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Le décès de notre fille à cause de négligences médicales

Publiée le 24/05/2013 |
12800 | 4
Révélée par CASCALES David |
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Photo de la Vérité
Des négligences médicales ont conduit au décès de notre fille Sofia.

Mise à jour du 11 février 2015 : le combat continue !

 
Lors de notre dernière mise à jour, nous attendions les résultats de l’expertise pour fin mai 2014. Elle devait déterminer si oui ou non il y avait eu un manquement entraînant le décès de Sofia. Mais les mois ont passés sans que nous ayons de nouvelles. Le juge d’instruction relançait régulièrement l’expert chargé du dossier mais ce dernier ne répondait pas !
 
Au bout de plusieurs mois, nous avons fini par poster un message sur notre page Facebook, sur laquelle nous recevions beaucoup de soutiens. Nous avons appelé nos amis à envoyer des lettres aux ministères de la Justice et de la Santé et au président de la République. Cette pression a dû fonctionner car, le mois dernier, nous avons reçu une lettre de la Cour d’Appel de Besançon. Le juge d’instruction a donné à l’expert une date butoir au 15 février.
 
Nous devrions enfin avoir les résultats dans les prochains jours. Si l’expertise conclue à un manquement humain, il y aura un procès. On sait qu’il n’aura pas lieu tout de suite, mais ce sera un premier pas. En revanche, si l’affaire est classée, on fera appel de cette décision. Il est clair aujourd’hui que la mort de Sofia est une conséquence du manquement d’une tierce personne. Avec le temps, la chaîne de négligences qui pouvait sembler confuse au début devient évidente.
 
Une nouvelle démarche auprès d’une commission régionale d’indemnisation
 
Entre temps, nous avons également saisi la commission CRCI (Commission régionale de conciliation et d’indemnisation des accidents médicaux), sur l’avis de notre conseil juridique. C’est une démarche différente de la plainte au pénal, elle doit permettre d’évaluer notre traumatisme psychologique pour nous délivrer des indemnités. Mais l’argent ne nous intéresse pas, notre but n’est pas dans l’aspect financier.
 
Cette démarche semble plus rapide que celle de la justice pénale. Elle nous permettrait d’avoir une première reconnaissance des événements qui ont eu lieu, en attestant du manquement d’un tiers à l’origine du décès de notre fille. Ce serait déjà un premier soulagement psychologique, en attendant une vraie réponse pénale.
 
Une nouvelle avocate
 
Nous essayons de mettre en place toutes les démarches possibles. Notre dernière avocate ne faisait pas avancer l’affaire, nous avons donc décidé de changer il y a quelques mois. Mais, lorsque nous l’avons payée pour ces services, elle a bloqué notre dossier le temps de l’encaissement de nos chèques. Puis elle a encore attendue un mois avant de le transmettre à notre nouvelle avocate, Maître Anita Rodamel, qui ne l’a finalement reçu qu’il y a cinq jours.
 
Nous sommes maintenant assistés d’une personne plus volontaire et nous avons en main toutes les dépositions du dossier, dont beaucoup contiennent des mensonges. Le procureur avait modifié notre première plainte en « plainte contre X ». Notre nouvelle avocate va désormais changer le motif de « non-assistance à personne en danger » en « homicide involontaire ».

Notre vie et notre association
 
Deux ans se sont écoulés, mais on a l’impression que cette affaire dure depuis dix ans. La justice est extrêmement lente, particulièrement dans les cas d’expertises médicales de ce type. On continue à vivre, nous avons même accueilli une nouvelle petite fille cette année ! Mais nous ne sommes pas sortis indemnes de cette expérience et nous nous inquiétons beaucoup pour notre bébé. Depuis le décès de Sophia, la maladie de Charcot dont je souffrais a empiré et je suis passé à 80% d’invalidité.
 
