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Erreur médicale : mon combat pour faire valoir mes droits

Thème : Justice, Santé, Médecine
Publiée le 14/05/2014 |
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Une intervention qui n’aurait dû être qu’un acte médical banal a bouleversé ma vie et celle de ma famille.
En décembre 2007, alors que je pense entrer en clinique pour une simple incision d'une thrombose hémorroïdaire, ma vie bascule. Le gastro-entérologue que je consulte ne me dit pas que je vais subir une coloscopie et que je ne souffre pas d'une thrombose mais d'hémorroïdes. Il ne me dit pas non plus qu'il me confie à un autre médecin, un chirurgien viscéral que je ne connais pas, que je n'ai jamais consulté et qui ne m'a jamais examinée.
 
Je fais la connaissance du chirurgien en question le matin de l'« intervention » mais je descends au bloc confiante, persuadée qu'on va juste inciser une thrombose, un acte médical externe, non-invasif et banal. A mon réveil, je souffre le martyr, tout le bas de mon corps, du bassin aux pieds, me torture. Rien ne me soulage, on finit par me poser une pompe à morphine. Le chirurgien ne s'explique pas mes douleurs mais ne m'examine pas.
 
« Aux urgences, le médecin se moque de moi »
 
Le lendemain, je lui signale des pertes vaginales suspectes et qui n'ont pas lieu d'être. Encore une fois, il ne m'examine pas et ne semble pas trouver ça inquiétant. Trois jours après l'intervention, je rentre chez moi, je suis épuisée et j'ai mal. Soudain, dans la soirée, je sens comme une pesanteur dans le bas-ventre, puis quelque chose d'épais coule sur mes cuisses... Je perds les selles par le vagin !
 
Je suis effrayée par ce qui m'arrive, j'en ai la nausée. Ma vue se brouille, je n'arrive plus à respirer. Immédiatement, je demande à mon mari de me ramener aux urgences de la clinique. Mes enfants de 10, 13 et 15 ans sont très inquiets de me voir partir sans savoir ce qui se passe.
 
Aux urgences, le médecin commence par se moquer de moi, il prétend même que je dois « me tromper d'orifice » ! Après un rapide examen, il est bien obligé d'admettre, que je ne suis pas folle. L'infirmière propose d'appeler le chirurgien qui m'a opérée afin qu'il vienne me rassurer et peut-être envisager la suite à donner. Il est presque 21 heures quand elle m'annonce qu’il ne viendra pas ce soir-là. Je me sens désemparée, abandonnée.
 
« Le chirurgien est perdu »
 
Le lendemain, après avoir tenté de me remettre entre les mains du gynécologue qui, fort heureusement, refusera de s'impliquer, le chirurgien est perdu. Ma famille décide alors de me faire transférer sur les conseils avisés d'un cousin médecin. Je suis prise en charge de façon exemplaire dans ce nouvel établissement. Le chirurgien est un homme d'une exceptionnelle humanité.
 
Après un examen sous anesthésie générale, la troisième en six jours, il ne me cache pas la gravite de la situation. Je souffre d'une fistule recto-vaginale consécutive à une hémorroïdectomie dite « de Longo ». Une intervention pour laquelle je n'ai jamais donné mon accord. En clair, la paroi vaginale et la paroi rectale ont été coupées et j'ai maintenant un trou de deux centimètres de diamètre entre le vagin et le colon. Je dois subir une colostomie temporaire sans attendre. Le choc est terrible !
 
« Les suites sont longues et douloureuses »
 
Je subis l'intervention le jour même. Au mois de mars suivant, je dois de nouveau être opérée pour « réparer » la fistule. Les suites sont longues et douloureuses, j'ai des soins infirmiers à domicile tous les jours pendant six mois. Je ne dors plus, je souffre jour et nuit, je n'ai pas un instant de répit. Je ne peux rester ni debout, ni assise. Les mots me manquent pour décrire ce qu'est ma vie. Quant à mon état psychologique…
 
En mai suivant, on procède à la remise en continuité. Je pense naïvement que tout rentrera dans l'ordre et que ma vie reprendra son cours. Hélas, je suis prise de violentes diarrhées, je ne peux plus m'alimenter normalement, j'ai des douleurs si vives dans toute la région ano-génitale que j'ai l'impression de visualiser mes cicatrices internes. Je dois passer des examens aussi douloureux qu'humiliants, je n'en peux plus.
 
