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Adolescence : lever le tabou de la santé mentale

Publiée le 20/03/2015 |
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« Je ne suis pas fou », « je ne vais quand même pas aller voir un psy » : les troubles de la santé mentale restent stigmatisés par les adolescents.
D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (1), environ 25% des jeunes de 10 à 19 ans souffrent de troubles mentaux et une grande partie des pathologies psychiatriques commencent à cet âge.
 
Aude Caria est directrice du Psycom, un organisme public d’information et de lutte contre la stigmatisation en santé mentale membre du collectif des Semaines d’information sur la santé mentale. Elle explique la nécessité de sensibiliser face à la stigmatisation.
 
Pourquoi avoir choisi le thème de l’adolescence pour l’édition 2015 des Semaines d’information sur la santé mentale ?

L’adolescence est une thématique d’actualité aux niveaux mondial et national. L’OMS a publié un rapport en 2014 sur la santé des jeunes dans le monde : il tire la sonnette d’alarme sur la santé mentale de jeunes, et particulièrement sur la dépression et le risque suicidaire.

Au niveau mondial, le suicide est aujourd’hui la deuxième cause de mortalité des adolescents de 10 à 19 ans. Selon l’OMS, la moitié des troubles de la santé mentale touchant des adultes apparaissent avant l’âge de 14 ans, c’est donc vraiment une période critique.

Quelle est la prévalence des troubles de la santé mentale chez les jeunes ? De quelles pathologies souffrent-ils ?

L’adolescence est une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, qui peut entrainer une fragilité psychologique, un mal-être, voire des troubles psychiques. Toutefois, il est important d’insister sur le fait que la majorité des adolescents vont bien. Les souffrances psychologiques, sans qu’elles soient des troubles psychiatriques avérés, touchent davantage les filles que les garçons et sont favorisées par certains facteurs de risques, comme l’échec scolaire, les tensions avec les parents. L’enquête sur les jeunes Français publié par l’Inserm le 12 mars (2) donne quelques éclairages sur leur santé mentale.

A l’adolescence, on teste les limites, on prend des risques, par exemple en consommant des substances psychoactives. Selon l’Inserm, seulement 6,6% des adolescents de 17 ans n’ont jamais consommé d’alcool, de tabac ou de cannabis. On constate donc que la consommation de ces substances se banalise, avec des chiffres inquiétants « d’alcoolisation ponctuelle importante » dans le mois précédant l’enquête (37,6%). Au même âge, 42% des jeunes ont déjà fumé du cannabis au moins une fois et 7,1% en consomment régulièrement. Certaines pathologies sont en émergence, comme l’usage excessif des réseaux sociaux qui peut aller jusqu’à l’addiction.

Toujours d’après le rapport de l’Inserm, 12% des adolescents entre 13 et 18 ans présentent un trouble dépressif, les filles étant deux fois plus touchées que les garçons. En 2005, l’Inpes avait évalué ce taux à 8,5% : on constate donc une augmentation. En hausse également, 7,8% des jeunes âgées de 13 à 18 ans ont déjà fait une tentative de suicide.
 
Parmi les autres troubles émergeant à l’adolescence, les troubles du comportement alimentaire concerneraient 0,5% des filles et 0,03% des garçons âgés de 12 à 17 ans. Enfin, la schizophrénie commence le plus souvent entre 15 et 25 ans.

Comment reconnaître des troubles de la santé mentale chez un adolescent ?

Encore une fois, il faut être très prudent et ne pas dramatiser : 75% des adolescents n’ont pas de problème, 50% disent même avoir confiance en l’avenir. L’adolescence reste une étape complexe : il faut s’adapter à un corps qui se transforme, s’autonomiser, construire son identité, découvrir une sexualité, choisir une formation et une orientation professionnelle... C’est aussi une période où il y a une grande plasticité au niveau psychique, d’où l’importance de savoir repérer les signes d’alerte. Une « crise d’ado » un peu particulière n’est pas forcément annonciatrice d’une entrée dans un trouble psychiatrique : avoir des doutes, voire des sentiments dépressifs, chercher ses limites dans des conduites à risques peuvent être des comportements transitoires, tout n’est pas forcément pathologique.

On parlera de troubles psychiques avérés lorsque les symptômes s’installent dans la durée, sont intenses et ont des conséquences sur la vie quotidienne – empêcher la poursuite d’études, entraîner un repli social, une souffrance importante, etc. La souffrance morale peut être évidente pour les autres et pas pour la personne directement concernée, c’est pourquoi il est important de sensibiliser l’entourage aux signes d’alerte : la difficulté à poursuivre des activités quotidiennes et l’échec scolaire, l’isolement social, des maladies répétées ou des troubles du sommeil qui durent, des actes agressifs ou destructeurs envers soi-même, tentatives de suicide, conduites addictives, scarifications répétées, restrictions alimentaires importantes...

Quels sont les recours ?

