Toutes les Vérités > Psychiatrie : la pédophilie n’est pas une infraction mais un trouble

Psychiatrie : la pédophilie n’est pas une infraction mais un trouble

Publiée le 24/11/2014 |
7112 | 3
Révélée par FCRIAVS |
1

Restez informé !

Recevez quotidiennement
les nouvelles actualités
par e-mail.

Photo de la Vérité
En abordant la pédophilie sous l’angle de la prévention, les CRIAVS rappellent que ce trouble peut être pris en charge avant le passage à l’acte.
La fédération française des centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) regroupe des centres experts spécialisés autour des questions de violences sexuelles, et plus particulièrement de pédophilie. Ils ont été créés à partir de 2008 sur la base de deux circulaires, dans une volonté politique d’améliorer la compréhension et la prévention des violences sexuelles. Ils ont six missions : la formation, l’information, la prévention, la recherche, la documentation et l’animation de réseaux santé-justice. Sur le territoire national, il y a aujourd’hui 25 centres ressources réunis en une fédération, la FCRIAVS.
 
Le but est d’améliorer la compréhension des violences sexuelles et de la pédophilie avec une idée très simple : la pédophilie n’est pas une infraction, mais un trouble. Si c’est un trouble psychiatrique, on peut le prendre en charge via :
  • la prévention primaire, c’est-à-dire éviter que ça n’arrive ;
  • la prévention secondaire, éviter que ça se répète – ce que la justice appelle la récidive ;
  • la prévention tertiaire, éviter les comorbidités et l’apparition de troubles psychiatriques liés à ces violences sexuelles.
 
La prévention auprès des enfants
 
L’idée est de faire de l’information et de la prévention directement auprès des enfants qui accèdent à la sexualité. Le but est d’éviter l’évolution vers une sexualité infantile fixée autour de jeux sexuels, le plus souvent subis par les adultes qui vont agresser des enfants et laisser ainsi une empreinte sexuelle traumatique. En intervenant auprès de ces enfants, on accompagne un développement psycho-sexuel harmonieux pour qu’ils se saisissent de la question et on évite qu’il y ait des pensées, des idées, des troubles qui s’insèrent dans l’accès à la sexualité, la réduisant à des comportements compulsifs érotisés dirigés vers des enfants.
 
Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’une prévention primaire, c’est-à-dire le fait d’éviter que la pédophilie n’advienne, est possible. En travaillant avec des enfants, on permet d’éviter que ces enfants deviennent eux-mêmes pédophiles ou victimes d’agresseurs pédosexuels.
 
La confusion entre répression et prévention de la pédophilie
 
Aujourd’hui, on est dans le malentendu entre répression et prévention primaire et secondaire. Malheureusement, la prévention n’a pas le vent en poupe : elle coûte relativement cher et la rentabilité n’est pas immédiate. D’un point de vue politique, ce n’est pas la priorité et le message fort est plutôt la prévention de la récidive dans le champ judiciaire, ou ce qu’on appelle la prévention de la répétition dans le champ psychiatrique.
 
Les autres actions des CRIAVS
 
Nous nous positionnons également sur la question du soin : il s’agit d’améliorer le niveau de formation et d’information de la population en général mais aussi et surtout des professionnels du soin « psy ». En effet, les psychologues, psychiatres, psychanalystes, etc. sont assez rétifs et un peu frileux sur ces questions, le plus souvent par méconnaissance mais aussi par représentation : on ne connaît pas trop, on est sur les questions de la perversion, de la perversité, du champ pervers, qui effraient, y compris les thérapeutes.
 
On permet donc un accès au soin pour les personnes souffrant de pédophilie mais aussi aux victimes. D’autant plus qu’il y a souvent des formes de passages : des enfants victimes deviennent parfois auteurs et les auteurs d’agressions pédosexuelles ont été eux-mêmes victimes une fois sur trois, à l’âge de leur(s) propre(s) victime(s). On est donc bien dans un phénomène de répétition d’un comportement fixé dans une pathologie : c’est là qu’on peut et qu’on doit intervenir.
 
Les centres ont également des projets de recherches, de documentation et d’accompagnement pour les professionnels mais aussi, de manière indirecte, pour le grand public. C’est de cette manière que les choses s’articulent naturellement avec les associations comme l’Ange Bleu. Elle est en première ligne pour accueillir la parole de ces personnes, leur souffrance autour de ce trouble pédophilique et, dans le cadre d’un réseau national, pour réadresser vers des professionnels compétents, qualifiés, motivés pour accompagner ces personnes en souffrance.
 
Une question de santé publique
 
Il ne s’agit pas de défendre les pédophiles, l’enjeu en terme de santé publique est de repérer qu’il y a des gens en souffrance et que des associations sont en première ligne pour proposer un accueil et un accompagnement. On n’est pas dans la défense d’un trouble, on est au contraire dans le traitement d’une question de santé publique et sanitaire pour protéger l’ensemble de la population et d’abord les personnes qui pourraient développer ce type de préférences. On n’a pas besoin d’attendre une violence sexuelle pour prendre en charge. Le message fort est que la prévention débute directement depuis l’enfance, grâce à l’accompagnement du développement psycho-sexuel et affectif, et qu’elle continue ensuite avec des adultes qui sont en souffrance, avant même un passage à l’acte.
 
Aujourd’hui, quelqu’un qui souffre de pédophilie et qui est abstinent au sens du passage à l’acte – en rappelant que la consommation d’images pédosexuelles est déjà une forme de passage à l’acte et de violence – peut tout à fait mobiliser les ressources de l’Ange Bleu et bénéficier d’une orientation vers des professionnels. Il ne s’agit pas d’attendre le passage à l’acte : à partir du moment où la personne s’interroge sur ses attirances, il y a des professionnels qui peuvent l’accompagner. Les centres ressources peuvent proposer des personnes, des références et des accompagnements : les CRIAVS ne sont pas directement effecteurs de soins mais ils vont indirectement proposer une orientation.
 
Mathieu Lacambre, président de la Fédération française des centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

Photo du Vériteur

FCRIAVS

Fédération nationale des Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles.
X

Partagez ma Vérité sur :

Restez informé :