Mais nous avons toujours la force de continuer le combat pour notre fille et d’aider les autres via notre association, « Sofia SFA » (Solidarité Famille Assistance). Le but est d’aider les enfants malades et leur famille : on privilégie la proximité, on leur permet de raconter leur histoire. On a également prévu de nombreux projets artistiques, des galas, des rencontres… Comme beaucoup de parents qui ont perdu un enfant, nous occuper des autres nous permet de tenir le coup. Cette association est aussi notre thérapie.

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Mise à jour le 27 mars 2014 : où en est la justice ?

 
Depuis le décès de Sofia, nous n’avons pas cessé de nous battre pour faire connaître son histoire : nous avons fait huit manifestations et nous nous sommes exprimés à la radio et dans des magazines (voir nos photos).
 
Notre plainte suit son cours et a été requalifiée en « homicide involontaire » par le procureur. Les personnes accusées ont été auditionnées et le procureur a ordonné une expertise médicale. Cet examen doit permettre de déterminer s’il y a ou non eu un manquement. Les résultats devraient arriver à la fin du mois d’avril. S’ils révèlent que des négligences médicales ont effectivement causé le décès de notre fille, les poursuites pourront continuer.
 
Nous nous nous battrons encore pour Sofia. Si l’expertise ne nous permet pas d’aller jusqu’au tribunal, je me mettrai en grève de la faim.

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Retrouvez ci-après la Vérité de David Cascales, telle qu’il la racontait en mai 2013

 
Notre fille Sofia naît le 9 mai 2012. Bien qu’en bonne santé, c’est un bébé un peu mince qui doit donc rester une douzaine de jours à l’hôpital. Depuis sa naissance, elle a des angiomes sur le corps, des tâches résultant de vaisseaux sanguins dilatés, mais rien qui soit de nature à nous alerter.
 
Tout commence à l’âge de trois mois. En buvant son biberon, Sofia fait une fausse route et ses angiomes deviennent noirs. Elle est transportée aux urgences de Belfort puis de Strasbourg où des examens sont effectués. Les médecins découvrent alors qu’une artère alimentant le cœur est légèrement bouchée. La pathologie n’est pas grave, mais elle empêche Sofia de respirer correctement. Nous consultons donc régulièrement un cardiologue.
 
C’est au cours d’une de ces visites qu’il constate un rétrécissement de la valve mitrale, l’une des valves cardiaques, dû à l’essoufflement de Sofia. Il faut donc faire une opération pour l’agrandir. Les médecins nous rassurent : bien qu’il s’agisse d’une opération à cœur ouvert, notre fille est jeune et s’en remettra facilement.
 
« Notre fille va mieux : elle sourit, l’opération l’a soulagée. »
 
L’opération a lieu à l’hôpital de Strasbourg le 15 novembre 2012. Tout se passe bien et les médecins sont contents. Au bout de deux jours, ils nous apprennent pourtant que Sofia souffre d’une fuite mitrale, c’est-à-dire que la valve se referme mal. Elle est d’abord au stade 4 (le plus avancé) puis passe au stade 3. Comme les choses vont dans le bon sens, ils ne jugent pas nécessaire de faire une autre opération. Beaucoup d’enfants vivent bien avec une fuite mitrale et les opérations se font généralement lorsque la croissance est terminée.
 
Sofia reste six jours en réanimation puis trois semaines en pédiatrie. Nous restons présents à la maison des parents. Pendant près d’un mois, nous nous relayons donc pour lui donner le biberon. Nous voyons que notre fille va mieux. Elle nous sourit, l’opération l’a vraiment soulagée. Après des examens qui s’avèrent positifs, Sofia sort enfin de l’hôpital le 10 décembre 2012.
 
« Rien ne se passe comme prévu : ma fille n’a pas été auscultée depuis sa sortie de l’hôpital »
 
Bien qu’elle ne soit plus hospitalisée, Sofia a encore besoin d’être nourrie grâce à une sonde néo-gastrique. Ma femme a appris comment l’utiliser mais pas comment la poser : un prestataire de services doit déléguer des infirmières qui passeront régulièrement faire des contrôles, changer la sonde et effectuer les prescriptions. L’hôpital de Strasbourg s’est chargé de trouver le prestataire qui doit passer le soir-même nous amener une potence pour soutenir la sonde et d’autres petits matériels (sparadrap, etc.).
 
