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Nos fruits de mer thaïlandais, le produit d’un esclavage moderne

Publiée le 30/06/2014 |
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En Thaïlande, les pêcheurs sont souvent des migrants exploités et victimes de mauvais traitements.
La Fondation de justice environnementale (EJF) lève le voile sur un esclavage moderne que nous soutenons parfois sans le savoir.
 
L’industrie de la pêche thaïlandaise manque d’employés : les conditions de travail dangereuses et difficiles de ce secteur en font l’un des moins attractifs du pays. Cette situation est encore aggravée par 40 ans d’une gestion désastreuse qui a décimé cette industrie et oblige désormais les bateaux à rester plus longtemps en mer pour pêcher moins.
 
Dans une politique constante de réduction des coûts, les salaires et les conditions de travail des pêcheurs n’ont cessé de se dégrader, rendant la pêche encore moins attractive, pour les Thaïlandais comme pour les migrants. Pour combler ce manque, les employeurs se sont alors tournés vers des réseaux de contrebandes dirigés par des courtiers. Ces derniers n’hésitent pas à avoir recours à la tromperie, à la contrainte et à la violence pour combler les besoins d’une industrie caractérisée par ses mauvais traitements.
 
Travail forcé, mauvais traitements et meurtres
 
Ces dernières années, de nombreux rapports de la Fondation de justice environnementale (EJF), d’associations et de médias ont révélé les traitements dont ont été victimes des pêcheurs migrants issus de ce trafic. Beaucoup rapportent avoir été forcés de travailler jusqu’à 20 heures par jour sans être payés ou presque. Des témoignages recueillis par l’EJF dénoncent également le meurtre de certains de ces travailleurs, en mer et à terre. L’une des victimes de ce trafic, Stan Htike Win, a été le témoin de plusieurs de ces crimes : « J’ai vu trois hommes être tués en même temps dans une pièce. Ils étaient accusés de penser à s’enfuir. Ils ont été emmenés dans une pièce et battus. Puis, ils ont été exécutés. »
 
Ces traitements intolérables subis par les pêcheurs de Thaïlande – et le fait qu’ils soient si bien ancrés dans une chaîne qui approvisionne jusqu’aux plus grands distributeurs d’Europe et d’Amérique – expliquent l’échec du gouvernement à proposer une solution à cette honte nationale.
 
Un cadre légal insuffisant
 
En Thaïlande, les démarches de régularisation des immigrants sont extrêmement bureaucratiques, déroutantes et coûteuses. Beaucoup de ceux qui travaillent dans le secteur des produits de la mer, et particulièrement dans l’industrie de la pêche, sont donc des migrants « illégaux ». Or, être sans papiers les rend excessivement vulnérables à l’exploitation des employeurs et de la police. Mais même pour les travailleurs régularisés, qui ont des passeports et des permis de travail, la vie en Thaïlande reste précaire. La Confédération thaïlandaise des relations de travail en entreprises (SERC) enregistre que plus de 100 000 travailleurs de l’industrie restent privés de couverture sociale minimale, d’assurance santé et d’indemnisation en cas d’accident du travail.
 
De nombreuses lois thaïlandaises protègent pourtant les droits des travailleurs migrants et encadrent les conditions de travail dans l’industrie de la pêche. Malheureusement, comme le Comité thaïlandais contre la traite des personnes le reconnaît lui-même, le droit du travail reste sous-appliqué dans l’industrie de la pêche. La Thaïlande doit encore ratifier la convention de l’Organisation Internationale du Travail sur le travail dans la pêche (2007, C.188). En outre, elle a récemment fait un bond en arrière en devenant le seul pays au monde à voter contre le renforcement du cadre légal international sur le travail forcé.
 
Un esclavage entretenu par les distributeurs et consommateurs occidentaux
 
Une grande part de la responsabilité incombe bien sûr au gouvernement thaïlandais et à son incapacité à prendre en main le problème via la loi et la répression. Mais les importateurs et les distributeurs profitent également des produits de cet esclavage en les vendant aux consommateurs occidentaux. Et ils ont systématiquement omis de prendre en compte les rapports sur cette situation dans leurs chaînes d’approvisionnement.
 
La principale préoccupation des distributeurs européens et nord-américains d’obtenir coûte que coûte des prix toujours plus bas a entretenu l’esclavage en Thaïlande, en poussant les exportateurs à réduire leurs coûts.
 
Changer les choses : la responsabilité de tous
 
Enfin, bien que de récents scandales médiatiques aient attiré l’attention des consommateurs sur ce problème, ils doivent être encore plus attentifs et exigeants pour que les produits qu’ils achètent ne soient pas le fruit de l’esclavage. En tant que consommateurs, nous sommes une partie de la solution : nous pouvons utiliser le pouvoir de nos portefeuilles pour nous assurer que l’esclavage n’est plus partie intégrante de nos chaînes d’approvisionnement en produits de la mer.
 
