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Le prix hideux de la beauté ou la responsabilité du secteur cosmétique

Thème : Animal, Ecologie, Scandale
Publiée le 04/12/2012 |
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Révélée par NOUVIAN Claire |
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Des requins menacés d’extinction dans nos crèmes de beauté ?
C’est ce que révèle une étude inédite de l’Association BLOOM montrant que le secteur cosmétique est le premier acheteur mondial de squalane, une substance hydratante non grasse idéale pour la formulation de crèmes, à ceci près que le squalane est en grande partie obtenu à partir des foies de requins profonds, dont certaines espèces sont menacées d’extinction. 


Dans le requin, tout est bon
 
Dans le requin, peu de choses se perdent. La chair est consommée, les ailerons sont cuisinés en soupe, le cartilage est transformé en compléments alimentaires, les dents en bijoux et la peau en sacs, portefeuilles ou chaussures.
Quant aux foies de certaines espèces de grands fonds (200-4000 mètres), gorgés d’huile, ils constituent la matière première d’une industrie, celle du squalène, qui fournit très largement les secteurs cosmétique et nutraceutique. Avec les ailerons, l’huile est le produit issu des requins qui atteint les prix les plus élevés sur les marchés internationaux
 
Le squalène est naturellement présent dans un grand nombre de plantes et de fruits (principalement les olives), comme dans la peau et le foie des poissons et des mammifères, y compris l’homme. C’est cependant dans l’huile du foie des requins profonds, vivant jusqu’à 2000 ou 3000 mètres de profondeur, qu’il se trouve à l’état naturel dans les proportions les plus importantes (40 à 80 %).
L’utilisation persistante de squalène animal est également financière : le squalène d’origine végétale est environ 30 % plus cher que le squalène de requin.
 
Cette huile et ses sous-produits n’ont jamais fait l’objet d’une étude spécifique. Les sources d’approvisionnement sont floues, les utilisations mal cernées, les volumes mis sur le marché inconnus. En l’absence de statistiques à ce sujet (l’huile de foie de requin et le squalène ne sont pas déclarés aux niveaux nationaux et internationaux), nous avons enquêté auprès de pêcheurs et de producteurs d’huile et de squalène pour tenter d’établir des estimations de la production, du commerce et des usages de l’huile de foie de requin et de ses produits dérivés.
 

Des pêches ciblées
 
Il apparaît que, compte tenu de sa valeur, l’huile de foie de requin n’est pas le produit de prises accessoires mais le produit principal de pêches ciblées. Nous estimons que plus de trois millions de requins profonds, espèces particulièrement vulnérables, sont capturés chaque année pour ce marché et que celui-ci fournit essentiellement le secteur cosmétique.
 
Alors que certains producteurs de squalane affirment que les requins profonds utilisés sont des animaux capturés accidentellement et simplement « valorisés », l’enquête de BLOOM démontre au contraire que les requins sont majoritairement issus de pêches ciblées. Une production spécialisée semble même être une condition nécessaire à l’obtention d’une huile de bonne qualité.
 
Etant donné la valeur importante de l’huile de foie de requin (entre 12 et 15 dollars le kilo), il semblerait en outre qu’il existe un phénomène de « livering », c’est-à-dire de prélèvement des foies et de rejet de la carcasse en mer, par analogie avec la pratique du « finning » qui consiste à découper les ailerons des requins et à rejeter les animaux estropiés à la mer, le plus souvent encore vivants.
 
« Même si un virage très net a été pris par les entreprises occidentales en faveur du squalane végétal, le secteur cosmétique à l’échelle mondiale reste largement approvisionné par le squalane animal » commente Romain Chabrol, auteur de l’étude. Celui-ci rappelle que des tests aveugles menés sur des produits de grandes marques de cosmétique ont montré que les entreprises étaient parfois trompées par leurs fournisseurs quant à l’origine du squalane que ceux-ci leur vendaient comme étant de fabrication végétale.
 
Cette enquête révèle la « vérité qui dérange » de l’industrie cosmétique, qui motive par sa demande l’existence de pêcheries non durables, non règlementées, parfois illégales, ciblant des animaux à la longévité extrême, la croissance lente et la fécondité faible, y compris des espèces menacées d’extinction… Difficile de combiner autant de tares. C’est presque impensable que les crèmes luxueuses que nous nous appliquons sur le visage et le corps proviennent en partie de pratiques aussi laides. Le mariage du secteur cosmétique et de la pêche de requins profonds, c’est la belle et la bête.
 

Zones de pêche : un glissement vers le Sud
 
Jusque récemment, les flottes industrielles françaises et espagnoles pêchant les espèces profondes dans l’Atlantique Nord-Est fournissaient un volume suffisamment abondant de foies de requins profonds pour qu’un important producteur de squalane établisse des comptoirs de collecte des foies dans les ports de Boulogne-sur-Mer et Lorient. La pêche industrielle a précipité le déclin vertigineux des populations des requins profonds en quelques années (chute supérieure à 95% pour certaines espèces). Depuis 2010, l’Union européenne interdit aux navires de les cibler.
 
L’épuisement des stocks a ainsi poussé les flottes, notamment espagnoles, à déplacer leur effort de pêche vers les eaux tropicales ou semi-tropicales du Sud, dans une logique inexorable de surexploitation séquentielle des océans profonds du monde. « S’éloigner des eaux réglementées de l’Union européenne, c’est le scénario idéal pour les flottes peu scrupuleuses : une main d’œuvre peu chère, pas de protection sociale, des réglementations et des contrôles faibles ou inexistants. In fine, c’est la tragédie des communs assurée : la course à la ressource jusqu’à son épuisement.
 
La seule façon de mettre fin à des pratiques de pêche aussi destructrices est de couper le robinet à la source. Nous espérons que l’industrie cosmétique entendra notre appel à se détourner de façon définitive et urgente du squalène animal. « Il est en effet très regrettable que les consommateurs désirant acheter des produits éthiques ne puissent pas privilégier les crèmes à base de squalène végétal simplement parce que la norme européenne sur l’étiquetage des produits cosmétiques n’oblige pas à différencier le squalane selon son origine » renchérit Romain Chabrol.
Une faille de la règlementation à laquelle les entreprises réunies à l’occasion du Sommet des Cosmétiques Durables à Paris du 21 au 23 novembre 2012 pourraient peut-être remédier. Et à défaut, la mobilisation des acheteuses et acheteurs de cosmétiques…

Le Vériteur

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NOUVIAN Claire

Claire Nouvian est une environnementaliste qui lutte contre l’exploitation des océans dans le monde. Elle œuvre à sensibiliser le grand public et les autorités aux problèmes posés par l’exploitation d’espèces et de milieux marins vulnérables tels que les requins et les océans profonds. Elle est u...
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