Le premier réflexe est de comprendre qu’il faut chercher de l’aide : en parler, ne pas rester seul‐e. L’enquête de l’Inserm montre que les adolescents vont facilement vers leur médecin généraliste, puis vers les infirmiers scolaires. On peut aussi les encourager à se confier à leurs parents, amis, professeurs ou autres adultes de confiance. Des lieux sont à conseiller : les points écoute jeune, les maisons des adolescents, les centres d’information jeunesse, qui ne sont pas forcément des lieux de soins, mais d’écoute et d’orientation (3).

Le but est de proposer des réponses avant que les problèmes ne s’aggravent ou deviennent chroniques, c’est l’idée même de la prévention. En fonction des pathologies, on pourra orienter vers des consultations psychiatriques, du soutien psychologique, des groupes de parole... Toutes les pathologies psychiatriques n’ont pas vocation à devenir chroniques : plus elles sont prises tôt, plus l’évolution peut être favorable.

Les personnes souffrant de troubles psychiques sont-elles encore stigmatisées ?

Si les semaines d’information existent, c’est aussi pour faire évoluer le regard sur les questions de santé mentale et faire de la prévention. Le fait que ces problématiques soient encore taboues retarde souvent la demande d’aide, notamment chez les jeunes. Il y a toujours, dans l’imaginaire collectif, une certaine image du fou dangereux. L’idée de consulter un psychiatre fait encore peur. A l’adolescence, période d’interrogation identitaire, il est important d’être « normal » et il y a une tendance à dénier les problèmes par peur d’être étiqueté comme fou.

C’est la raison pour laquelle il faut en parler, pour diminuer la peur et casser les tabous. Plus il y aura une banalisation de la parole, plus la prévention et la recherche d’aide seront favorisées. Il faut parler des troubles psychiques comme d’un problème de santé et faire comprendre dès le plus jeune âge qu’il est important de prendre soin de sa santé mentale. Il n’y a pas de santé sans santé mentale.

Propos recueillis par Marine Périn


[Retrouvez tous les liens suivants en encadré à droite de ce texte !]

Notes :
 
(1) Rapport OMS « Santé des jeunes » :
who.int/mediacentre/factsheets/fs345/fr/
 
(2) Enquête Inserm : « Le nouveau visage de nos adolescents » :
presse-inserm.fr/le-nouveau-visage-de-nos-adolescents/18400/
 
(3) Ressources utiles : filsantejeunes.com
 
 
Semaine d’information sur la santé mentale 2015 : De nombreuses manifestations sont organisés au sein des établissements scolaires pour sensibiliser les jeunes aux problématiques de santé mentale (expositions, cinés-débats, micros-trottoirs, spectacles, etc.). En voici quelques exemples :
 
Expositions « Regards d’ados » :
semaine-sante-mentale.fr/evenements/inauguration-de-lexposition-regards-dados/
 
Représentation théâtrale :
semaine-sante-mentale.fr/evenements/theatre-2/ 
 
Mise en espace de textes d’adolescents et ateliers d’écriture :
semaine-sante-mentale.fr/evenements/mise-en-espace-de-textes-2/ 
 
Rencontre psychiatrique autour d’œuvres créées par des adolescents :
semaine-sante-mentale.fr/evenements/rencontre-avec-lunivers-psychiatrique-accrochage-des-eleves-du-lycee-duby-en-cursus-patrimoine/ 
 
Ressources complémentaires :
 
Campagne ONU « Santé mentale et Jeunes » :
undesadspd.org/Youth/InternationalYouthDay/2014/Campaign.aspx
 
Enquête « Alcool Tabac Cannabis, années collèges » :
ofdt.fr/publications/collections/periodiques/lettre-tendances/alcool-tabac-cannabis-durant-annees-college-tendances-80-avril-2012/
 
 Guide « Santé mentale et Jeunes » pour le personnel enseignant :
psycom.org/Accueil/Actualites/Pour-en-savoir-plus/Guide-sur-les-problemes-de-sante-mentale-chez-les-enfants-et-les-jeunes-a-l-intention-du-personnel-enseignant/%28language%29/fre-FR

Aide en ligne et santé mentale chez les jeunes :
psycom.org/Accueil/Actualites/Pour-en-savoir-plus/Internet-Sante-Recherche-d-information-sante-en-ligne-les-pratiques-des-jeunes-francais-de-15-a-30-ans/%28language%29/fre-FR
 
Rubrique et brochure Psycom « Santé mentale chez les jeunes » :
psycom.org/Troubles-psychiques/Sante-mentale-et/Sante-mentale-et-jeunes/%28language%29/fre-FR
 
Livres pour enfants et adolescents parlant de santé mentale :
psycom.org/Comment-agir/Mediatheque/Livres-pour-enfants-et-ados
 
Films pour enfants et adolescents parlant de la santé mentale :
psycom.org/Comment-agir/Mediatheque/Films-pour-enfants-et-ados

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