a 50% ou 70% d’amélioration, c’est déjà un mieux. Permettre à des personnes de faire deux ou trois pas dans la bonne direction, c’est positif pour elles et pour le reste de la société. La différence entre la réduction des risques et l’abstinence complète est un vrai point de blocage : il est essentiel de rappeler qu’il y a des solutions intermédiaires, des paliers dans la guérison.
 
Quelles sont les conséquences de l’installation des salles au niveau des quartiers ?
 
Majoritairement, les riverains installés dans des zones de salles de consommation décrivent une amélioration. Les réelles critiques n’ont souvent pas connu « l’avant ». Ces structures sont installées dans des zones où il existe déjà des problèmes de surconsommation, les gares, les zones urbaines : c’est pour ça qu’elles sont utiles à ces endroits. Si on veut qu’une salle évite tout usage dans la rue, on pourra continuer à polémiquer longtemps. A moins de les installer dans des zones où il n’y a aucun usage à la base, ce qui n’a jamais été fait, les salles de consommation « n’attirent » pas de consommateurs.
 
La logique de ces structures est la rencontre avec des usagers en grande précarité et ne disposant pas de lieux pour s’injecter. En leur apportant cette aide, on civilise leur comportement et on leur permet d’aller dans la bonne direction. C’est les laisser « à l’état sauvage » qui accentue les risques. Aujourd’hui, on peut déplorer un certain épuisement à l’idée qu’il aura fallu six ou sept ans de débat pour introduire les salles de consommation à moindre risque. Notre pays est arquebouté sur de vieilles conceptions, il est très difficile à faire évoluer. L’idée qu’accompagner l’usage, c’est le faciliter… quels dégâts elle a faits !
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Fédération addiction

La Fédération Addiction s’est donné pour but de constituer un réseau au service des professionnels accompagnant les usagers dans une approche médico-psycho-sociale et transdisciplinaire des addictions.
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