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Travailler malgré la maladie : gare au surprésentéisme !

Thème : Santé, Maladie, Travail
Publiée le 16/10/2013 |
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Révélée par MONNEUSE Denis |
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Plus de la moitié des Français mettent en danger leur santé chaque année sans le savoir. Comment ? En pratiquant le surprésentéisme.
C’est-à-dire en travaillant alors qu’ils sont malades et que leur état de santé mériterait un arrêt de travail.

Le surprésentéisme est la traduction française de ce que les Anglo-saxons nomment sickness presenteeism. Ce phénomène est parfois qualifié aussi de « présentéisme », mais le présentéisme désigne diverses réalités comme le fait d’être présent au travail, le fait d’être à son poste de travail mais de se tourner les pouces, le fait de rester tard le soir pour se faire bien voir de son patron, etc.
 
En France, le travail est au centre de nombreuses polémiques : la valeur travail serait en baisse, les Français seraient des tire-au-flanc, les abus en matière d’absentéisme seraient légion… Parler du travail engendre des discussions passionnées et politisées. Et l’impression que les abus en matière d’arrêts maladie sont très élevés empêche malheureusement de prendre en compte d’autres phénomènes.
 
Certes, il y a des cas de fraudes et d’abus quand des salariés demandent à leur médecin de les arrêter pour le moindre prétexte. Mais ils sont souvent surestimés. Et il existe à côté des salariés et des indépendants qui, au contraire, refusent de s’arrêter et mettent ainsi leur santé en danger.
 
Le surprésentéisme mauvais pour la santé…
 
La maladie est une façon pour le corps de dire « stop ! », c’est-à-dire d’alerter son propriétaire sur un déséquilibre. Ignorer ces premiers symptômes revient donc à s’exposer à une pathologie plus lourde. Venir travailler plus de cinq fois dans l’année tout en étant malade augmente donc le risque de connaître un arrêt maladie supérieur à trente jours dans les années qui suivent.
 
Dans les cas les plus graves, le surprésentéisme se fait l’antichambre du burn-out, c’est-à-dire d’un épuisement à la fois psychique, émotionnel et mental. Le « bourreau de travail » – ou « boulomane » comme on dit au Québec – ne peut pas ou ne veut pas écouter les symptômes qui surviennent… jusqu’au jour où il craque.
 
Les sportifs de haut niveau le savent bien : trop forcer ou reprendre la compétition prématurément les conduit souvent à de graves blessures. Bref, en règle général, mieux vaut prendre un temps de convalescence pour guérir !
 
… et pour les entreprises !
 
Malheureusement, le surprésentéisme est un phénomène quasi-ignoré des pouvoirs publics et des entreprises. Les premiers ont sans doute peur qu’en parler crée un appel d’air et augmente les arrêts maladie, ce qui creuserait le « trou » de la Sécurité sociale. Les secondes craignent d’inciter leurs salariés à s’absenter.
 
Faire comme si le surprésentéisme n’existait pas est pourtant un mauvais calcul. A court-terme, il peut sembler rentable que des personnes travaillent même quand elles sont malades. Mais, à moyen terme, cela fait croître l’absentéisme, ainsi que les risques de contagion, d’erreurs d’inattention et d’accidents. Bref, il serait temps de faire du surprésentéisme un véritable sujet de santé publique !

Le Vériteur

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MONNEUSE Denis

Sociologue et directeur du cabinet de conseil « Poil à gratter ». Enseignant à l’IAE de Paris et expert associé à l’Institut de l’entreprise. Auteur de "Le surprésentéisme : travailler malgré la maladie" (De Boeck, 2013).
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