Vers 23 heures, ma mère, sortie fumer une cigarette, découvre la potence derrière la porte d’entrée de notre résidence, mais personne n’est présent. Le lendemain matin, deux infirmières se présentent au nom du centre de soin de notre village. Comme nous n’avons pas les prescriptions (le prestataire n’ayant déposé que la potence), elles nous disent ne rien pouvoir faire : elles repartent donc sans même avoir ausculté Sofia. Les sparadraps manquants, c’est moi qui vais les acheter à la pharmacie. La sonde de Sofia n’a pas été changée depuis sa sortie de l’hôpital, elle bouge et menace de tomber.
 
Je décide d’appeler l’hôpital de Strasbourg pour demander un responsable en pédiatrie. Je ne suis pas content : rien ne se passe prévu et ma fille n’a toujours pas été auscultée depuis sa sortie de l’hôpital. On me confirme qu’une assistance sérieuse est nécessaire. C’est à ce moment que la responsable du prestataire de service, Amélie nous appelle pour nous informer qu’elle viendra déposer le matériel manquant en fin de journée.
 
« Les infirmières de notre centre de soin ne sont pas formées pour poser une sonde »
 
Nous lui demandons d’envoyer une infirmière et apprenons alors que les infirmières de notre centre de soin ne sont pas formées pour poser une sonde. En effet, Amélie nous demande d’emmener notre fille aux urgences de Belfort où une formation sera dispensée aux infirmières de la veille : c’est à 25 kilomètres de chez nous ! Je refuse de prendre la voiture avec ma fille qui vient d’être opérée. Je décide d’appeler une ambulance, mais ils me demandent un bon de transport. Lorsque je rappelle Amélie pour l’en informer, elle me dit qu’elle va trouver une autre solution.
 
Trois heures plus tard, elle rappelle et nous dit qu'une infirmière expérimentée de Montbéliard va se déplacer directement à notre domicile pour former les deux infirmières. Toutes trois arrivent vers 15 heures. L’infirmière expérimentée fait un cours théorique aux deux autres sur la pose de la sonde mais ne touche pas à celle de Sofia ! Elle ne fixe même pas un bout de sparadrap pour que la sonde tienne mieux.
 
Lorsque, à peine une heure plus tard, Amélie arrive avec le matériel manquant, je lui explique tout ce qui ne va pas et le ton monte. Même si Sofia va encore bien, je ne suis pas d’accord avec ce qui se passe : ce n’est pas professionnel. Coïncidence, c’est exactement à ce moment, en présence d’Amélie, que Sofia, en jouant avec ses mains, enlève sa sonde.
 
« Sofia a du mal à respirer, elle pâlit, vomit »
 
Nous demandons alors à Amélie de rappeler l’infirmière expérimentée pour qu’elle replace la sonde mais cette dernière ne peut pas se déplacer. Amélie rappelle donc les deux infirmières que nous avons vues plus tôt dans la journée. Vers 17 heures, nous voyons arriver l’une d’elles, accompagnée d’une autre que nous ne connaissons pas. C’est la première qui doit placer la sonde : elle n’est pas sûre d’elle, semble un peu perdue. Sofia se rétracte rien qu’en la voyant s’approcher. Je me demande si ce n’est pas un cauchemar mais le pire est à venir : pendant qu’elle place la sonde, cette infirmière qui a appris comment le faire à peine deux heures plus tôt « forme » celle qui l’accompagne !
 
Nous nous posons beaucoup de questions mais, a priori, la sonde est en place. Ma femme met la pompe en marche pour nourrir Sofia, mais quelque chose ne va pas et elle l’éteint immédiatement. Sofia a du mal à respirer, elle pâlit, vomit. Ses yeux se révulsent et ses angiomes noircissent de nouveau. Nous appelons immédiatement les pompiers qui emmènent Sofia aux urgences de Belfort. Au bout d’une demi-heure d’attente, un médecin ausculte notre fille. Il décide d’arrêter l’alimentation par la sonde et de la placer sous perfusion.
 