« L’expert est clair : il y a eu faute »
 
Parallèlement, nous avons engagé une procédure amiable d'indemnisation avec l'assurance du chirurgien. Mais après deux ans, et malgré une expertise en ma faveur, la situation semble bloquée. Après plusieurs relances restées sans réponse, nous consultons une avocate spécialisée en réparation du préjudice corporel et déposons une plainte au Tribunal de grande instance.
 
Une expertise judiciaire est organisée avec, à mes côtés, mon avocate, mon médecin conseil et mon époux, autorisé à assister aux débats. Face à moi, le gastro-entérologue mis en cause, son avocate et son médecin conseil. Puis, le représentant de la clinique et le conseil du chirurgien – ce dernier, encore une fois, ne s'est pas déplacé ! L'expertise est éprouvante, à tous points de vue, mais l'expert est clair : il y a eu faute, le chirurgien n'a pas opéré dans les règles de l'art en ne respectant pas le protocole opératoire.
 
« Un être humain à reconstruire »
 
Trois mois plus tard, le rapport définitif est déposé au tribunal. De report en report, nous devrons attendre encore deux ans pour que les conclusions des médecins soient déposées et que le tribunal rende un verdict. Le gastro-entérologue est condamné pour défaut d'information et défaut de consentement à la coloscopie. Le chirurgien viscéral est condamné pour faute médicale et défaut d'information et de consentement.
 
L'indemnisation, bien que tout à fait conforme à ce qui se fait habituellement dans ce genre d'affaire, n'est en aucun cas à la hauteur de mes souffrances, physiques et psychologiques, et de celles de ma famille. Mes enfants, mon mari, mes parents, tous restent meurtris. Mon histoire est ici très résumée mais il faut imaginer des mois, des années de souffrance, de peur, de fatigue. Des examens, des soins, des heures de route pour consulter les spécialistes, des hospitalisations encore et encore, mais aussi le stress post-traumatique, les consultations avec la psychothérapeute, le sentiment d'être diminuée, de ne plus être soi-même... Bref, un être humain à reconstruire !
 
« Je ne suis plus celle que j’étais »
 
Aujourd'hui, bien sûr, je vais mieux, mais je garde des séquelles, des douleurs, des contraintes de vie. Je ne suis plus celle que j'étais. La décision du tribunal m'a apaisée et je remercie mon avocate qui m'a soutenue tout au long de la procédure. Elle m'a conseillée sans jamais m'imposer quoique soit. Et nous avons réussi !
 
J'ai dû subir encore deux interventions dont une lourde, qui ne seront pas prises en compte pour le procès. Pour la première, l'expert a jugé qu'on ne pouvait pas l'imputer de façon certaine à l'acte fautif. Quant à la deuxième, elle a eu lieu après la consolidation.
 
« J’ai tenu à témoigner pour encourager toutes les victimes à défendre leurs droits »
 
Je garde un regret et même une amertume. Lorsqu'en 2008, j'ai écrit au Conseil de l'ordre des médecins, je n'ai eu aucune réponse de leur part. Puisque je ne portais pas plainte à ce moment-là, il n'y avait aucune suite particulière à donner à cette affaire selon eux.
 
J'ai hésité à porter plainte après avoir obtenu un jugement favorable, mais les frais à venir pour un résultat auquel je ne croyais pas, la fatigue de ces six dernières années, la perspective d'être confrontée encore à mes adversaires, m'ont fait renoncer. Je ne comprends pas que lorsqu'un médecin est condamné par le tribunal, le Conseil de l'ordre ne se saisisse pas automatiquement du dossier.
 
Si j'ai tenu à témoigner de ce qui m'est arrivé, c'est pour encourager toutes les victimes à se faire entendre, à défendre leurs droits. On croit souvent que contre certains adversaires, la partie est perdue d'avance. Et bien non, à force de courage, de ténacité, et en étant aidé, on peut gagner. C'est long, douloureux, éprouvant, mais ça en vaut la peine !

Le Vériteur

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PORTAZ-BIANCARELLI Chantal

Née en 1969 en Corse, je quitte mon île en 1989 pour suivre celui qui deviendra mon mari. Après des études de Langues Etrangères Appliquées, et un diplôme de secrétaire médicale, nous décidons de fonder une famille, à laquelle je me consacrerai entièrement. Nous avons rapidement 3 enfants qu...
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