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Pic de pollution : « La justice devra désigner des responsables »

Thème : Justice, Santé, Pollution
Publiée le 15/03/2014 |
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Révélée par Ecologie sans frontière |
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Face au pic de pollution exceptionnel de ces derniers jours, plusieurs associations ont porté plainte contre X.
Explication de Nadir Saïfi, vice-président d’Écologie sans frontière.

Pouvez-vous revenir sur le pic de pollution qui a touché Paris ces derniers jours ?
 
Au niveau de l’intensité et de l’étendue, on n’a jamais connu un pic de pollution de cette ampleur. Il résulte de la combinaison de plusieurs facteurs : une intense activité humaine (automobile, aérienne, industrielle et encore un peu de chauffage le soir) et l’arrivée du soleil. Ces derniers jours ont en effet été très ensoleillés or, la terre étant encore froide, la soleil a maintenu les particules et toutes les pollutions proches du sol, au niveau de l’homme.
 
Quelles sont les conséquences de la pollution de l’air sur la santé ?
 
Elles sont multiples : il y a des conséquences respiratoires, des bronchiolites pour les bébés, des insuffisances respiratoires, des gênes comme le picotement des yeux ou de la gorge. Évidemment, elles touchent surtout les plus faibles, c’est-à-dire les enfants et les personnes âgées, et elles affaiblissent les personnes qui souffrent d’allergies.
 
On considère qu’il y a entre 40 000 et 50 000 décès prématurés par an qui sont dus directement à la pollution de l’air. Plusieurs centaines de milliers d’hospitalisations ont pour cause des problèmes respiratoires. Plus grave encore, des études commencent à faire le lien entre la pollution et plusieurs maladies neurologiques, comme Parkinson et Alzheimer.
 
En tout, environ 600 000 jours d’arrêt maladie par an sont liés à la pollution. Il y a donc une véritable retombée économique pour la société : elle est chiffrée entre 20 et 30 milliards d’euros par an, si on cumule les jours d’arrêt maladie, les coûts de la Sécurité sociale, les problèmes que rencontrent les entreprises à cause de leurs employés malades...
 
Pourquoi avez-vous porté plainte contre X ?
 
Depuis des années, tout le monde alerte, tout le monde reconnaît qu’il y a de vrais problèmes sanitaires liés à la pollution, mais il ne se passe rien. Devant l’inaction des pouvoirs publics et l’actions des lobbies, il a fallu agir promptement. D’habitude, nous menons nos actions devant la justice administrative, mais elle a la particularité d’être très lente et, neuf fois sur dix, on n’obtient aucun résultat.
 
Cette fois, on a décidé de porter plainte contre X sur une base très simple : il y a des morts et des blessés, il y a donc « mise en danger de la vie d’autrui ». Qui sont les responsables ? La justice devra mener l’enquête pour trouver à qui revient cette responsabilité.
 
Bien sûr, on a déjà notre petite idée : telle personne, telle entreprise… On considère que les gens qui fabriquent des appareils qui polluent sont conscients qu’ils tuent et qu’ils blessent et qu’ils ont la possibilité, depuis longtemps, de fabriquer des moteurs qui ne polluent pas. La jurisprudence désignera les plus gros responsables. Cette plainte vise tout le monde, sauf les victimes.
 
Ce sont donc les intérêts économiques qui s’opposent aux intérêts sanitaires ?
 
Bien sûr ! D’ailleurs, cette plainte est aussi un message aux lobbies : on ne peut plus continuer comme avant. Maintenant, nous avons des armes juridiques. On ne fait pas de calomnie, on sait depuis 40 ans que la pollution de l’air tue. L’État, les pétroliers, les constructeurs automobiles étaient bien au courant, mais ils ont maintenu une entente pour faire du business.
 
On ne peut plus empoissonner les gens pour des raisons économiques : les intérêts économiques ne peuvent plus et ne doivent plus être supérieurs aux raisons sanitaires.
 
Qu’avez-vous pensé des réactions des pouvoirs publics face à ce pic ?
 
Ce qui est amusant, c’est la manière dont ils essaient de trouver des réponses alors qu’ils sont les premiers à céder aux lobbies. Mais ce n’est que du vent : la conférence du ministre de l’Écologie Philippe Martin, jeudi, était vide de sens. Et que dire de la réaction de la ministre de la Santé ? Il y a un scandale sanitaire depuis huit jours et Marisol Touraine n’a pas fait une seule déclaration !
 
Quant aux mesures qu’ils ont prises, la gratuité des Velib’, des Autolib’ et des transports en commun, elles ne servent à rien. On a d’ailleurs failli entamer une procédure pour demander le blocage des Velib’ pendant les pics de pollution : c’est ridicule, on ne peut pas interdire aux enfants de faire du sport dans les cours de récréation et encourager à côté les gens à faire du vélo. Ces mesures n’influenceront personne : les gens qui utilisent les Velib’, les Autolib’ et les transports en commun le font quoiqu’il arrive et ils ont déjà payé leur abonnement.
 
Mais la France est un pays de pétrole et de construction automobile. Pour rappel, elle ne respecte déjà pas les normes européennes en matière de pollution de l’air. Et, lors du vote de la directive, elle était au premier rang pour la rendre la plus laxiste possible.
 
Propos recueillis par Marine Périn

Le Vériteur

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Ecologie sans frontière

Ecologie sans frontière est une ONG totalement indépendante des industriels, des pouvoirs publics et des mouvements politiques de tous bords. Elle réunit des citoyens défenseurs de la Vie sur Terre, assistés d’un collectif d’avocats soucieux de défendre notre planète.
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