Les infirmières ont du mal à trouver une voie pour la perfusion. Comme Sofia est déjà en hypoglycémie, les veines sont moins visibles… Je commence à angoisser. Elles finissent par trouver une voie à la tempe – nous constaterons plus tard que cette perfusion n’a jamais tenu. Ma femme veut rester auprès de notre fille pour la nuit mais l’hôpital refuse. Nous sommes obligés de rentrer chez nous.
 
« Notre fille est déshydratée et en hypoglycémie sévère »
 
Quand j’appelle le lendemain matin, On me dit que Sofia va bien mais qu’elle a des œdèmes pulmonaires. Mais, juste avant notre départ de l’hôpital, vers le milieu de la journée, ma femme reçoit un appel : notre fille est en réanimation. Une fois sur place, nous ne pouvons pas entrer dans la salle mais nous voyons bien que Sofia est intubée et inconsciente. Personne ne nous dit rien, seule une infirmière qui parle mal français parle de Strasbourg et d’un hélicoptère.
 
Plus tard, c’est un médecin qui nous explique qu’ils n’arrivent pas à poser de perfusion à Sofia, qu’ils veulent la transférer à l’hôpital Strasbourg mais que l’hélicoptère est en panne. Une équipe de Strasbourg qui fait donc l’aller-retour. Avant leur départ, une infirmière nous prévient : ils ont réussi à placer une perfusion osseuse mais Sofia va très mal et ils ne sont pas sûrs qu’elle survive au trajet. A ce moment, notre fille n’a plus été alimentée depuis que la sonde a été retirée (la perfusion posée la veille n’ayant servi à rien), elle est déshydratée et en hypoglycémie sévère.
 
« Nous devons nous préparer à un “accompagnement” »
 
Le soir, puis toute la nuit, nous appelons l’hôpital de Strasbourg : si les médecins ont réussi à stabiliser son état, ils continuent de se battre pour que Sofia vive. Le lendemain, le 13 décembre, le médecin chef de réanimation nous reçoit : beaucoup d’organes vitaux ont été touchés. Les reins et le foie ne fonctionnent plus et Sofia a désormais des œdèmes au cerveau. Il évoque le fait que nous devons nous préparer à un « accompagnement ».
 
A ce moment, si Sofia survit, elle sera sûrement handicapée. Ma femme et moi l’acceptons, nous voulons continuer de nous battre pour notre fille. Le médecin nous propose un nouveau traitement. Au même moment, le rein de Sofia recommence à fonctionner. Nous reprenons espoir, jusqu’au 18 décembre.
 
« Nous déposons plainte pour “non-assistance à personne en danger” »
 
Ce soir-là, nous pensons à poursuivre en justice les responsables de l’état de notre fille. Le 17 décembre, nous nous rendons donc au commissariat et déposons plainte pour « non-assistance en danger » contre l’infirmière qui a posé la sonde, le prestataire de service et l’hôpital de Belfort.
 
En sortant, nous recevons l’appel du médecin. Il nous donne les résultats d’un IRM qu’ils ont fait passer à Sofia : il n’y a plus d’activité cérébrale. Il faut arrêter les machines qui maintiennent en vie notre fille. Nous demandons à passer encore un peu de temps avec notre fille et notre famille. Nous prenons la décision à 20 heures. Le médecin place Sofia dans les bras de mon épouse et la débranche. C’est un enfer : Sofia ne décède pas calmement mais expire trois fois. On ne peut pas imaginer ce que ça représente.
 
Le décès de notre fille n’est pas due à sa maladie mais bien à une succession de négligences médicales. N’ayant pas été alimentée pendant une longue période, Sofia a été victime d’une déshydratation et d’une hypoglycémie sévère. C’est cet état qui a provoqué l’arrêt des organes vitaux, puis l’inactivité cérébrale. Aujourd’hui, nous nous battons pour que les responsabilités de chacun soient reconnues.

Le Vériteur

Photo du Vériteur

CASCALES David

en invalidité .président de notre association "" SOFIA "
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