L’EJF encourage chacun à demander à son supermarché s’il peut lui garantir qu’il a banni l’esclavage, la traite d’êtres humains et les mauvais traitements de ses chaînes d’approvisionnement, et comment il l’a fait. Comme Carrefour, le troisième distributeur mondial, l’a récemment démontré en suspendant ses achats à un fournisseur majeur de produits de la mer thaïlandais, les marques internationales sont disposées à envoyer aux fournisseurs le signal fort que l’esclavage est inacceptable.
 
Consommateurs, distributeurs, industries, société civile et gouvernements peuvent et doivent travailler ensemble pour libérer une fois pour toutes nos filières d’approvisionnement des chaînes de l’esclavage moderne.
 
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Retrouvez le texte dans sa version originale :

 
The Thai fishing industry suffers from a chronic labour shortage, with dangerous and arduous conditions making employment in this sector amongst the least desirable jobs in the country. This labour shortage is exacerbated by the fact that over four decades of appalling mismanagement has left Thailand’s fisheries decimated, meaning boats are forced to stay longer at sea for less catch. In order to reduce costs, wages and working conditions have suffered, making fishing even less attractive to Thai citizens and migrants alike. To fill this shortfall employers turn to smuggling networks run by brokers who often resort to deception, coercion and violence to supply labour for an industry characterised by abuse.
 
In recent years, a series of reports by EJF, other civil society organisations and the media have exposed the shocking treatment of migrant fishers trafficked to work aboard Thailand’s fishing boats. Many report being forced to work against their will for up to 20 hours a day with little or no pay. Testimonies gathered by EJF also recount murders of fellow crewmembers at sea and on shore. One trafficking victim interviewed by EJF, San Htike Win reported witnessing multiple murders of fellow crew, saying “I also saw that they killed three men at the same time in the room. They were accused of conspiring to flee. They were taken into the room and beaten. Then they were executed.”
 
The shocking conditions endured by migrant fishers in Thailand’s fishing industry - and the fact that their treatment is an entrenched part of a supply chain leading to major retailers in Europe and the US - makes the situation and the Government’s failure to adequately address it a national shame.
 
An overly bureaucratic, confusing and expensive immigration process means many of those working in the seafood sector, particularly within the fishing industry, are undocumented “illegal” migrants. Being without papers in Thailand renders migrants acutely vulnerable to exploitation at the hands of business owners and the police. Even for regularised workers in the industry who possess passports and work permits, life in Thailand remains precarious - the State Enterprise Workers’ Relations Confederation of Thailand (SERC) records that over 100,000 industry workers remain alienated from basic social security cover, health insurance and compensation for workplace-related accidents.
 
Thailand has multiple laws designed to protect the rights of migrant workers and regulate working conditions within the fishing industry. Unfortunately, as Thailand’s Office of Anti-Trafficking in Persons Committee acknowledges, these labour laws remain chronically under-enforced in the fishing industry. Thailand has yet to ratify the ILO’s Work in Fishing Convention 2007 (C.188) - which aims to ensure that fishers have decent working conditions aboard vessels - and it recently backtracked on a shocking decision to become the only State in the world to vote against strengthening the international legal framework on forced labour.
 
While a significant amount of responsibility must lie with the Thai Government and its failure to adequately address the issue through policy and enforcement, importers, retailers and others profiting from slave seafood sold to Western consumers have consistently failed to act on reports of slavery in their supply chains. The focus by many European and American retailers on low price at all costs has fuelled slavery in Thailand, as exporters look to cut overheads and provide the cheapest product to their overseas customers. Finally, while recent public scandals have increasingly brought these issues to the attention of consumers, there needs to be more awareness and a willingness for consumers to demand that the products they buy are free from slavery.
 
As consumers, we are all part of the solution. Together, we can use the power we have in our wallets to help make sure that slavery is no longer an ingredient in our seafood supply chains. EJF are encouraging the public to contact their supermarket and ask if they can guarantee that they have eliminated slavery, human trafficking and abuse from their supply chains and how they have done this. As Carrefour - the world’s third largest retailer - recently demonstrated by suspending all purchases from a major Thai seafood supplier, global brands are willing to send strong signals to suppliers that slavery is unacceptable. Together, consumers, retailers, industry, civil society and governments can and must work together to rid our seafood supply chains of modern-day slavery once and for all.

Le Vériteur

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Environmental Justice Foundation

La Fondation de justice environnementale (EJF) est une organisation internationale dont l’objectif principal est de promouvoir une gestion durable des ressources naturelles en partant du principe que la sécurité environnementale est un Droit de l’Homme.
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